‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 175 sur 229 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Un gros de courtisans en foule l'accompagne , Et montre assez quel est son rang et son crédit : Mais, Albin , redis-lui ce que ses gens t'ont dit *.

ALBIN

Vous savez quelle fut cette grande journée

Que sa perte pour nous rendit si fortunée ,

Où l'empereur captif, par sa main dégagé,

Piassura son parti déjà découragé ,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre;

Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre,

Après qu'entre les morts on ne le put trouver :

Le roi de Perse aussi l'avoit fait enlever.

Témoin de ses hauts faits et de son grand courage ,

Ce monarque en voulut connoître le visage;

On le mit dans sa tente, où tout percé de coups.

Tout mort qu'il paroissoit, il fit mille jaloux ;

Là bientôt il montra quelque signe de vie :

Ce prince généreux en eut l'àme ravie,

Et sa joie , en dépit de son dernier malheur,

Du bras qui le causoit honora la valeur ;

Il en fit prendre soin, lu cure en fut secrète-;

Et comme au bout d'un mois sa santé fut parfaite ,

Il offrit dignités, alliance, trésors ,

Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.

Après avoir comblé ses refus de louange ,

Il envoie à Décic en proposer l'échange ;

Et soudain l'empereur, transporté de plaisir,

Offre au Perse son frère et cent chefs à choisir.

1 11 n'est pas naturel qu'un gouverneur d'Arménie ne sache pas de si grands événements arrivés dans la Perse, qui touche à l'Arménie, et qu'il ne les apprenne que par l'arrivée de Sévère : il ne parait pas convenable qu'il ne soit instruit que par un subalterne à qui les gens de Sévère ont parlé... mais on pardonne presque toujours ce qui amène de grandes beautés. (Volt.)

2 Pourquoi la cure en fut-elle secrète? Cela n'est point du tout vraisemblable; on ne fait pas guérir secrètement un guerrier dont on honore la valeur publiquement. (Volt.)

308 POLLEIJCTE

Ainsi revint au camp le valeureux Sévère

De sa haute vertu recevoir le salaire :

La faveur de Décie en fut le digne prix.

De nouveau l'on combat, et nous sommes surpris :

Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire;

Lui seul rétablit l'ordre, et gagne la victoire ,

Mais si belle, et si pleine, et par tant de beaux faits,

Qu'on nous offre tribut, et nous faisons la paix.

L'empereur, qui lui montre une amour infinie ,

Après ce grand succès l'envoie en Arménie ' ;

Il vient en apporter la nouvelle en ces heux,

Et par un sacrifice en rendre hommage aux dieux.

FÉLIX

0 Ciel ! en quel état ma fortune est réduite !

ALBIN

Voilà ce que j'ai su d'un homme de sa suite, Et j'ai couru, seigneur, pour vous y disposer'^.

FÉLIX

Ah! sans doute, ma fille, il vient pour t'épouser^; L'ordre d'un sacrifice est pour lui peu de chose , C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause.

PAULINE

Cela pourroit bien être; il m'aimoit chèrement".

FÉLIX

Que ne permettra-t-il à son ressentiment!

' Ce n'est point du tout naturel ciue l'empereur envoie son libérateur et son lavori en Arménie porter une nouvelle. (Volt.)

2 Ce disposer ne se rapporte à rien; il veut dire, pour vous disposer à le recevoir. (Volt.

3 Cette idée de Félix, que Sévère vient pour épouser sa fille, condamne encore son ignorance. Sévère ne devait-il i)as lui expédier un exprès de la frontière, lui écrire, l'instruire de tout, et lui demander Pauline. (Volt.)

Non , si Sévère , comme c'est en efiet son dessein, et comme il le dit au second acte à son confident, veut auparavant voir Pauline, et s'assurer s'il en est toujours aimé. (Palissot.)

4 Ce vers sent la comédie.

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