I.Kc. m. IS, JnaiK
mier Hircan fit tant de conquêtes. Les temps et les autres marqués ne convenaient pas, et ce n'est que dans le siècle de Jésus-Christ qu'on a commencé à parler de tous ces Messies. Les Samaritains, qui lisaient dans le Pentateuque la prophétie de Jacob, se firent des Christs aussi bien que les Juifs, et un peu après Jésus-Christ ils reconnurent leur Dosithée ^. Simon le Magicien, de même pays, se vantait aussi d'être le Fils de Dieu, et Ménandre, son disciple, se disait le Sauveur du monde 2. Dès le vivant de Jésus-Christ la Samaritaine avait cru que le Messie allait venir ^ : tant il était constant dans la nation, et parmi tous ceux qui lisaient l'ancien oracle de Jacob, que le Christ devait paraître dans ces conjonctures.
Quand le terme fut tellement passé qu'il n'y eut plus rien à attendre, et que les Juifs eurent vu par expérience que tous les Messies qu'ils avaient suivis, loin de les tirer de leurs maux, n'avaient fait que les y enfoncer davantage, alors ils furent longtemps sans qu'il parût parmi eux de nouveaux Messies ; et Barchochédas est le dernier qu'ils aient reconnu pour tel dans ces premiers temps du christianisme. Mais l'ancienne impression ne put être entièrement effacée. Au lieu de croire que le Christ avait paru, comme ils avaient fait encore au temps d'Adrien, sous les Antonins ses successeurs, ils s'avisèrent de dire que leur Messie était au monde, bien qu'il ne parût pas encore, parce qu'il attendait le prophète Elle, qui devait venir le sacrer *. Ce discours était commun parmi eux dans le temps de saint Justin ; et nous trouvons aussi dans leur Talmud la doctrine d'un de leurs maîtres les plus anciens, qui disait que « le Christ était venu, selon qu'il était « marqué dans les prophètes ; mais qu'il se tenait caché quelque part « à Rome, parmi les pauvres mendiants^. »
Une telle rêverie ne put pas entrer dans les esprits ; et les Juifs, contraints enfin d'avouer que le Messie n'était pas venu dans le temps qu'ils avaient raison de l'attendre selon leurs anciennes prophéties, tombèrent dans un autre abîme. Peu s'en fallut qu'ils ne renonçassent à l'espérance de leur Messie, qui leur manquait dans le temps -, et plusieurs suivirent un fameux rabbin, dont les paroles se trouvent encore conservées dans le Talmud ^. Celui-ci voyant le terme passé de si loin, conclut que « les Israélites n'avaient plus de Messie à at-
1. Origen. Tract, xxvii in Matth. n. 55; tom. m, p. 851. Tora. xni in Johan. n. 27; tom. iv, pag. 257. Lib. i contr. Cels. n. S7; tom. i, j)ag. 572. — 2. Iren. adv. Haeres. lib. i, cap. 20, 21, nunc. 22; pag. 99. — 5. I'px.£-ai. Joan. iv, 25. — A- Justin. Dial, cum Tryph. n. 8, 49; p. ^^0, ^io. — 5. R. Juda filius Levi. Gem. Tr. San. r. xi. — G. R. HiUel ibid. h. Abrau. de Cap. fidei.
f< tendre, parce qu'il leur avait été donné en la personne du roi Ézé- «■ cliias. >>
A la vérité, cette opinion, loin de prévaloir parmi les Juifs, y a été détestée. Mais comme ils qe connaissent plus rien dans les temps qui leur sont marqués par leurs prophéties, et qu'ils ne savent pas où sortir de ce labyrinthe, ils ont fait un article de foi de cette parole que nous Usons dans le Talmud ^ : « Tous les termes qui étaient mar- « qués pour lu venue du Messie sont passés ; » et ont prononcé d'un commun accord : « Maudits soient ceux qui supputeront les temps du « Messie ! » comme on voit dans une tempête, qui a écarté le vaisseau trop loin de sa route, le pilote désespéré abandonner son calcul, et aller où le mène le hasard.
Depuis ce temps, toute leur étude a été d'éluder les prophéties où le temps du Christ était marqué : ils ne se sont par souciés de renverser toutes les traditions de leurs pères, pourvu qu'ils pussent ôter aux chrétiens ces admirables prophéties : et ils en sont venus jusqu'à dire que celle de Jacob ne regardait pas le Christ.
Mais leurs anciens livres les démentent. Cette prophétie est entendue du Messie dans le Talmud -, et la manière dont nous l'expliquons se trouve dans leurs Paraphrases ^, c'est-à-dire dans les commentaires les plus authentiques et les plus respectés qui soient parmi eux.
Nous y trouvons en propres termes que la maison et le royaume de Juda, auquel se devait réduire un jour toute la postérité de Jacob et tout le peuple d'Israël, produirait toujours des juges et des magistrats, jusqu'à la venue du Messie, sous lequel il se formerait un royaume composé de tous les peuples.
C'est le témoignage que rendaient encore aux Juifs, dans les premiers temps du christianisme, leurs plus célèbres docteurs et les plus reçus. L'ancienne tradition, si ferme et si établie, ne pouvait être abolie d'abord j et quoique les Juifs n'appliquassent pas à Jésus- Christ la prophétie de Jacdb, ils n'avaient encore osé nier qu'elle ne convînt au Messie. Ils n'en sont venus à cet excès que longtemps après, et lorsque pressés par les chrétiens ils ont enfin apeççu que leur propre tradition était contre eux.
Pour la prophétie de Daniel, où la venue du Christ était renfermée dans le terme de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compter depuis
-I. Gem. Tr. San, c. xi. Mo-ses Maimon. in Epit. Tal. Is. Abrau de Cap. lidei. — 2. Gem. ïr. Sanhed. r. xi. — ~>. Pavaph. Onkelos, Jonatham ef Jerosol. Vide Pohjçi. A 11(1.
la vingtième année d'Artaxerxe à la longue main, comme ce ternie menait à la fin du quatrième millénaire du monde, c'était aussi une tradition très ancienne parmi les Juifs, que le Messie paraîtrait vers la fin de ce quatrième millénaire, et environ deux mille ans après Abraham. Un Élie, dont le nom est grand parmi les Juifs, quoique ce ne soit pas le prophète, l'avait ainsi enseigné avant la naissance de Jésus- Christ; et la tradition s'en est conservée dans le livre du Talmud*. Vous avez vu ce terme accompli à la venue de notre Seigneur, puisqu'il a paru en effet environ deux mille ans après Abraham, et vers l'an 4000 du monde. Cependant les Juifs ne l'ont pas connu, et, frustrés de leur attente, ils ont dit que leurs péchés avaient retardé le Messie qui devait venir. Mais cependant nos dates sont assurées, de leur aveu propre; et c'est un trop grand aveuglement de faire dépendre des hommes un terme que Dieu a marqué si précisément dans Daniel.
C'est encore pour eux un grand embarras de voir que ce prophète fasse aller le temps du Christ avant celui de la ruine de Jérusalem ; de sorte que ce dernier temps étant accompli, celui qui le précède le doit être aussi.
Josèphe s'est ici trompé trop grossièrement ^. Il a bien compté les semaines qui devaient être suivies de la désolation du peuple juif; et les voyant accomplies dans le temps que Tite mit le siège devant Jérusalem, il ne douta point que le moment de la perte de cette ville ne fût arrivé. Mais il ne considéra pas que cette désolation devait être précédée de la venue du Christ et de sa mort; de sorte qu'il n'entendit 'que la moitié de la prophétie.
Les Juifs qui sont venus après lui ont voulu suppléer à ce défaut. Ils nous ont forgé un Agrippa descendu d'Hérode, que les Romains, disent-ils, ont fait mourir un peu devant la ruine de Jérusalem ; et ils veulent quo cet Agrippa, Christ par son titre de roi, soit le Christ dont il est parlé dans Daniel : nouvelle preuve de leur aveuglement. Car outre que cet Agrippa ne peut être ni le Juste, ni le Saint des saints, ni la fin des prophéties, tel que d vait être le Christ que Daniel marquait en ce heu ; outre que le meurtre de cet Agrippa, dont les Juifs étaient innocents, ne pouvait pas être la cause de leur désolation, comme devait être la mort du Christ de Daniel ; ce que disent ici les Juifs est une fable. Cet Agrippa descendu d'Hérode fut toujours du parti des Romains : il fut toujours bien traité par leurs empereurs, et
-I. Gem. Tr. San. c. xi. — 2. Antiq. lib. 10, c. ult. De Bell. Jud. lib. vu. cap. î, ol. lib. VI, cap. 2.
régna dans un canton de la Judée longtemps après la prise de Jérusalem, comme l'attestent Josèplie et les autres contemporains K
Ainsi tout ce qu'inventent les Juifs, pour éluder les prophéties, les confond. Eux-mêmes ils ne se fient pas à des inventions si grossières ; et leur meilleure défense est dans cette loi qu'ils ont établie de ne supputer plus les jours du Messie. Par là ils ferment les yeux volontairement à la vérité, et renoncent aux prophéties où le Saint-Esprit a lui-même compté les années : mais pendant qu'ils y renoncent, ils les accomplissent, et font voir la vérité de ce qu'elles disent de leur aveuglement et de leur chute.
Qu'ils répondent ce qu'ils voudront aux prophéties : la désolation qu'elles prédisaient leur est arrivée dans le temps marqué : l'événement est plus fort que toutes leurs subtilités ; et si le Christ n'est venu dans cette fatale conjoncture, les prophètes en qui ils espèrent les ont trompés.