‹ Chefs-d'œuvre d'art japonaisChapitre 1 sur 61 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Cet album de documents d'Art japonais est une œuvre collective; l'auteur na la prétention d'avoir été ici que le trieur, le classeur de tant d'objets qu'il naurait jamais pu révéler, si les collections particulières ne s'étaient généreusement prêtées à son appel. Les Musées ne sont pas encore assez riches, les monuments reproduits assez nombreux, pour qu'il fût possible de se passer de ce concours précieux. Îl a été, d'ailleurs, consenti avec un dévouement unanime et le sentiment de collaborer à une œuvre de haute éducation artistique, auxquels il convient de rendre un hommage reconnaissant.

À part de très rares exceptions (une dizaine d'objets au plus), nous avons tenu à ne publier ici que des monuments (inédits », c'est-à-dire n'ayant été reproduits dans aucun des deux grands recueils français qui se sont occupés de cet art(«L'Artjaponais», de M.Louis Gonse: (Le Japon artistique), de M.S. Bing), ni dans aucun des Catalogues des grandes ventes d'objets d'art japonais qui se sont produites depuis quinze ans (ventes des Collections Burty, Goncourt, Hayashi et Gillot). Nous avons jugé les répétitions inutiles et tenu à augmenter le nombre d'objets importants dignes d'être proposés à l'admiration ou à l'étude.

À part deux collections étrangères, nous n'avons voulu nous adresser qu'aux collections parisiennes et à nos trois Musées (le Louvre, le Musée des Arts décoratifs, le Musée Guimet), non pas que nous mésestimions les collections des pays étrangers; mais nous avons voulu limiter notre effort et laisser à nos Voisins le soin de nous imiter, de faire mieux que nous encore et d'augmenter ainsi la somme de nos connaissances.

Le texte est ici réduit aux plus strictes proportions : c'est l'image, avant tout, qui doit parler, Le classement par séries a été fait dans l'ordre chronologique, dont la rigueur a dû bien souvent fléchir devant les nécessités d'une mise en pages que le calibre des objets rendait fréquemment difficile. La description des objets est nécessairement très brève.

Nous avons voulu, avant tout, faire un recueil d'éducation artistique par les Yeux, en la fortifiant par les notions historiques et archéologiques souvent encore assez vagues, que nous possédons à l'heure actuelle sur cet art. Nous sommes, à son endroit, si dépourvus de tout moyen de contrôle scientifique qu'il serait fou de lui appliquer des méthodes de critique occidentales. L'heure n'en a pas encore sonné. Îl ne faudrait pas croire, cependant, que nous n'en connaîtrons jamais rien : cette civilisation (une des plus anciennes du monde) a toujours

été consciente de sa force, de sa grandeur et des floraisons merveilleuses de sa seve artistique. Les trésors de ses Temples ont conservé les reliques d'un passé vénéré; des archives en ont été tenues. 1l n'est pas possible que le génie si souple d'un peuple qui sest prêté si rapidement et si heureusement aux transformations industrielles et économiques de l'heure présente, népouse pas aussi facilement des méthodes de travail intellectuel que d'autres peuples moins bien doués ont appliquées à l'étude et à la connaissance de leurs arts. Il convient d'attendre.

Et cependant, avant de pouvoir arracher aux choses leur secret, nous priverons-nous du plaisir d'en jouir en dilettantes, en artistes?

Etneüt-il pas été préférable, il ÿ a cinquante ans, qu'on fit un peu moins de littérature au sujet des monuments qui nous entouraient, et qu'on cherchât plutôt à les faire connaître par l'image vraie (dans les limites relatives que permettaient alors les moyens de reproduction encore imparfaits)? Que reste-t-il, en effet, de toute cette littérature dans un groupe de connaissances dont les états sont plus que tous autres provisoires ?

On ne sétonnera pas du peu de place qui a été ici accordée à l'Estampe. Cest un monde immense, qu'un ouvrage spécial et considérable aurait même quelque peine à faire connaître, Nous n'avons choisi que quelques œuvres typiques des maîtres principaux, de ceux qu'une admiration déjà quelque peu généralisée a rendus presque populaires.

La part a été faite, la plus large possible, aux œuvres les plus anciennes. Ce sont, en effet, les moins connues du grand public et celles où se révèle avec le plus de puissance la grandeur de l'art japonais. Ceux qui nous ont précédés ont mal senti la noblesse de cel art ancien, C'est ainsi qu'Edmond de Goncourt a pu écrire : «Un jour, Wakaï, visitant la collection de Burty, souleva avec des mains religieuses une boîte qu'il affirma avoir quatre cents ans; pour moi, si les beaux laques étaient ceux-là, je n'aurais pas la moindre tentation de me ruiner pour les posséder.» - « Est-ce ancien? dit chaque personne dans les mains de laquelle Vous mettez un objet japonais. Eh bien! il faut avoir le courage de dire la vérité : L'art japonais na pas d'antiquité. »

Depuis lors, mieux informés, de goût moins exclusif et moins étroit, de nouveaux amateurs ont découvert que, par delà l'art charmant, mais mince, dont Goncourt avait fait sa dilection, avait existé un art autrement robuste, simple et large, qui en avait été la source féconde. Nous espérons en avoir fait la démonstration par les exemples si Variés qui se trouvent ici réunis.

Ce recueil ne Sadresse pas seulement aux amateurs et aux curieux, mais aussi, et pour le moins également, aux artistes et aux ouvriers d'art. 1] nest pas dart, si ce nest le musulman, qui puisse fournir aux artistes décorateurs plus de motifs d'inspiration. |] a tout pour lui : la vigueur, la puissance, la fantaisie, le charme et l'esprit, l'harmonie et la couleur, une inépuisable variété de thèmes, une prodigieuse faculté de reproduire l'aspect vrai des choses et un don de simplification dans la notation qui n'a jamais été égalé.

Avril 1905.

Page 1