SCÈNE I AUGUSTE, CINNA
AUGUSTE
Prends un siège, Cinna, prends; et sur toute chose ' Observe exactement la loi que je t'impose : Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ; D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le cours; Tiens ta langue captive ; et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, Tu pourras me répondre après tout à loisir : Sur ce point seulement contenle mon désir.
CINNA
Je vous obéirai, seigneur.
AUGUSTE
Qu'il te souvienne De garder ta parole ; et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le tiens Furent les ennemis de mon père, et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance ; Et lorsque après leur mort tu vins en ma puissance , Leur haine enracinée au miheu de ton sein
1 Toute cette scène est dans Sénèque le Philosophe. Par quel prodige de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèque, comme dans les Horaces il a été plus nerveux que Tite-Live? C'est là le privilège de la belle poésie. (Volt.)
La beauté des vers et la simplicité subUme du style font voir que, si l'auteur est redevable à Sénèque de tout le fond de cette scène immortelle, il avait dans son âme le sentiment de la vraie grandeur, et en connaissait l'expression. (La Harpe.)