SCÈNE I
BÉ ATRIX , entrant par une petite porte , une chandelle à la main , quelle pose sur une table.
Pleurez , pleurez , mes yeux , l'honneur vous le commande ; s'il vous reste des pleurs, dounez-m'en , jeu demande.
Je viens d'allumer ma chandelle :
La nuit , noire comme du jais ,
Vient d'arriver pompeuse et helle.
Plus que je ne la vis jamais;
De ses demoiselles suivantes,
Les étoiles ëtincelantes,
Elle traîne un brillant troupeau.
Que ses servantes sont heureuses.
Si d'un valet , qui se croit beau ,
Elles ne sont point amoureuses !
Pleurez, pleurez, etc.
Etoiles luisantes et nettes.
Si vous en aimiez comme moi , ^ Toutes célestes que vous êtes,
JODKLKT. 97
Vous eiiraj];ene/. , sur ma foi 1
Tanlùt , ce Grenadin , te Moiv,
C'omnie du feu qui nie dévore.
Je lui cont<»is la cruauté,
M'a dit que je ne valois ^;uères.
Et qu'il etoit bien tort tente
De me donner les étrivières.
Pleurez, pleurez, efc.
U'écus une assez bonne somme ,
Devant lui je faisois sonner,
Kt lui faisois assez voir comme.
Moi qui prends , je lui veux donner.
Aussitôt son ame rebourse
M'a donné de ma même bourse
Un si ^jrand coup dessus le cou ,
Que je m'en sens tout échinée :
O que pour aimer un tel Fou ,
Il faut que je sois lonenrc 1 Pleurez, pleurez, etc.
s'il plaisoit à la destniee ,
Qu'il lût l'importun à son tour,
Et Bcatrix l'importunée !
Alors, à beau jeu, beau retour;
Encore aurois-jc quelque joie.
Mais , hélas ! jusque dans le foi»' ,
Il me brûle, le faux larron.
Et s'en rit, l'impitoyable liuunne.
Aussi fort qu'autrefois Néron Hioit alors qu'il brûloit Rome.
Pleurez, pleurez, etc.
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Et cependant man mal ine presse... Mais quelqu'un vient par l'escalier.
C'est Isabelle ma maîtresse.
Reprenons notre chandelier.
I Que si quelqu'un de l'assistance \ Trouve qu'à moi n'appartient stance, I Qu'il sache que l'auteur discret , I Qui sait fort bien que le colloque \ Est dangereux pour le secret , jM'a régalée d'un soliloque.
Pleurez, pleurez, etc.