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Chefs-d'uvre de Bossuet

Jacques- Bénigne Bossuet naquit à Dijon ]e 27 septembre 1627, d'une ancienne famille considérée dans la magistrature. A l'âge de 15 ans,, il vint à Paris (1642), et fut reçu prêtre et docteur, dans la maison de Navarre, en 1652 ; puis il devint successivement chanoine de Metz, archidiacre, doyen du chapitre. Ce fut dans cette ville qu'il commença à déployer son talent pour la controverse religieuse en réfutant le catéchisme de Paul Ferri, ministre protestant; il fit aussi à Metz des missions et des conférences ecclésiastiques. De retour à Paris en 1659, il commença à prêcher dans les chaires de la capitale, et ensuite à la cour, où il parut plusieurs fois , de 1661 à 1669. L'attention du clergé et du gouvernement tendait alors principalement vers la conversion des protestants, et Bossuet eut la gloire de ramener l'abbé de Dangeau et le maréchal de Turenne à la foi de l'Église, et de contribuer à l'éclatante et sincère pénitence de la duchesse de La Vallière. Ce fut alors qu'il composa le livre célèbre de l'Exposition de la doctrine catholique.

Il fut promu, en 1669, à l'évêché de Condom, et l'année suivante le roi le nomma précepteur du Dauphin, Consciencieusement persuadé que les fonctions de cette place importante n'étaient point compatibles avec le soin de son diocèse, Bossuet se démit de son évêché, témoignant ainsi de son attachement aux règles de l'Église et de son respect scrupuleux pour la loi de la résidence. Dès lors il partagea son temps entre les soins de l'éducation du Dauphin et des travaux utiles à l'Église. Le talent de Bossuet apparut surtout dans la célèbre conférence qu'il eut avec le ministre Claude en 1678, chez la comtesse de Roye ; conférence qui fut suivie de la conversion de mademoiselle de Duras.

L'éducation du Dauphin terminée,' Bossuet fut nommé évoque d©

vj NOTICE SUR BOSSUET.

Meaux (1681), et il conserva cet évêché jusqu'à sa mort. Chaque année de son épiscopat fut marquée par de grands travaux, des instructions, des services rendus à l'Église. On sait l'influence qu'il eut dans la mémorable assemblée du clergé de 1C82 : il rédigea les quatre articles arrêtés dans cette espèce de concile, et les défendit depuis par un ouvrage savant et étendu, digne des Pères de l'Église.

A la même époque, Bossuet publia le Traité de la communion sous les deux espèces ; puis en 1688, V Histoire des Variations des églises protestantes ; en iG8d, l'Explication de l'Apocalypse , ei successivement les Avertissements aux protestants , contre les réponses de Jurieu à l'Histoire des T^ariations. Cette histoire, où la soUdité des arguments le dispute à l'éloquence, est restée un modèle de logique en même temps qu'un chef-d'œuvre oratoire. Jamais la controverse ne fut plus victorieuse. L'auteur manie son sujet avec une vigueur et une supériorité qui font ressortir jusqu'à l'évidence la bonté de sa cause. Il parut suscité pour montrer le vice de la réforme, et pour dessiller les yeux de ses partisans. Ses écrits devaient faire d'autant plus d'impression sur eux , qu'en même temps qu'il les réfutait avec tant de force, il se montrait à leur égard doux et indulgent : ceux de son diocèse éprouvèrent sa protection ; il les garantit des exécutions militaires. On lui attribue des Instructions envoyées aux intendants en 1698, qui modifiaient en plusieurs points les ordonnances antérieures, et qui défendaient toute contrainte ; et M. de Bausset a cité dans son Histoire une lettre d'un ministre protestant, Dubourdieu, qui rend hommage à la modération et à la sagesse du savant prélat.

Peu s'en fallut même que Bossuet ne réunît à la communion catholique une partie du troupeau égaré par les hérésiarques du xvi*= siècle. L'évêque de Neustadt avait commencé les négociations; et le docteur luthérien Molanus ne s'y montrait pas opposé. Bossuet lia une correspondance avec ce dernier. Le célèbre Leibnitz entra aussi dans cette négociation; mais, malgré les puissants efforts de l'évêque de Meaux, cette sainte tentation n'eut malheureusement pas le succès que son zèle et ses talents avaient fait espérer.

NOTICE SUR BOSSU ET. vij

Ses travaux opiniâtres contre le quiétisme furent plus heureux : il triompha de l'archevêque de Cambrai, son illustre adversaire, et publia dans celte dispute un grand nombre d'écrits où l'on admire sans cesse cette capacité , cette force et cette exactitude de doctrine qui font le caractère de son génie.

Bossuet fut membre de l'assemblée du clergé de 1700. Il contribua plus que personne à faire condamner un grand nombre de propositions de morale relâchée , et de plus quatre autres propositions qui tendaient à favoriser et à renouveler le jansénisme. Sur la fin de ses jours, il entreprit un ouvrage sur Y Autorité des jugements ecclésiastiques et sur la soumission qui leur est due , mais il ne put le terminer. Il écrivit aussi contre Dupin, et surtout contre Richard Simon, et sa version du nouveau Testament.

Ces travaux immenses et incessants ne l'empêchaient pas de vaquer aux soins de son diocèse. Il y résidait habituellement et ne s'en éloignait qu'à regret. Ses prédications, ses règlements, ses ordonnances, les catéchismes et les livres de prières et de piété qu'il a composés pour son troupeau, marquent combien il était attaché à ses devoirs. Il faisait de fréquentes visites pastorales, tenait avec exactitude des synodes annuels, prêchait dans les campagnes, et savait mettre son génie à la portée des esprits les plus faibles : et ce prélat, qui avait étonné la cour de Louis XIV par la beauté de ses discours , qui avait loué dignement les plus grands personnages de son temps dans ses Oraisons funèbres, ne dédaignait pas d'enseigner le catéchisme à des paysans.

Une vie si active , si laborieuse , finit par user sa santé. Il était atteint de la pierre , et une maladie grave vint se joindre à cette terrible affection sur la fin de l'été de 1703. Depuis ce temps, Bossuet n'eut plus qu'une existence languissante. Il souffrit avec patience ses infirmités , les adoucissant par la lecture et la méditation des saintes Écritures. Il mit même à profit les intervalles que lui laissaient ses douleurs pour faire paraître trois lettres sur la prophétie d'Isaïe, chap. Vil : Ecce Virgo concipiet, etc., et une explication du psaume xxi, que

viij NOTICE SUR BOSSUET.

Je P. La Hue appelle le dernier soupir de son éloquence mourante. Il mourut à Paris le 12 avril 1704, dans les sentiments de résignation et de piété auxquels il s'était si bien préparé par une vie consacrée à la gloire de Dieu et au service de l'Église. Le récit de ses derniers moments est un des passages les plus pathétiques de son Histoire, écrite par M. de Bausset.

On peut juger à quel point ses contemporains apprécièrent son mérite de son vivant même , par ce témoignage éclatant que lui rendit La Bruyère dans son discours de réception à l'Académie française : « Que dirai-je de ce personnage qui a fait parler si longtemps une « envieuse critique, et qui l'a fait taire ; qu'on admire malgré soi , « qui accable par le nombre et l'éminence de ses talents; orateur, <« historien, théologien, philosophe ; d'une rare érudition, d'une plus « rare éloquence, soit dans ses entreliens, soit dans ses écrils, soit « dans la chaire; un défenseur de la religion, une lumière de l'Église, « parlons d'avance le langage de la postérité, un père de l'Église ! »

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