I. Dion, Hal. lib. vi, cap. 8 et seq
Contre ces dissensions domestiques;, le sénat ne trouvait point de meilleur remède que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères. Elles empêchaient les divisions d'être poussées à l'extrémité , et réunissaient les ordres dans la défense de la patrie.
Pendant que les guerres réussissent et que les conquêtes s'augmentent, les jalousies se reveillent.
Les deux partis, fatigués de tant de divisions qui menaçaient l'état de sa ruine, conviennent de faire des lois, pour donner le repos aux uns et aux autres, et établir l'égalité qui doit être dans une ville libre.
Chacun des ordres prétend que c'est à lui qu'appartient l'établissement de ces lois.
La jalousie, augmentée par ces prétentions, fait qu'on résout d'un commun accord une ambassade en Grèce pour y rechercher les institutions des villes de ce pays, et surtout les lois de Solon qui étaient les plus populaires. Les lois des Douze Tables sont établies ; mais les décemvirs, qui les rédigèrent, furent privés du pouvoir dont ils abusaient.
Pendant que tout est tranquille, et que des lois si équitables semblent établir pour jamais le repos public, les dissensions se réchauffent par les nouvelles prétentions du peuple, qui aspire aux honneurs^, et au consulat, réservé jusqu'alors au premier ordre.
La loi pour les y admettre est proposée. Plutôt que de rabaisser le consulat, les pères consentent à la création de trois nouveaux magistrats, qui auraient l'autorité des consuls sous le nom de tribuns militaires ; et le peuple est admis à cet honneur.
Content d'établir son droit , il use modérément de sa victoire, et continue quelque temps à donner le commandement aux seuls patriciens.
Après de longues disputes, on revient au consulat, et peu à peu les honneurs deviennent communs entre les deux ordres, quoique les patriciens soient toujours plus considérés dans les élections.
Les guerres continuent , et les Romains soumettent , après cinq cents ans, les Gaulois cisalpins, leurs principaux ennemis, et toute l'Italie 1.
Là commencent les guerres puniques ; et les choses en viennent si avant, que chacun de ces deux peuples jaloux croit ne pouvoir subsister que par la ruine de l'autre.
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Rome, prêie à succomber, se soutient principalement, durant ses malheurs, par la constance et par la sagesse du sénat.
A la fm, la patience romaine l'emporte : Annibal est vaincu , et Carthage subjuguée par Scipion l'Africain.
Rome victorieuse s'étend prodigieusement, durant deux cents ans, par mer et par terre, et réduit tout l'univers sous sa puissance.
En ces temps, et depuis la ruine de Carthage, les charges, dont la dignité aussi bien que le profit s'augmentait avec l'empire , furent briguées avec fureur. Les prétendants ambitieux ne songèrent qu'à flatter le peuple; et la concorde des ordres, entretenue par l'ocupalion des guerres puniques, se troubla plus que jamais. Les Gracques mirent tout en confusion et leurs séditieuses propositions furent le commencement de toutes les guerres civiles.
Alors on commença à porter des armes, et à agir par la force ouverte dans les assemblées du peuple romain, où chacun auparavant voulait l'emporter par les seules voies légitimes, et avec la hberlé des opinions ^.
La sage conduite du sénat et les grandes guerres survenues modérèrent les brouilleries.
Marins, plébéien, grand homme de guerre, avec son éloquence militaire et ses harangues séditieuses, où il ne cessait d'attaquer l'orgueil de la noblesse, réveilla la jalousie du peuple, et s'éleva par ce moyen aux plus grands honneurs.
Sylla, patricien, se mit à la tète du parti contraire, et devint l'objet de la jalousie de Marins.
Les brigues et la corruption peuvent tout dans Rome. L'amour de la pairie et le respect des lois s'y éteint.
Pour comble de malheurs, les guerres d'Asie apprennent le luxe aux Romains, et augmentent l'avarice.
En ce temps, les généraux commencèrent à s'attacher leurs soldats, qui ne regardaient en eux jusqu'alors que le caractère de l'autorité publique.
Sylla, dans la guerre contre Mithridate, laissait enrichir ses soldats pour les gagner.
Marins, de son côté, proposait à ses partisans des partages d'argent et de terre.
Par ce moyen, maîtres de leurs troupes, l'un sous prétexte de soutenir le sénat, et l'autre sous le nom du peuple, ils se firent une guerre furieuse jusque dans l'enceinte de la ville.