‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 29 sur 33 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

C'est de la ferveur de nos actions que dépend la sainteté de notre vie, et c'est la sainleté de notre vie qui doit renklre devant Dieu notre mort précieuse. Voilà, dit saint Chr^sostome, l'ordre naturel que Dieu a établi pour ses élus, et dont on peut dire que sa providence ne peut pas même nous dispenser ; ce qui déconcerte, ou plutôt ce qui renverse ce bel ordre, c'est un fonds de lâcheté et de tiédeur : tiédeur si hautement réprouvée de Dieu dans l'Ecriture, tiédeur qui corrompt nos meilleures actions, je dis celles à quoi la religion et le christianisme nous engagent par devoir; en sorte que, toutes bonnes qu'elles sont en elles-mêmes, notre vie, bien loin d'en être sanctifiée, n'en devient souvent que plus imparfaite, et même que plus criminelle, et se termine enfin à une mort qui nous doit faire trembler , si l'on en juge dans les vues de Dieu par l'extrême rigueur de sa souveraine justice. II s'agit, chrétiens, de combattre cette lâ-

482 SEBMQN

cbeté. qui, sans autre désordre qu'eUe-mème, est seule pable de nous perdre; il s'agit de la surmonler, et c'est ce que le 6is de I^u a voulu particulièrement nous apprendre, et à quoi, si nous y prenons bien gMrde, il a, ce semble^ ré* duit tout son Ëvan^e ; car qu'esl venu £ure sur la terre ce Dieu Sauveur ? il est venu répsndre dans le csBiir des \ hommes le feu de la charité et le zèle des bonnes «jeuvres ;• j Ignem venU mUtere in Urram ( Luc. XII ). Telle est la fin de sa mission : er, de tous les motifs qu'il pouvait nous proposer, et qu'il nous a en effet propesés, pour exciter cette ferveur et pour allumer ce feu céleste, tes deux plus puissants sont sans doute la proximité de la mort et l'incertitude de k mort. Proximité de.la mort, qu'il s'est efforcé, pour ainsi dnre, de nous faire sentir, comme l'aiguillon le plus vif et te plus capd^ de nous piquer. Incertitude de la mort, qu'il nous a tant de fois représentée comme le sujet de notre vigilance et d'une continuelle attention : deux motifis où ce divin Maître a rapporté toutes ses adorables instructions, et où nous trouvons de quoi réveiller toute notre ardeur, et de quoi nous animer à faire tout te bien que sa grâce nous inspire.

Oui, chrétiens, il hut travaiUer, et travailler avec cette ferveur d'esprit qui doit, être l'ame de toutes nos actions, parceque nous approchons de notre terme : premter motif qui confond notre lâcheté. Marchez, disait te Sauveur du monde, tandis que la lumière vous écteire. Pourquoi? Parceque la nuit vient où personne ne peut plus agir* Veilles. Pourquoi ? Parceque te Fils de l'homme que vous attendez est déjà à la porte. Négociez, et faites profiter les talents que vous avez en main. Pourquoi? Parceque te Maître qi|î vous les a confiés est sur te p<Hnt de revenir et de vous en demander compte. Tenez vos lampes allumées. Pourquoi? Parceque voici l'Epoux qui arrive. H^tez-vous de porter des firuits. Pourquoi? Parceque c'est bientôt le tenq» de la ré*

ealte. Que voal»t4l moms finre entendre par ta? Ahl chrétieBS, ces paroles, tantes mystérieuses qu^elles sont, fl^egtpliqoent assez d>Ues-mènie8, et nous font connaître malgré nous notre folie, lorsque nous proposant la mort dans un éloignenicnt imaginaire, qvoiqu^, sdon le terme de FEcriture, il n'y ait qu'un point entre elle et nous, nous croyons avoir droit de nous relâcher dans la pratique de nos devoirs; car tel est notre aveuglement, et voilà Ter» rèur dont Jésus-Christ nous veut détromper. Cette marche qu'il nous ordonne, n'est rien autre cliose que l'avancement et le progrès dans le chemin du sahit : ÀmMaie (Joan. XII) ; cette veille, que l'attention sur nous-mêmes : ViffiUUe (Luc XXI} ; ce négoce, que le bon usage du temps : Nego^ iiamini (Ibih. XIX) ; ces lampes allumées , que l'édiBcation d'oDe vie eiemplaire : Imeeai lux vêtira eoramhomi^ nibm (Matth. V) ; ces fruits, que les œuvres de pénitence et de sanctification : Faciie firueiuê dignospwnileniiœ (Ltc. III) ; et ce jour de la récolte , ce retour du Maître , cette arrivée de l'Epoux, cette nuit qui vient, n'étaient, dans le langage ordinaire du Fils de Dieu, que les symboles, mais les symboles natorek d'ufte mort prodiaine; comme si Jésus-Christ nous eût déclaré que sa sagesse, tout infinie qu'elle est, ne hii fournissait rien de plus propre à nous embraser d'un saint zèle et à nous retirer d'une vie tiède et languissante, que la proximité de la mort.

En effet, chrétiens, quand nous aurions à vivre' des siècles entiers , et que Dieu, par une conduite ou de sévérité ou de bonté, nous laisserait sur la terre aussi longtemps que ces premiers patriarches fondateurs du monde, nous aurions encore mille raisons de nous reprocher nos relâchements. Quelque éloignée que fût la mort , chacune de «H» actions, se rapportant toujours à l'éterBÎté, étant toujours la matière du jugement de Dieu , pouvant toujours nous mériter me gloire immortelle, il senit toujours juste

qtt*elle fût faite d'une manière digne de Dieu, puisque Dieu doit toujours êtr& servi en Dieu : il- serait toujours juste qu'elle fût faite d'une manière digne de la récompense que nous attendons de Dieu ; et malheur à nous , si nous abu^ sions, alors même, d'un temps si cher , et si nous foisions, comme parle l'Ëcriture, l'œuvre du Seigneur négligeai^ ment. Mais être à la veille de paraître devant Dieu, et demeurer tranquille dans une vie négligente, toucher de près au terme où l'on ne peut plus rien foire, et ne piâ redoubler ses soins par une vie plus agissante; avoir déjà la mort à ses côtés, mourir, comme l'apôtre, à chaque moment, Quolidiè morior (1 Co». XV), et ne s'empresser pas d*arriver à la sainteté par la voie courte et abrégée d'une vie fervente; il n'y a, mes chers auditeurs, ou qu'une stupidité grossière, ou qu'une inûdélité consomma, au moins commencée, qui puisse aller jusque-là; c'est néanmoins notre état et l'état le plus déplorable. Ah ! chrétiens, Jésus- Christ nous dit en termes exprès : Eece venio citô^ me voici, j'arrive, mercet mta meeum eêl (Apoc. XXII), j'ai ma récompense avec moi, pour donner à chacun selon ses oeuvres. Pesez bien ces paroles : il ne dit pas, je viendrai, ni, je me aispose à venir, mais it dit, je viens : Ecte venio ; et je viens bientôt : Eccc venio cita, Hàtez-vous donc, conclut le Seigneur, en s'adressant à une ame paresseuse et lente ; chargez-vous de dépouilles; faites-vous un riche butin de tant d'actions vertueuses que vous omettez , que vous négligez , et dont vous perdez, le mérite : Aecdlera spolia detrahcre, festina prœdari. Dieu, dis-je, dans l'un et dans l'autre testament, par lui-même, par ses prophètes, par ses prêtres, nous parle de la sorte , nous presse de la sorte ; et toujours insensibles aux avertissements qu'il vous donne et qu'il vous fait donner, vous demeurez dans le même assoupissement et dans la même langueur : pourquoi? parccqtie * n'avez jamais bien considéré la brièveté de votre vie.

Car enfln, si vous et moi, mes frères, nous étions bien convaincus qu'il ne nous reste plus que fort peu de jours ; si nous nous disions souvent avec saint Paul , mais en sorte que nous fussions bien remplis de cette pensée : Ego enim jam delibor, ei îemjnts resolulioniê mew irutai (â Tm. lY) ; je suis comme une victime qui va être immolée, et qui a reçu Taspersion pour le sacrifice; le temps de ma dernière dissolution approche, et il me semble que j'y suis déjà : si, par le ministère d'un ange. Dieu nous annonçait que ce sera pour demain, que ferions-nous? ou plutôt que ne ferions-nous pas? Cette seule idée que je vous propose, et qui n'est après tout qu'une supposition, toute pure supposition qu'elle est, a néanmoins, au moment que je vous parle, je ne sais quoi qui nous touche, qui nous frappe, qui nous anime; nous ferions tout, et en faisant tout nous gémirions encore *d'en faire trop peu ^ bien loin de nous ralen* tir, nous nous porterions à des excès qu'il faudrait modérer. Ni divertissement, 4ii plaisir, ni jeu qui nous dissipât; ni spectacle, ni- compagnie, ni assemblée qui nous attirât; ni espérance, ni intérêt qui nous engageât; ni passion, ni liaison, ni attachement qui nous arrêfâl. Tout recueillis et comme tout abtmés dans nous^nèmes, ou, pour mieux dire, tout recueillis et comme tout abîmés en Dieu, morts au monde et à tous ses biens, à toutes les vanités, à tous les amusements du monde, nous n'aurions plus de pensées que pour Dieu, plus de désirs que pour Dieu , plus de vie que pour Dieu ; pas un moment qui ne lui fût consacré, pas une action qui ne fût sanctiGée par le mérite de la plus pure et ^ela plus fervente charité; et comme il arrive qu'ua élément, à mesure qu'il retourne vers son centre, s'f porte avec un mouvement plus rapide ; ainsi , plus nous avancerions vers notre terme, plus nous sentirions croître notre activité et notre zèle. C'est le miracle visible que la présence de la mort opérerait : or, pourquoi ne Topère-t-elle

àèê BÛteMBH? Mw-Gbrâl m*i cadet lemMS afteifréds? et k Pairie J—DieaB I ele SMW» d^effieace ipue la ponle £wm aa^?

Vaales-'Vow saroir, chrétieiis, cmmwiil parle et aartoatcwaraent agit aahoaiaie qui eaiimy kaiertdepfès, tt qvi en fiât le sujet de ses r^lexiaes? Eceatri le saiat POiEzédiias, etfMnez*T0fi8 9iireeteieaipl». Taidit, s*é* Cfiaitr-il profiMMlémeat immilié devant Dieo, j'ai dit aa lieo de ma eoorae : je n^eoTais am pertes de Teafer, c\ à-dtre, selon le langage dn Sainfr^Esprit, aux pwtes de b mort : Ego dian in dimidio dierwm meonoR : werfat ma partoê inferi { Isai. XXXVIII ) : j'aisuppaté le nombre de me» années : Qua$M rendumm annonmi mtorwm (Ibib.) : et j'ai reconnu que je devais dans peu quitter cette deneare terrestre, pour être transféré ailleurs , comme Ton transporte la tente d'un berger d'un cbamp* à un autre ; Gêneratio mm oblata e$t à me^ qntm iabemmaUum pasfcH mm (Ibib.) ; que par une destinée à laquelle je suis forcé de me soumettre, le fii de mes jours allait être deupé comme une toile à demi tissue : Prmcùa eêi vtlul à texenêt viia mea (Ibid.) ; que du matin au soir ce serait fait de moi, et que mon arrêt ayant été prononcé dans le conseil de Dieu, Texécution n'en pouvait plus être longtemps retardée : JH manè u$què ad vesperam finies me (Ibid.). Or, ces principes ainsi établis (car c'était là en edet, remarque saint Ambroise, comme autant de principes qu'il posait ), quelles conséquences en tirait-H? quelles conclusions pratiques pour la réformation de sa vie? Elles sont admirables, et je ne puis vous «donner un plus beau modèle. Ah ! Seigneur, poursuivait l6».8aint roi, c'est donc pour cela que je pousserai sans cesse des cris vers vous, comme le p^t d'une hirondelle qui demande la pâture : Sieut pullus hirtmdinii sic elorniaèo (iBin.) ; voilà Ja ferveur de sa prière. C'est poupoek ^^ je gémirai comme ta colondse, et que je m'appliquerai

SUR LA PENSÉE D£ LA MORT. 4<r7

jour et unit à méiâUir la profondeur de vos jiiigeineDts : M^UabarfUtoimmém (Ira».) : voilà la kmear de la médi* tàlkm. C'est pour cela que mesyeui se sont affaftiisà forée de regarder en haat, d'eu j'atleodois tout mon secours, et où je cherelHiis laeo unique bien : ÀUemuUi wni oefUi mn nuficitniet in exeelnm (Inn.) : voilà la ferveur de sa oonfianee. Cest pour cela que je résiste aux plus violentes tentations qui m'attaquent, et que pour n'y pas succomber, instruit que je suis ée la force de votre grâce, je vous prie de combattre et de répondre pour moi : Domne, vwm foHoTf regpondêpro me (Imd.) ; voilà la ferveur de sa f<M. C'est pour cela que je repasserai devant vous toutes les an» nées de ma vie dans l'amertume de mon ame : Rêcogitabo ff6t omnêi annoi amm t'n amtarUudine ommatMiB (Ibid.) : voilà la ferveur de sa pénitence; car je sais, ô mon Dieu , ajoutait-ii, que cen'est ni fenfer ni la mort qui célèbrent vos louanges : Qma mon infemms confitebiiur tiM, ne^ue mort kmdahil U (Inin.) ; c'est-à-dire, selon l'explication de saint Jér&me, je sais que ce ne sont pas les mourants qui vous Confient, ni qui sont en état de vous gforifier par leurs cra* vres ; et qui donc? ceux qui vivent. Seigneur, mais qui vivent aussi persuadés que moi qu'ils doivent bientôt mourir , mais qui vivent déterminés comn^ moi à fiiire de cette persuasion la règle de toutes leurs actions : Vivenë^ vwens ipêe confUebOur iM, êieui et ego kodiè (fniD.) Ainsi parlait ce religieux monarque; et de là, cbrétiens, nous apprenons cette méthode si solide , si connue des saints ; si peu pratiquée parmi nous , nais si praticable néanmoins, et d'où d^>end la sanctiication de notre vie ; savoir, de feire toutes nos actions comme si chacune était la dernière, et devait être suivie de la mort; prier comme je prierais à la mort ; examuer ma conscience comme je l'examinerais à la mort ; pleurer mon péché comme je le pleurerais à la mort; le confesser comme je le confesserais à la mort; re^

W8 SEBMON

ce¥oir tesacrement de JésiM-Christoomiiie je le recevrais à la mort : voilà de quoi corriger toutes nos tiédeors et toutes nos lâchetés, de quoi vivifier toutes nos lenvres par le souvenir même de la mort et de sa proximité.

Mais il m^est incertain si la mort est proche ou si elle est encore éloignée de moi : je le veux, mon dier andîtimr ; que concluez-vous de là? Parcequ'il est incertain quand et à quel jour vous mourrez, en devez-vous être moins actif, moins vigilant, moins fervent dans Tobservation de vos devoirs? et cette incertitude qui peut-être vous sert de prétexte pour justifier vos négligences , n'est-elle pas au contraire une nouvelle raison pour les condamner? car pourquoi le Sauveur du monde nous ordonne-t-il de veiller? ce n'est pas seulement parceque la mort est prochaine, mais parcequ'elle est incertaine, c'est-à-dire parceque nous n'en saviHis ni le jour ni l'heure : Quia ntseiiit diem neque horam (Matth. XXV). Ah! chrétiens, Jésus^hrist sans doute aurait bien mal raisonné, si l'incertitude de la mort autorisait en aucune sorte nos lâchetés et nos tiédeurs ; mais c'est ici que saint Augustin a admiré la sagesse de Dieu qui nous a caché le jour de notre mort, pour nous faire employer utilement et saintement tous les jours de notre vie : Lalel tdlimus dies^ ut observenlur omnes die$ (Augcst.).

En effet, si nous connaissions précisément le jour et l'heure où nous mourrons, plus de pénitence dans la vie, plus d'exercice de piété : tout serait remis à la dernière année , et dans la dernière année au dernier mois, et dans le dernier mois à la dernière semaine, et dans la dernière semaine au dernier jour , et dans le dernier jour à la dernière heure, ou même au dernier moment : et de là phis de salut : pourquoi? parceque le moment de la mort n'est ni le temps des bonnes œuvres ni le temps de la pénitence, et qu'on ne peut néanmoins se sauver que par la pénitence et les bonnes

«Tes. Mais que lait Dieu? par une conduite également

ran

sage et miflérioordieuse il nous tient dans une incertitude absolue touchant ce dernier moment , aGn que nous nous tenions nous-mêmes en garde à tous les moments ; car quelle pensée est plus capable de nous renouyeler sans cesse en esprit que celle-ci : peut--ètre ce jour sera-t-il le dernier de mes jours; peut-être après cette confession , peut-être après cette communion , peut'-être après cette prédicatimi , peut-être après cette conversation, peut-être après cette occupation, la mort tout-4M;oup viendra-t-elle m'enlever du monde, pour me transporter devant le tribunal de Dieu? Quand on porte partout cette idée, et que partout on la conserve fortement imprimée dans son souvenir ; bien loin de se relâcher et de se laisser abattre, il n'y a plus rien qui arrête, plus rien qui étonne, plus rien que Ton n'entreprenne, que Ton ne soutienne, à quoi Ton ne parvienne; on devient (belle peinture d'une vie fervente que Tapôtre lui-même nous a tracée), on devient laborieux et appliqué : SoUtcttudine non pigri (Rom. XII) ; prompt et ardent , Sptrtïu fervenies; infatigable dans le service du Seigneur :• Domino tenoienUê (Ibid) ; détaché du monde et uniquement attentif aux. choses du ciel : Spe gaudenies (Ibid.) ; patient dans les maux : In tribukUione paiieniei ; adonné à Toraison : Oraiioni instantes % charitable envers ses frères et toujours prêt à exercer la miséricorde : Neeessitatibus sanetorum eommunicanteSf Itospitalitalem sectantts ; également fidèle à tout ce que Ton doit h Dieu, à tout ce que Ton doit au prochain et à tout ce que Ton se doit à soi-même : JProvtdenies hona, non tantùm coram Deo, sed etiam toram om^ nibus hominibus (Ibid.).

Disons quelque chose de plus pressant encore et de plus convenable à ce que Dieu demande surtout de nous dans ce saint temps où nous entrons; c'est un temps de pénitence, et la grande action de notre vie, étant pécheurs comme nous le sommes , c'est. notre retour à Dieu , c'est une sincère et

4m SERMON

parbite caavwma à Dmu. Or, n'estnie pas sur cela mêtae que nous sentons davaaUg0 notre fiiiblesse, et ifue aous paraissons plus lâches et plus krésolus? U s'a^ de nous déterminer à roo^^ nos liens par un généreux effort ; il s'agit de nous in^irer cette ferveur de converskm qui ravit une ame, qui Tarrache au monde et à eUe-même, qui ne lui permet pas le moindre délai , et v<»là ce que doit faire Tincertitude de la mort; car dites-4noi, pécheur, à quoi serez-vous sensible, si vaus ne Tètes pas au danger affr^ix où elle vous ^pese? Mourez dans votre péché, vous êtes perdu et perdu sans ressource ; mais tandis que vous y de* mourez , n'y pouvez-vous pas mourir , et n'y pauvez-vous pas mourir à chaque moment, puisqu'il n'y a rien dé plus incertain pour vous et pour moi que la mort?

Je me trompe, chrétiens, il y a dans la mort quelque cliose de certain pour nous, et quoi? c'est que nous y serons surpris. Le Sauveur du monde ne s'est pas contenté de nous dire : veillez parceque vous ne savez ni le jour ni l'heure que viendra le Fils de l'homme; il ne s'en est point tenu là ; mais il a expressément ajouté : veillez parceque le Fils de l'homme viendra à l'hepre que vous ne l'atteodrea pas. Est-il rien de plus formel que cette parole? et l'infaillibililé de cette parole, n'est-ce pas encore ce qui redouble mon crime quand je vis tranquillement dans mon pédié et que je néglige ma conversion ? Si ce divin Maître ne m'avait dit autre chose sinon que le temps de la mort est inciartain, peut-^tre serais-je moins coupable. Puisqu'il est incertain, dirais-je, je n'ai pas perdu tout droit d'espérer; je suis ua téméraire, il est vrai, d'en vouloir courir les risques; mais enGn ma témérité ne détruit pas absohiment ma confiance; je puis être surpris, mais aussi je puis ne l'être pas ; et dans la conduite que je tiens , tout aveugle qu'elle est , j'ai du moins encore quelque prétexte : ainsi raisonnerais-je. Mais ^TèB la parole de Jésus-€hrist il ne m'est plus permis de

SUR LÀ PENSÉE im LA MORT. 49i

raisonner de la sorte, et je dois compter de mourir à Theure que je n'y penserai pas ; le Fils de Dieu ne me la fait connaître que par là , cette heure fatale : tout ce que je sais , mais ce que je sais à n'en pouvoir douter, c'est que le jour de ma mort sera pour moi un jour trompeur : Quà horà non putaiiÈ (Luc. XII). Â(m^ cela ne faul^l pas que j'aie moi-même conjuré ma perte, si dans le désordre où je suis, et me voyant exposé à toute la haine et à toutes les vengeances de mon Dieu , je ne prends pas de justes et de promptes mesures pour me remettre en grâce avec lui , et pour prévenir par la pénitence le coup dont il m'a si hautement et tant de fois menacé. Y avez-vous jamais fait, chrétiens, je ne dis pas toute la réflexion nécessaire, mais quelque réflexion? maintenant même que je vous parle de la mort, pensez-vous à la mort, ou y pensez-vous bien? y pensez-vous attentivement ? y pensez-vous chrétiennement? y pensez-vous efficacement? mais si vous n'y pensez pas , à quoi pensez-vous? et si vous n'y pensez pas à présent , quand y penserez-vous, ou qui jamais y pensera pour vous? Heureux qui. n'attend pas à y penser lorsqu'il ne sera plus temps d'y penser , heureux qui y pense dans la vie ! C'est ainsi que la mort, châtiment du péché, en sera pour nous le remède ; elle est entrée dans le monde par le péché ; mais si nous la considérons comme les saints , si nous y pensons comme les saints, elle nous fera entrer comme eux par la grâce dans l'éternité bienheureuse , que je vous souhaite, etc.

Ml SERHœ^

et l'antre iadifn^^ tout homme cpn oonuât Dieli, ma» eoeore bien plus d'im chrétien élevé par le baj^tême à Fadop* tkm des enfoots de Dieu. Appliquez-vous, mes efaers aiMMteurs , et ne perdez rien de ces deux inportantes vérités.

C'est une servitude honteuse, et je l'appelle la servitude du respect humun; car qu'y a^-il de plus servile que d'être réduit, ou plutôt que de se réduire soi-même à la nécessité de régler sa religion par le caprice d'autrui ? de la pratiquer, non pas selon ses vues et ses lumières, ni même selon les mouvements de sa conscience , mais au gré d'autrui ? de n'en donner des marques et de n'en accomplir les devoirs, que dépendamment des discours et des jugements d'autrui ¥ en un mot, de n'être chrétien , ou du moins de ne le paraître qu'autant qu'il plaît ou qu'il déplaSt à autrui? Est-il un esclavage comparable à celui-là? Vous savez néanmoins, et peut-^tre le savez-^vous à votre confusion , combien cet esclavage, tout honteux qu'il est, est devenu commun dans le monde, et le devient encore tous les jours.

Quand saint Augustin parle de ces anciens philosophes , de ces sages du paganisme, qui par la seule lumière naturelle connaissaient , quoique psôens , le vrai Dieu , il trouve leur condition bien déplorable : |K)urquoi? parcequ'étant convaincus, comme ils Tétaient, qu'il n'y a qu'un Dieu , ils ne laissaient pas, pour s'accommoder au temps, d'être forcés à en adorer plusieurs. Prenez garde, chrétiens. Ceux-là par respect humain faisaient violence à leur raison et servaient des Dieux qu'ils ne croyaient pas, et nous, par un autre respect humain , nous foisons violence à notre fol et nous ne servons pas le Dieu que nous croyons. Ceux-là mal* gré eux, mais peur plaire au monde, étaient superstitieux et idolâtres, et nous, par un effet tout contraire, mais par le même principe , nous devenons souvent malgré nousmêmes libertins et impies. Ceux-là, pour ne pas s'attirer la haine des peuples, pratiqurnent ee qu'ils condamnaient.

SUR LE IffiSraCT HUMAIN. M»

adortÉenl œ «pi^ils inéprinieBt , profeasaient oequ'Ss détestaient ; ce sont les termes de saint Augustin : Colebani qm&é rêfTthmâehaMy agfebant qwfd arguêbmUy qmod culptÊbmU adMrabatU { Aiighst. ) ; et nous, pour éviter la censure des faeninies, et par im vil assujettissement aux usages du siècle oorrotupu et à ses maximes, nous désltonorent oe que nous professons, nous profanons ce que nous révérons, nous blasphémons, au moins par nos œuvres , non pas^ comme disait un apôtre, œ que nous ignorons , mais ce que nous savons et ce que nous reconnaissons. Au lieu que ces esprits forts de la gentilité, avec leur prétendue force, se capti* vaient par une espèce d'hypocrisie , nous nous captivons par une autre ; au lieu qu'Us jouaient la comédie dans les temples de Rome en contrefaisant les dévots, nous la jouons an milieu du christianisme en contrefaisant les athées : avec c^te différence remarquée par saint Augustin , que Thypocrisie de ceux-là était une pure fiction, qui n^inléressait tout au phis que de fausses divinités; ftu lieu qi9e la nôtre est une abonnnatiott réelle , une abomination teHe que Ta prédite le prophète, placée dans I9 lieu saint, une abominatioB qui outrage tout à la fois , et la vérité, et la majesté, et la samteté du vrai Dieu.

Or, en user de la sorte, n'esl-ce pas se rendre esclave. Biais esclave dans la chose même où il est moins supportable de rétre, et où tout homme sensé doit plus se piquer de ne Tétre pas? Car il y a des choses, poursuit oe saint «lecteur, où la servitude est toléraMe, d'autres où elle est raisonnable, quelques-unes même où elle peut être honorable ; mais de s'y soumettre jusque dans les choses les plus essentiellement libres , jusque dans la profession de sa foi » jusque dans Texercice de sa religion, jusque dans ses devoir» les plus- indispensables, dans ce qm reg»*de notre ëtemitô , notre salut, c'est à quoi répugne un certam fonds de grandeur qui est en nous et avec lequd nous sommes

nés , c'est ce que la dignité de notre être , non pins que la conscience , ne peut comporter.

Laissez-nous aller dans le désert, disaient les Hébreux aux Egyptiens; car, tandis que nous sommes parmi vous, nous ne pouvons pas librement sacrifier au Dieu d'Israël; or il faut que nous soyons libres 4aus les sacrifices que ncftjs lui offrons, en tout le resle vous nous trouverez souples et dépendants, et quelque rigoureuses que soient vos lois , nous y obéirons sans peine: mais dans le culte du souverain Maître que nous adorons et que nous devons seul adorer, la liberté nous est nécessaire, et quand nous vous la demandons, ce n'est qu'en vertu du droit que nous y avons, et eu vertu même du commandement exprès que notre Dieu nous a fait de ne nous la laisser jamais enlever. C'est ainsi, mes frères, reprend saint Jérôme, expliquant ce passage de TExode, c'est ainsi que doit parler un chrétien engagé par la Providence à vivre dans le monde, et par conséquent à y soutenir sa religion. Sur toute autre chose, doit-il dire, je me conformerai aux lois du monde, j'observerai les coutumes du monde, je garderai les bienséances du monde, je me con* traindrai même, s'il le faut, pour ne rien faire qui choque le monde ; mais quand il s'agira de ce que je dois à mon Dieu , je liie mettrai au-dessus du monde, et le monde n'aura nul empire sur moi : dans l'accomplissement de ce devoir capital, qui est le premier devoir du chrétien, je ne serai ni bizarre, ni indiscret^ mais je serai libre, et la prudence dont j'userai pour me conduire, n'aura rien qui dé* génère de cette bienheureuse indépendance que saint Paul veut que je conserve comme le privilège inaliénable de l'état de grâce où Dieu m'a élevé. Telle est, dis-je, selon saint Jérôme, hi disposition où doit être un homme fidèle. Et si la tyrannie des lois du monde allait jusque-là, qu'il y eût en #fet des états où il fût impossible de maintenir cette sainte et glorieuse liberté avec laquelle Dieu veut être servi, ou

plutôt si Hiomine se sentait faible jusqu'à ce point, qu'il désespérât d'y pouvoir librement servir Dieu, il devrait, à l'exemple des Israélites, prendre le parti d'une généreuse retraite, et chercher ailleurs un séjour où, affranchi du joug du monde, il pût sans gêne et sans contrainte rendre à Dieu les hommages de sa piété, faisant divorce pour cela, non pas avec le monde en général, mais avec ces conditions parti- ^culières ilu monde où l'expérience lui aurait appris que sa religion lui serait devenue comme impraticable : pourquoi ? parcequ'au moins estrii juste qu'étant né libre, il le soit inviolablement pour celui à qui il doit tout, comme au principe et à l'auteur de son être, et qu'il n'abandonne jamais la possession où Dieu l'a mis d'être à cet égard dans la main de son conseil et de sa raison. ^ ■.. ^

m Servitude du respect humain d'autant plus honteuse, que c'est l'effet tout ensemble et d'une petitesse d'esprit et d'une bassesse de cœur que nous nous cachons à nous-mêmes, mais que nous nous cachons en vain, et dont nous ne pouvons étouffer le secret reproche. Car si nous avions ce saint orgueil, selon l'expression d'un Père, cette noblesse de sentiments qu'inspire le christianisme, nous dirions hautement comme saint Paul : Aon erubcKo Evangelium ( Rom. .1 ) , je ne rougis point do l'Evangile : nous imiterions ces héros de l'Anciea-Testament, qui se faisaient un mérite de pratiquer leur religion à la face même de l'irréligion : pendant que ton» les autres couraient en foule aux idoles de Jéroboam, le jeune Tobie, sans craindre de pars^tre singulier, et se glorifiant même de l'être dans une si belle cause, allait lut seul au temple de Jérusalem, et se rendait par là digne de l'éloge que l'Ecriture a fait de sa fermeté et de sa constance : Deuiquè cûm irent omnei ad-viiuioê aureos quos fecereU Jéroboam rex Israël ^ hiesoluê pergehai in JeruêaUm adtemplum Domini ( Tob. I). Ainsi^ quand tout ce qui nous envir^ne vivrait dans l'oubli de Dieu et dans le

mépris de sa loi, nous nous gloriCerions, comme chrétiens, d'être les sincères observateurs de cette divine loi, et par une singularité que le monde même malgré lui respecterait^ nous nous distinguerions, et s^il le fallait, nous nous séparerions de ces mondains qui en sont les prévaricateurs ; m le nombre , ni la qualité de leurs personnes ne nous ébranleraient pas; fussions-nous les seuls sur la terre, nous persisterions dans cette résolution, et la consolation intérieure que nous aurions d'être de ceux que Dieu se serait réservés^ et qui n'auraient point, fléchi le genou devant Baal , c'està-dire le témoignage que nous rendrait notre conscience d'avoir résisté au torreiit de l'idolâtrie du siècle, serait déjà pour nous le précieux fruit de la victoire que notre foi aurait remportée sur le respect humain. Ymlà les heureuses dispositions où nous mettrait une liberté évangélique. • D'où vient donc que nous n'y sommes pas? et qu'est*-ce que ce respect humain qui nous arrête? timidité et pusillanimité. Nous craignons la censure du monde, et par là nous avouons au monde que nous n'avons pas assez de force pour le mépriser dans les conjonctures même où nous le jugeons le plus méprisable; aveu qui devrait seul nous confondre: nous craignons de passer pour des esprits faibles, et nous ne pensons pas que cette crainte est eUe-œême une fett>lesse, et la plus pitoyable faiblesse : nous avons honte de nous déclarer, et nous ne voyons pas que cette honte, pour m'esprimer de la sorte, est elle-même bien plus honteuse que la déclaration qu'il faudrait faire. Car qu'y a-t-il de plus honteux que la honte de paraître ce que l'on est et ce que l'on doit être ? Une parole, une raillerie nous trouble, et nous ne considérons pas ni de quoi, ni par qui nous nous laissons troubler. De quoi : puisqu'il n'est rien de plus frivole que la raillerie quand elle s'attaque à la véritable vertu : par qui : puisque c'est par des hommes vains, dont il nous doit peu nnporter d'être ou blâmés ou approuvés ; des hommes dont

SUR LE RESraCT HUMAIN. 4d9

souvent nous ne faisons nulle estime ; des hommes dont la légèreté nous est connue , aussi bien que Fimpiété ; des hommes dont nous ne voudrions pas suivre les conseils, beaucoup moins recevoir la loi dans une seule affaire ; des hommes pour qui nous ne voudrions pas nous contraindre dans un seul de nos divertissements ; ce sont là néanmoins ceux pour qui nous nous faisons violence, ceux que nous ménageons, ceux à qui, par le plus déplorable aveuglement, nous nous assujettissons en ce qui touche le plus essentiel de nos intérêts, savoir le salut et la religion. Après cela, piquons-nous, je* ne dis pas de grandeur d'ame, mais de sagesse et de solidité d'esprit; après cela, flattons - nous d'avoir trouvé la liberté en suivant le parti du monde. Non, non, mes frères, reprend saint Chrysostome, ce n'est point là qu'on la trouve ; bien loin d'y parvenir par là, c'est par là que nous tombons dans la plus basse servitude, et l'un des plus visibles châtiments que Dieu exerce déjà sur nous quand nous voulons vivre en mondains, c'est qu'au même temps que nous pensons à secouer son joug, qu'il appelle et qu'il a bien sujet d'appeler un joug doux et aimable, il nous laisse prendre un autre joug mille fois plus humiliant et plus pesant, qui est le joug du monde et des lois du monde. Caractère de servitude dans le respect humain et caractère de lâcheté.

Je dis lâcheté, et lâcheté odieuse. 3'appartiens à Dieu par tous les titres les plus légitimes, et comme homme formé de sa main , enrichi de ses dons, racheté de son sang, héritier de sa gloire; et comme chrétien, lié à lui par le nceud le plus inviolable, et engagé par une profession solennelle à le servir; mais au lieu de m' armer d'une sainte audace et de prendre sa cause en main , je l'abandonne, je le trahis! Lâcheté impardonnable ; on ne peut pas même la supporter dans ces âmes mercenaires que leur condition et le besoin attachent au service des grands : et ce qui doit bien noua

confondre , c^est le zèle qif ils font paraître et où ils cherchent tant à se signaler, dès quMl s'agit de ces maîtres mortels dont ils attendent une récompense hwnaine et une fortune périssable. Lâcheté frappée de tant d'anathèmes dans rEvangiie, et qui doit être si hautement réprouvée au jugement de Dieu, puisque c'est là que le Fils de FHomme rougira de quiconque aura rougi de lui, désavouera quiconque Taura désavoué, renoncera quiconque Faura renoncé : Qui erubuerit me, erubeseam et ego iffum (Lu€. IX). Lâcheté que les païens mêmes ont condamnée dans les chrétiens , et sur quoi ils leur ont fait de si belles et de si solides leçons.

N'est-ce pas le sentiment qu'en eut autrefois ce Sage empereur, père du grand Constantin? Eusèbe nous l'apprend, et vous le savez : qiioiqu'inlidèle, quoique païen, il avait et des officiers dans sa cour, et des soldats chrétiens dans son armée, il voulut éprouver leur foi ; il les assetnbla tous devant lui , il leur parla en des termes propres à les tenter x enfin , il les obligea à se faye connaître et à s'expliquer. Comme il y en à toujours eu de tous les caractères , je ne suis pas surpris que les uns, ferriies pour Jésus-Christ , aimassent mieux risquer leur fortune que de démentir leur religion; et que d'âutrôîi, dominés par le respect humain, choisissent plutôt de dissimuler leur religion que de hasarder leur fortune. Ainsi, dans le monde, et.dans le christianisme même, les choses de tout temps ont-^lles été partagées. Mais ce qn'Eusèbe remarque, et ce qui doit être une instructijn vive et touchante pour ceux qui m*écoutent ici (elle convient admirablement au lieu où je parle, et je suis certain qu'elle sera de votre goût) , c'est te discernement judicieux que fit le pîince, de ces deux sortes de chrétiens, brsque, par un traitement aussi contraire 'à leur attente qu'il fut conforrftc à leUr mérite, il rétirtt fituprès de sa personne ceux qui; méprisant les vues du monde; aV^ent té-

SUR LE RESPECT HUMAIN. m

moigné un attachement inviolable pour leur religion, et renvoya les autres. Car il jugea^ ajoute riiistorien, qu*il ne devait rien se promettre de ceux-M^i , qu*ils pourraient bien hii être infidèles, puisqu'ils l'avaient été à leur Dieu, et qu'it fallait tout craindre d'un homme dont la conscience et le devoir n'étaient pas à l'épreuve d'un vain intérêt et d'une • considération humaine.

Ah ! mes chers auditeurs , profitons de cette maxime v et n'ayons pas la confusion d'être en cela moins religieux qu'un païen que le seul bon sens disait raisonner. Sans être impies ni hypocrites, soyons généreux et sincères :.ôntre l'hypo^ crisie et l'impiété, il y a tin parti honorable, c'est il'ètre chrétiens. Soyons-le sans ostentation , mais soyons-le aussi de bonne foi, et faisons-nous' honneur de l'être et de le paraître. • , ' - Souvenons-nou» de tant de martyrs, nos frères en Jésus* Christ et les^ membres de la même Eglise : craignaient-ils la présence des hoihmes? s'étonnaient-ils d'un regard, d'une parole? Quelle image, mes chers auditeurs! quel reproche de notre lâcheté ! Ils se présentaient devant les tyrans^ et à la face des tyrans ils confessaient leur foi*; ils montaient sur les échafauds, et sur les échafauds ils céléforatent les> grandeurs de leur Dieu ; ils versaient leur sang^ et de leur sang ils signaient la vérité. Avaient-ils d'autre» engagements que nous? Faisaient-ils profession d'une autre loi que nous? Le Dieu qu'ils ^rvaieht, qu'ils glorifiaient, pour qui ils se sacrifiaient, était-il plus leur Dieu que le nôtre? '

N'allons pas si loin, et jugez-vous vous-mêmes^ instniisez-r vous vous-mêmes par vous-mêmes, le parle dans une cour composée d'hommes fameux par leur bravoure et par leurs exploits militaires. Avoir une fois reculé dans le péril, avoir une fois hésité, c'est ce qu'ils regarderaient comme une tache ineffaçable : à Dieu ne plaise que je leur refuse le juste éloge qui leur est dû : en combattant, en exposant leur vie

im SERMON

pour le graid et le gterieux monarque dont ils exécutent les ordres , et que le ciel a placé sur bos tètes pour nous commaiider, ils s^aequittent d'un devoir naturel. Mais, du reste, par queUe contradietioa marquons-nous tant de constance d'une part, et de l'autre tant de faiblesse? Pourquoi, dans les choses de Dieu, devenons-nous comme le roseau que le vent agite, selon la figure de notre Evangile? Pourquoi en avons-nous toute Tinstabiltté, c'est4-dire, pourquoi nous laissons-nous si aisément fléchir par la complaisance, abattre par la crainte, entraîner par la coutume, ébranler par rintérèt? JEt pour m'en tenir à l'exemple que nous propose aigourd'hui le Sauveur du monde, que n'imitons-nous Jean-Baptiste? que n'apprenons-nous de lui quelle fermeté deinande je service de notre Dieu et l'observation de sa loi? Jusque dans les {srs ce fidèle ministre confessa Jésus-Christ, jusque dans la cour il lui rendit témoignage. Voilà votre modèle : conserver au milieu de la cour cette généreuse liberté des enfants de Dieu à laquelle vous'êtes appelés, et qui semble, à entendre parler saint Paul, être déjà un don de la gloire plutôt qu*utt effet de la grâce : In liberUUem glarim filwrum Dti (Roh. VIIl). Au milieu de la cour, se déclarer pour Jésus^Ibrist par une pratique constante, solide, édifiante, de tout ce que voos prescrit la religion, voilà ce que vous prêdie le divin Précurseur. Et qui peut vous déposséder de cette liberté chrétienne? qui le doit? S'i\ faut être esclave , ce n'est point l'esclave du monde, mais le vétre , d mon Dieu ; il n'y a que vous^ et que vous seul , dont nous puissions l'être justement, et quand nous le sommes de tout autre, nous dégénérons de cette bienheureuse adoption qui nous met au nombre de vos enfinnts, et qui nous donne droit de vous appeler notre Père. Si donc nous savons avec humilité et avec prudence, mais avec force et avec constance, nous maintenir dans la liberté que Jésus-Christ nous 4 acquise par son sang, le monde, tout perverti qu'il est,

nous respectera. Si le respect humain nous ia fait perdre, le monde lui-même nous méprisera, car sa corruption et sa malignité ne va pas encore jusqu'à ne pas rendre jnstice à la piété lorsqu'elle marche par des voies droites. Mais quand le monde s'élèverait contre moi, je m'élèverai centre lui et au-dessus de lui ; le Dieu que je sers est »n assez grand maître pour mériter que je }ui fasse un sacrifice dn monde, c'est un maître assez puissant pour qne je le serve, non pas au gré du monde, mais à son gré : or, son gré est d'être servi par des âmes libres et indépendantes des faux juge^ ments et de la vaine estime des hommes. Vous avez vu l'indignité du respect htimain, voyons-en le désordre : c'est la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Vous ne l'avez apparemment jamais bien compr», chré* tiens, ce désordre dont je parle ; vous n'en avez jamais bien connu ni l'étendue ni les conséquences, mais je m^assure que vous serez touchés de la simple exposition- que j'en vais faire, et qu'elle suffira pour vous en donner une éter<neUe horreur. Car je prétends que dans l'm^re du salut îl n'est rien de plus pernicieux, rien de pkis damnable, rien de plus opposé à la loi de Dieu, ni de plus digne des ven*geances de Dieu, que le respect humain. Pourquoi cola? redoublez, s'il vous plaît, votre attention :. c'est que le respect humain détruit dans le cœnr de Thomme le fondement essentiel de toute ht religion, qui est l'amour de préférence que nous devons à Dieu : c'est que le respect homain fait tomber l'homme dans des apostasies peut-être plus condamnables que celles de ces apostats des premiers siècles, - contre qui l'Eiglise exerçait avec tant de zèle la sévérité de sa discipline : c'est que le respect humann est une tentation qui arrête dansi'bonme l'effet des grâces les pkta pui»-

santes que Dieu emploie communément 4)our le porter au bien et pour le jdétourner du mai ; enûn c'est que le respect humain est Tobstacle le plus fatal à la conversiou de rhomme mondain^ celui qu'il surmonte le moins, et auquel Texpérience nous faiit voir que notre faiblesse est plus sujette à succomber. Airje eu raison de vous proposer ces quatre articles comme les plus propres à faire impression sur vos esprits? Qua^d je n'en apporterais point d'autre preuve ifue le seul usage du monde, ne suffirait-il pas pour vous en eonvaincre? Ecoutez-moi, et. n'oubliez jamais de si salutaires instructions. ...

t^référer Dieu à la créature ; et quand il s'agit, non pas dans la spéculation, mais dans la pratique, de £Bure comparaison de l'un et de l'autre, quand ils se trouvent l'un et l'autre en compromis, fouler, aux pieds. la créature pour rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû , c'est sur quoi roule toute ]a religion, et c'est d- abord* ce que renverse le respect humain. Car pourquoi l'appelons-nous respect humain.? sinon, dit l'Ange de l'école, saint Tliomas, parcequ'en mille, rencontres il nous fait respecter la créature plus que Dieu. Dieu me fait connaiti^d ses volontés, il me fait intimer ses ordres ; mais l'homme à. qui je veux plaire, ou à qui je crains de déplaire, ne les approuve pas; et moi qui dois alors décider, dans la seule vue de plaire ou de ne pas déplaire ^rhomme, je. deviens rebelle à. Dieu : j'ai donc en effet plus de respect pour l'homme que pour Dieu, et quoique je sois convaincu de l'excellence et de la souveraineté de l'être deDieu, e'est une conviction en idée, qui n'empêche pas que réellement et actuellement je ne préfère l'homme à Dieu. Or, dès là je n'ai plusde religion, ou je n'en ai plus que l'ombre et que l'apparence. Et voilà ce que TertuUiea reprochait aux païens de Rome , par ces par<^es si énergiques et si dignes de lui, quand il leur disait : Jforjari formidine Cœêarem a^ferv^iSf qwgmipmm.de eoi(o

'J(mem ; ei eiUùê apud vos per omnes deos, quàm per'unwn Cœsariê geniumf pejeraiur (Tertull.). Jupiter est le Dieu que vous servez ; mais votre désordre, et de quoi vous n'o^ seriez pas vous-mêmes disconvenir, c'est que vous considérez bien moins ce Jupiter régnant dans le ciel, que les puissances dont vous dépendez sur la terre, et que parmi vous on craint bien plus de s'attirer la disgrâce de César , que d'offenser toutes les divinités du Capitole. Reproche mille fois plus capable de confondre un chrétien quand il se l'applique à lui-même, et dont il devrait être effrayé et consterné. Cependant» à combien de chrétiens ce reproche pris à la lettre ne convient-il pas? et quel droit n'aurai&-je pas aujourd'hui de dire encore dans cet auditoire : Majariformidine Cœ$arem obêervatis.

Grâces au Seigneur qui, par une providence particulière, nous a donné un roi fidèle et déclaré contre le libertinage et l'impiété; un roi qui sait honorer sa religion, et qui veut qu'elle soit, honorée ; un roi dont le premier zèle , en se faisant obéir et servir lui-même, e^tque Dieu soit servi et obéi ! Mais si, par un de ces châtiments terribles dont Dieu punit quelquefois les peuples ^ le ciel nous avait fait naître sous la domination d'un prince moins religieux, combien verrions-nous de courtisans tels que les concevait Tertullien, qui ne balanceraient pas sur le parti qu'ils auraient à prendre, et qui, sans hésiter et aux dépens de Dieu, rechercheraient la faveur de César'f Majori formidine Cœsarem ohservatiê.

Sans faire nulle supposition, combien en voyons-nous dès maintenant disposés de la sorte? c'est-à-dire, non pas impies et scélérats, mais prêts à l'être s'il le fallait êti«, e^ si l'être en effet était une marqfiie qu'on exigeât de lotir, complaisance et de leur attachement? Auraient-ils là-dessus quelque scrupule , ou écouteraient-ils leurs remords et leurs scrupules? La concurrence de la créature et de Dteq

les arrèUrait^Ua? et em^M-lé» j^ rhabitude oà* iLs soot élevés, de se conformer e& tout aitx ioctinalioiis du maître de qui ils dépendent^ ne se feraient-iU pas un prioeipe, s'il était libertin, de Têtre avec kii? et s^U méprisait Dieu, de le mépriser comme lui ?

Ne remontons pas même jusqu'à celui qui entre tous le« autres maîtres tient après Dieu le premier rang. A combien de puissances du monde inférieures et subalternes, si j'ose ainsi m'exprimer, ce malheureux respect humain n'est-il pas en possession de rendre, surtout à la cour. Une espèce de culte? Et ce culte, qu'cst-ee dans le fond qu'une idoletrie rafûnée, d'autant plus daiigereuse qu'elle est plus proportionnée à nos mœurs? Puissances, quoique subalternes, à qui, sans l'apercevoir, on est dévoué beaucoup plus qu'à Dieu, dont on redoute l'indignation beaucoup plus que celle de Dieu, par conséquent à qui l'on domie cette continuelle, mais criminelle préférence, qui dans le OBur de i'homine élève la créature au-dessus de Dieu. Or, il n'en faut pas davantage pour détruire toute la religion, et selon la parole du prophète royal, pour l'anéantir jusque dans ses fonde-^ ments : Exinanile, exinanite usque ad fundamerUum in ea (PsAL. CXXXViy.

Le désordre va encore plus loin, et sans demeurer dans le cœur il se déclare plus ouvertement Car je disque le respect humain fait tomber l'iiomme dans des apostasies, iu>n plus seulement intérieures et secrètes, n^ais qui tous les jours, à la honte du nom chrétien, ne sont que trop éclatantes et que trop'pubUques. Qu'il me soit permis de m'expliquer. Souvenez-vous des irrévérences que vous a fait commettre tant de fois, en présence de cet autel, la crainte d'y passer ou pour hypocrites ou pour clu-étiens ; c'est l'autel du Dieu vivant, mais qui bien mieux que celui dont parla saint Paul dans l'Aréopage, pourrait porter pour inscriptioa, l'autel du Dieu inconnu, I§noio Deo (Acx. XVII); ou» ce qui est encore

plos aUreuK, Tauteldu Dieu déshonoré, du Diea renoncé. Le voilà cel autel, qui demaiidera vengeance contre vous. Cetiii ^e trouva saint Paul dans Atliènes, il etit ta consolation de ae le trouver que parmi des idolâtrés ; et celoi que je trouve ici, j'ai la douleur de le trouver dans le sein du christianisme. Sakit Paul leur dit : You» adorez le v/ai Dieu, mais vous ne le eonnaissez pas : Ignoranies coliti» (Ibi9.) ; et moi Je vous dis : vous connaissez le vrai Dieu, mais vous ae Tadorez pas: que dis*je? le vrai Dieu que vous connaissez , vous Totitragez , vous Tinsultez. Ne pas connaître le vrai Dieu que Ton adore, c'est utie ignorance en quelque sorte pardonnable, ou du moins plus excusable; mais n'adorer pas le vrai Dieu que Ton connaît ; non-seulement ne l'adorer pas, mats le connaître et l'outrager, mais le connaître et l'insulter, c'est un sacrilège, uœ profanation digne de tous les anathèmes. Or, n'est-ce pas là que vous a portés tant de fois le respect humain ? n^est-ce pas ainsi, |)our parler avec l'apôtre, qu'il u retenu votre religion dans l'injustice? n'est-ce pas ainsi qu'il vous a fait renoncer à Dieu et à son culte?

Car j'appelle renoncer à Dieu et à son culte , assister à l'auguste sacrifice de nos autels en courtisan et en mondain; y assister avec des immodesties dont les plus infidèles ma* hométans nie seraient pas capables dans leurs mosquées ; y assister comme si l'on n'y croyait pas; en faire un terme d'assignation et de rendez-vous; en interrompre les sacrés mystères par des entretiens scandaleux. En tout cela je soutiens, avec saint Gyprien , qu'il y a au moins une apostasie d'action : hi bis omni&u^ quœdam apastalas$a fidei est. Voilà touteffois à quoi vous engage la vue du monde, jo dis d'un certain mondhe impie, dont le dérèglement et la licence vous tiennent lieu de règle. Peut-être e» gémiesez^vous, car il y en' a paitni vous qui onl do la religion ; peut-être au mome&t que vous vous laissez aUer à ces impiétés , été»-

voiuTles premiers à les condanuier, à les dâesler, à vous dire mtérieurement à Toos-mêiiies, et malgré Toos-mêmes, que par là vous vous rendez indigiies da nom et de la qualité de chrétiens. Mais parceque -le monde vous entrune.» et que vous voulez vous conformer aux usages do monde, vous profanez avec le monde ce qu'il y a dans la religion de plus adorable et de plus divin. Apostasies, je Tai dit et je le répète, qui, comparées à celles des premiers siècles, sont dans un sens plus criminelles et moins excusables. Appliquez-vous, et vous en allez être convaincus.

Quand on nous parie de ces malheureux qui dans les persécutions oubliaient le serment de leur baptême et renonçaient extérieurement à Jésus-Christ, nous en avons horreur; et quand on nous dit que FEglise, pour punir leur prévarication, les excommuniait, nous ne trouvons pas qu'elle usât contre eux d'une discipline trop rigoureuse. Pourquoi ? parceque leur infidélité , répondent les Pères, était un opprobre pour Jésus^lu*ist même, dont il le fallait vongor. Ah! mes chers auditeurs, faisons-nous justice. Il est vrai , ces faibles et lâches chrétiens qui se pervertissaient à lu vue des tourments, et qui feignaient de renoncer Jésus- Christ, tombaient dans Tapostasie, mais leur apostasie méritait quelque compassion ; et quand , touchés de repentir, ils venaient publiquement reconnaître leur crime , et dire chacun ces paroles que saint Cyprien leur mettait dans la bouche : Caro me in coUucliUione deseruit (Cypr.) ; je sois un perlide, et je le confesse; mais c'est la-chair, et non pas l'esprit, qui a succombé dans moi : Infirmiias viscerum çeaii ; la délicatesse de mon corps n'a pu seconder Fardeur de mon courage, et c'est ce qui m'a perdu; quand ils s'accusaient de la sorte , les larmes aux yeux et le regret dans l'ame , je ne m'étonne pas que l'Eglise, par une con^ descendance maternelle, après les avoir éprouvés, leuraccor» d(U leur grâce, malgré les maximes sévères des schismati-

ques de ces premiers temps. Mais aujourd'hui, quand nous renonçons notre Dieu par notre libertinage et nos scandales, qu'avons-nous à dire pour notre défense? Et quoi que nous disions, ne peut*-on pas nous répondre ce qu'ajoutait saint Cyprien, en parlant aux apostats volontaires : Nec prosiror ius est persecuiionis impeiu ; sed voluntario lapgu ie ipie prestravU (Gypr.). Gar.enGn il ne s'agit plus d'éviter les tourments ni la mort, ce n'est plus qu'un respect humain qui nous gouverne; mais à quoi nous voulons bien nous livrer, et qui, par l'ascendant que nous lui donnons sur nous, nous fait paraître devant les hommes, et par conséquent être devant Dieu, des déserteurs de notre religion : In ki$ omni" bus qu€Bdam aposlatasia fidei est.

De là même qu'arrive-t-il? C'est que le respect humain nous rend inutiles les grâces de Dieu les plus puissantes, et les moyens de salut les plus efficaces. Voici ma pensée. On se sent des dispositions à une vie plus réglée et plus chrétienne, mais on n'a pas le courage de se déclarer, et par là ces dispositions demeurent sans efïet : on forme des désirs et des projets de conversion, mais on craint les discours des hommes , et par là ces désirs avortent : on conçoit la nécessité de la pénitence, et on se résout à la faire, mais on ne veut pas que le monde s'en aperçoive, et parcequ'il faudrait, pour la bien faire, qu'il s'en aperçût, on ne la fait jamais : on sort d'une prédication bien persuadé, mais on ne le veut pas paraître, et ne le vouloir pas paraître, c'est dans la pratique ne l'être point du tout : on fait dans une maladie de-sages réflexions, on prend même pour l'avenir de saintes mesures ; mais dans l'exécution on croit devoir se ménager à l'égard du public , et par là on n'exécute rien. Cette maladie, cette prédication, ces résolutions, ces (fesirs, ce sont des grâces, soit intérieures, soit extérieures, à quoi, dans le cours ordinaire de la Providence, le salut est attaché ; mais une fausse crainte* du monde en arrête toute la vertu.

MO SERMOIC

IT^fll-ce pas là œ ^ni suspend dans k» âmes les opératiens divûies , et dans les âmes les plus crimmeUes ; n'estce pas ià robstade le )4us ordinaire à mille oonversions, qui seraient, par exesiple , les fruits salutaires de la parole de Dieu? Un homme dk : Si je m'engage une fois, que n'aitrai-je point k essuyer de la part de telles et telies personnes? Une fimime dit : Si je romps certains commerces dangereux pour moi et peu édilianls pour le prochain, quels Faisonne* nents ne fera-t-on pas? On se donne à soinnème de vaines alarmes : si je change de conduite, que pensera-t-<m et que dira-t-on ? Or, avec cela, il n'y a point de si saintes entreprises qui n'échouent, point de ferveur qui ne se démente, point de contrition , de confession, qui ne soient infruotueuses. On voudrait bien que le monde fût plus éq«itdl>le, et qu'il y eût même selon le monde de Ftvantage à paraître converti et à l'être, car on sait que c'est le parti le plus sûr, et l'en se tiendrait heureux de l'embrasser; mais la loi tyrannique et impérieuse du respect lumiain s'y oppose, c'éfet assez; on- aime mieux, en perdant son ame, suivre cette loi que de s'en affranchir en se sauvant

Jusqu'à la mort même ne voyons-nous pas des liommes combattus de cette tentation du respect huiaain, y succomber et s'en faire un dernier prétexte contre tout ce que leur prescrit alors la religion? des hommes prêts à quitter la vie, et sur le point d'aller subir le jugement de Dieu , encore esclaves du monde? des. hommes assiégés, comme parle l'Ecriture, des périls de i'en£er, et tout occupés encore des jugements du monde, négligeant, rejetant même les derniers secours que l'Eglise leur présente, différant au moins à s'en servir, parcequ'ils ne veulent pas qu'on les croie si mal , parce^u'ils comptent pour quelque chose de ne pa.sser pas pour désespérés, et résistant ainsi aux dernières grâces du Saint-Esprit, parcequ'ils ne peuvent gagner sur euxHoaêmes, en se séparant du monde» de mépriseretd'oublier le monde?

SUA LE RfiSraCT HUMAIN. ^t

Km a^l"«n |h» vu, qvi le cmirftH? après avoir téca sans foi et sans M , être asMz «insensés pour couronner Tteuvre far «ne persévénmoe •diabolique dans leur impiété? vouloir Bnorir cUns f impénftence poar ne pas paraître foiMes, et poar soutenir i«i8Cfu\au bout une prétendue force d'esprit dant ils s'étaient Mlomeat et peut-être Ikussement piqués : àr ia vue d'ane affreuse .éternité , agités des mouvements d'une conscience diaf^ée de crimes, ne pouvoir se délire éa cette malbeureuae prévention ? quelle idée aura-t-on de moi, si la crainte de 4a mort me fait changer? penser à ce que pensenuent d>aux des libortins autrefois confidents et complices de ^teur libertinage, et pour n*en pas perdre Tes* time, s'endurcir aux reuiontrances ies plus saîulaires des ministres de léeus^farist, qui les con|ur«ient de ne pas désespérer des bontés d'un Dieu , lequel , quoiqu'offiensé, quoiqu'irrité, éUiit enoora le Dieu de leur salut? N'en a-^ t'K)n pas vu^ dia-je, mourir de la sorte? et si, par la misé^ ncorde du Seigneur» les exemples en sont rares, en wnt^ ils moins touduuita, et nous fént4ls moins connaître à quelles extrémités conduit le respect humain ?

Ah ! chrétiens, je connais maintenant toute la force et tout le sens de cette parole de Tertullien , quand tl disait par un excès de confiance, qu'il tenait son salut assuré s'il pouvait se promettre de ne pas rougir de son Dieu? SeUffU$ f«m, si nom eenfmtdor de Dommo meo (TsirruiL.). Il semble d'dbord qu'il réduisait ie sahit à bien peu de chose, puisque par là il se croyait qiritte de tout. Car qu'y a-tnl en apparence de plus iàcile que de ne pas avoir honte de son Dieu? €inti-il pour cela une grande perfection? et estce là qu'aboutit toute la religion d'un chrétien? Oui, répond Tertullien, je le soutiens, mon salut est en assurance si je ne rougis pas de mon Dieu : Sm(vu$ $um. Cela seul me met à couvert des tentations du monde les plus violentes, pareeque cela setH ine rend victorieux )u monde et

512 SEMÊOn

de tout ce qu'il y a dans le monde de plus dangereux pour ^^loi. Car, si je ne rougis pas de mon Dieu, je- ne rougis pas de tant de devoirs humiliants selon le monde , mais nécessaires au salut, selon la lot de Dieu ; je ne rougis pas de sou^ frir un affront sans me venger ; je ne rougis pas de pardonner une injure, jusqu'à rendre le bien pour le mal, je ne rougis pas de prévenir même Tepnemi qui m'a oi;itragé : Salvus ium , n non confundor de Dwmno meo. Si je ne rougis pas de mon Dieu, je ne rougis pas de le craindre, de rbonorer, de le prier; je ne rougis pas d'être respectueux et humble devant lui, patient pour lui, méprisé comme lai. Si je ne rougis pas de mon Dieu, je ne rou^ pas de la pé* jsitence et de tout ce qu'elle exige de moi pour me oonverlir à lui : SiUvuê Mim., si non confundor de Domino meo. C'est ce qui sauva Madeleine. Si elle eût écouté le monde, elle était perdue ; si elle eût. consulté la prudence humaine, il n'y avait point de salut pour elle ; son bonheur et le coup de sa prédestination fut de ne point rougir de son Dieu. Elle l'alla trouver dans la maison du Pharisien, et au milieu d'une nombreuse compagnie, prosternée aux pieds de Jésus* Christ, elle les arrosa de ses larmes, elle les essuya de ses cheveux, elle méprisa tous les mépris des hommes, et peu en peine de ce qu'on dirait, elle ne pensa qu'à trouver grâce auprès de son Sauveur, et devant le seul maître à qui désormais elle voulait plaire. Sans cela , le moment de sa conversion lui échappait ; sans cela, le sein de la miséricorde divine lui était fermé : pour y entrer, il fiillait triompher de xe respect humain, dont je viens de vous représenter l'indignité et le désordre, et dont il me reste à vous faire voir le scandale. C'est la troisième partie.

Page 1