D. LOUIS, LUCRÈCE
D. LO l'IS, à part.
Je pense qu aujourd'hui Béatrix a dessein île faire ici mon {jîte... (à Lucrèce, la prenant pour Isabelle. ) Mais, ô chère Isabelle! où courez-vous si vite ! Je ne suis pas ici pour vous persécuter. Quoi! vous ne voulez pas seulement m'écouter? Et cependant pour vous nuit et jour je soujùre. Hélas! je n'ai qu'un mot seulement à vous dire. Vous m'avez envoyé tantôt faire à Biirgos Des crimes assez noirs pour n'avoir point d'égaux : Vous m'avez reproché ma Hamme criminelle, Comme si je trouvois quelque autre fille belle. Après vous avoir vue; où celle que j'y vi. Dont pour passer le temps je me fei^jnis ravi. Ne posséda jamais que des appas vulgaires, Qu'elle estimoit charmants, et qui ne l'étoient guères. Pour vous le témoigner, mon nom je lui feignis, Et ce fut par pitié que je. me contraignis A passer quelques nuits, devisant avec elle : Je n'en ai depuis eu ni demandé nouvelle; D'en savoir ce n'est pas aujourd'hui mon souci. LUCRÈCE, levant son iJoîle.
j Ah! je t'en veux apprendre, infâme! La voici, t Celle qui n'eut jamais que des appas vulgaires.
7i JODELET.
Celle qui t'aimoit tant, et que tu n'aimas ^jiuM-es;
Qui te hait maintenant , et qui te haïra ,
Qui , morte ou vive, aimée ou méprisée, ira
Te reprocher par-tout, amant impitoyable,
Que ne l'ayant rieu fait que n'être pas aimable.
Tu la devois laisser pour ce qu'elle valoit ,
Sans feindre de l'aimer; oui, traître ! il le falloit.
Et ne l'appeler pas et ton ame et ta reine.
Hélas! j'aurois un frère, et je serois sans |>eine;
Au lieu que je me vois , par cette trahison ,
Sans honneur, sans appui, sans frère et sans maison.
( don Louis veut sortir. ) Tu penses m échapper, homicide! parjure!... Au secours ! à la force !
U. LOUIS
Ah , madame ! je jure Que vous serez contente.
LUCRÈCE
Ame double et sans foi !. ..