‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 65 sur 224 · ACTK IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTK IV, SCÈNE VII

D. FERNAND

Apprenez en cela que j'ai fait mon devoir;

Kt que, si vous \oulez vous acquitter du \(Stre,

Il faut, sans vous senir de la valeur d'un autre.

Aujourd'hui, s'il se peut, voir l'épée à la main

Celui qu'on sait avoir tué votre ffermaiu.

Il le tua la nuit, soit hasard, soit vaillance;

Vous devez vilement en faire la vengeance.

JODELET

Fut-ce la nuit?

D. FERNAND

La nuit.

JODELET

Se batte qui voudra :

Puisque sans voir il tue, alors qu'il me verra. Que poiirrois-je durer contre un tel matamore? Et, de plus , voulez-vous que je vous dise encore L'avanta^j'e qu'auroit ce dangereux garçon? C est (pie cet enragé sait déjà la façon Dont il faut dépêcher ceux de notre lignage.

D. FER N AN D

Pensez-vous, don Juan, avoir bien du courage?

JOD ELET.

Oui-dà , j en ai beaucoup, et n'en ai que du bon. Dites-moi seulement, où le trouvera-t-on? Est-il bien loin d'ici? Se fera-t-il attendre? .Savez-vous son logis? Le pourra-t-on apprendre? Et son nom, quel est-il?

U. FERNAND

Don Louis de Rochas.

88 JODKLET.

JODELET

IQuoi, c'est votre neveu? Je ne me bats donc pas, Puisqu'il a votre nom, qui m'est si vénérable : Cette qualité m'est assez cousidt'rable Pour me mettre à ses pieds, où je le trouverai, Et, si vous le voulez, même je l'aimerai.

D. FEKNAND.

Ce n'est pas tout encore; une seconde offense Vous devroit contre lui porter à la vengeance : Votre sœur a sujet de se plaindre bien lx)rt.

JODELET

(3e veux qu'en offensant ma sœur il ait eu tort;

j Mais j'ai fait le serment (et n'eu déplaise aux dames)

I De ne prendre jamais querelle pour des femmes.

D. FEUNAND.

Vous êtes un poltron, ou je me trompe bien.

JODELET

Au beau-père cela ne doit toucher en rien.

D. FERNAXD.

Apprenez néanmoins que tout ceci me touche.

JODELET

Beau-père trop har^jneux, beau-père trop farouche,

Beau-père assassiuani et beau-père éternel,

Qui me vient projioser un acte criminel ;

Que vous a déjà fait un misérable {jendre.

Que vous tâchez déjà de voir son sang répandre?

Monseigneur r?el/.(l)uth, qui vous puisse emporter!

Vous auroil-il charge de luc venir tenter?

Si le (langer n'étoit que d'un simple homicide...

Mais vous voulez sur moi vitir faire un gendricide;

ACrb: IV, SCKM-. vu. 8fj

Et le faire devant la consommation, Kst, certes, don Fernand, très crnclle action.

D. FERNAND

^■Votre valet tantôt a donne sa parole

gS'x De se battre pour vous.

JODELET

Qu'il la tienne , le drôle !

Je ne suis point jaloux de le voir plein de cœur.

D. FERN A N D

£ Vous ne vous battez point pour frère ni pour sœur?

^' JODELET

% ]1 faut être en humeur de se battre, et je meure, ï ISi j'y fus jamiis moins que j'y suis à cette heure!

D. FER N A.\ D

Je vous croyois vaillant; je me suis bien trompe.

Quand d'un glaive tranchant je serai découpé,

Qu'en sera mieux ma sœur? qu'en sera mieux mon frère?

Laisse-moi donc en paix, homme, siujje, ou beau-père!

D. FERNAND

Vous n'avez qu'à chercher autre femme à Madrid.

JODELET

Que vous eussiez aimé pour votre gendre un Cid, Qui vous eût assommé, puis épousé Chiméne !

D. FERNAND

|>J'attendez plus de moi <|ue mépris et que haine, I {) \c plus grand poltron qui jamais ait été!

JODELET

.!c suis, ô don Fernand! de votre cruauté, Malgré vos noires dents, serviteur très fidèle,

ç)o JODKLET.

Kt je le suis aussi do madanio Isal)elle.

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