‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 4 sur 102 · NOÉ, OU LE DÉLUGE · texte numérisé non relu

NOÉ, OU LE DÉLUGE

Deuxième âge du monde.

(1G56 — 2348) Près du déluge se rangent le décroissement de la vie humaine : (1657 — 2347) le changement dans le vivre, et une nouvelle nourriture substituée aux fruits de la terre ; quelques préceptes donnés àNoé de vive voix seulement; (17 67 — 2247) la confusion des langues, arrivée à la tour de Babel, premier monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes ; le partage des trois enfants de Noé, et la première distribution des terres.

La mémoire de ces trois premiers auteurs des nations et des peuples s'est conservée parmi les hommes. Japhet, qui a peuplé la plus grande partie de l'Occident, y est demeuré célèbre sous le nom fameux d'Iapet. Cham et son fils Chanaan n'ont pas été moins connus parmi les Egyptiens et les Phéniciens ; et la mémoire de Sem a toujours duré dans le peuple hébreu, qui en est sorti.

Un peu après ce premier partage du genre humain, Nemrod, homme farouche, devient par son humeur violente le premier des conquérants ; et telle est l'origine des conquêtes. Il établit son royaume à Babylone^, au même lieu où la tour avait été commencée, et déjà élevée fort haut : mais non pas autant que le souhaitait la vanité humaine. Environ dans le même temps Ninive fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étaient petits dans ces premiers temps; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés, celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'était la capitale de la Basse-Egypte. On peut aussi rapporter à ce temps le commencement des lois et de la poHce des Egyptiens ; celui de leurs pyramides qui durent encore, et celui des observations astronomiques (1771 — 2233), tant de ces peuples que des Chaldéens. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut, les observations que les Chaldéens, c'est-à-dire, sans contestation, les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone à Callisthène pour Aristote^.

Tout commence : il n'y a point d'histoire ancienne où il ne paraisse, non seulement dans ces premiers temps, mais encore longtemps après, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, les mœurs se polir, et les empires se former. Le genre humain

\. Gen. X, 8, 9, 10, II. — 2. Porphyr, apud Simpl. in libr. n. Ariislot. de Cœlo.

s DISCOURS

sort peu à peu de rignoiance; l'expérience l'instruit, et les arts sont inventés ou perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de proche en proche : on passe les montagnes et les précipices ; on traverse les fleuves, et enfin les mers ; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'était au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme ; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à apprivoiser les autres, et à les accoutumer au service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes, que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : Nemrod, lepremier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Ecriture un fort chasseur i. Avec les ani- ]uaux, l'homme sut encore adoucir les fruits et les plantes ; il plia jusqu'aux métaux à son usage, et peu à peu il y fit servir toute la nature. Comme il était naturel que le temps fit inventer beaucoup de choses, il devait aussi en faire oubher d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avait conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain, se perdirent à mesure qu'on s'éloigna de ce pays. Il fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avaient conservés les reportassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fondements des arts demeurèrent en leur entier ; et là même on apprenait tous les jours beaucoup de choses importantes. La connaissance de Dieu et la mémoire de la création s'y conserva ; mais elle allait s'affaiblissant peu à peu. Les anciennes traditions s'oubliaient et s'obscurcissaient ; les fables, qui leur succédèrent, n'en retenaient plus que de grossières idées; les fausses divinités se multipliaient : et c'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham.

Page 1