SCÈNE II
D. JAPliET D'ARMÉNIE, LE BAILLI D'ORGAS, FOUCARAL,
D. J APHET.
• BailK , votre fortune est grande.
Puisque \ ous m'avez plu.
LE BAILLI
Le bon Dieu \ ous le rende !
rD. JAPHET.
Peut-être ignorez-vous encore qui je suis; Je veux vous l'expliquer autant que je le puis, Car la chose n'est pas fort aisée a comprendre. Du bon pèi'e Noé j'ai l'honneur de descendre, ÎNoé , qui sur les eaux fit flotter sa maison, Quand tout le genre humain but plus que de raison. Vous voyez qu'il n'est rien de plus net que ma race, Et qu'un cristal auprès paroîtroit plein de crasse. C'est de son second fils que je suis dérivé : Son .sang de père en fils j iisqu'à moi conservé , Me rend en ce bas monde à moi seul comparable. L'empereur Charles-Quint, ce héros redoutable, Mon cousin au deux mille huitantième degré, Trouvant avec-raison mon esprit à son gré , M'a promené long-temps par les villes d'Espagne, Et depuis m'a prié de quitter la ciunpague, Parce que deux soleils en un lieu trop étroit,
ACTK I, SCÈNE II. 119
Rencluient trop excessif le contraire du froid. La façon de parler est obscure au village : Kntendez-vous , bailli , mon sublime langage? /
I, E B AI LLl.
Monsieur, je n'entends pjas la langue de la cour.
n. ,1 APH ET.
Vous ne m'entendez pas? je vous aime autant sourd ; Car assez rarement mon iliscours j'humanise. Mais pour vous aujourd hui je déraétaphorise (Dëraétaphoriser, c'est parler bassement); Si mon discours pour vous n'est que de l'allemand , Vous aurez avec moi disette de loquéle. L'empereur donc de qui je suis le pnralléle... M'entendez-vous, bailli?
LE BAILLI
Nenni.
D. .1 A P H ET
l.e parangon...
LE BAILLI
Kncore moins.
D. J A PHET.
(à part.) Comment!... Altérer mon jargon, Ce seroit déroger à ma noblesse antique : Tâchons pourtant d'user de quelque terme oblique , Pour nous accommoder a cet homme des champs.
{haut.) Charles-Quint donc mon cher parent, en peu de temps , M ayant mis à mon aise , en prince de Cocagne ,
lao DON JAl'HK'l D'AIIMÉME.
Et tout-à-fait exclu des hûpituux d'Esp.iyne (Clar, hailli, dussiez-vous cent Fois en enraj^er, J ai six mille ducats tous les ans à uian{ifer ) , Le cacique Uriquis et sa tille Azatéque, L'un et l'autre natifs de Chicuchiquizéque, Étant venus en coiw pour se dépayser.
L'empereur, mon cousin, me força d'épouser Cette jeune Indienne, un peu courte et camarde, Mais pourtant agréable eu son luinieur liajfarde. A mes noces le grand César rien u'ouldia, Et fit le bon parent, même il trépudia... Entendez-vous le mot t répudier, compère?
Li: 15 AI LLl.
Non , par ma foi ! monsieur.
D. J A vu ET.
j C'est danser en vidgaire.
Enfin , en équipage à ma grandeur égal , Mon train , moitié sur niide, et moitié sur cheval , Dans mon pays natal je menai ma famille, c'est-à-dire Uriquis et ma femme sa fille. Arrivé dans mou bourjf , qu'on nomme .Xlniodobar, Mon beau-père l'ricpiis y devint gras à lard , Et prit goût en nos vins. Ma compagne de couch<> Fut, connue son papa, fort sujette à sa bouche : I Enfin , elle mourut d'un excès tie melon , Et son j)ère Uriquis d'un ulcère au talon. De ce beau-père éteint, de cette femme éteinte, I ne lUe resta pas la moindre [tlume peinte. Le moindre guenuchon, le moindre perroquet,
ACTi; 1, SCKNK 11. IM
Tout leur bien du Pi-nm u't't.mt qui- du caquel. Les gens d'Almodoh.ir à leur d;iiu me dcplurnit : Vous pmivfz bien penser (jue punis ils en Furent, Et i)ientùt; car, prenant ma résolution. J'ai choisi dans Orgas mon habitation , Où je vais faire un train digne de mon mérite. Cailli, cherchez-moi donc des serviteurs d élite. Nobles, bien faits, adroits, .sobres, et parl.nit peu.