ACTE V, SCÈNE IV
Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi , J'aurois eu de la peine à triompher de moi.
ALBIN
Vous maudirez peut-être un jour cette victoire , Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par votre propre main.
FÉLIX
Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie ' ; Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affoiblie ; Et quand nos vieux héros avoient de mauvais sang, Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc -.
ALBIN
Votre ardeur vous séduit; mais, quoi qu'elle vous die, Quand vous la sentirez une fois refroidie , Quand vous verrez Pauline , et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir ^..
FÉLIX
Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traitre ,
Et que ce désespoir qu'elle fera paroitre
De mes commandements pourra troubler l'effet.
Va donc, cours y mettre ordre, et voir ce qu'elle fait ;
Romps ce que ses douleurs y donneroient d'obstacle;
'i'ire-la , si tu peux , de ce triste spectacle :
Tâche à la consoler. Va donc : qui te retient?
ALBIN
Il n'en est pas besoin, seigneur, elle revient.
1 On est un peu surpris que Félix se compare à Brutus et. à Manlius. 3 Cette fausse métaphore a été souvent employée et on la retrouve dans la tragédie de don Carlos sous le nom d'Andronis :
Quand j'ai de mauvais sang , je me le fais tirer.
3 Nous employons souvent ce mot savoir en poésie assez mal à propos : j'ai su lui plaire, au lieu de^'e lui ai plu. Il ne faut employer ce mot que quand il marque quekjue dessein. (Volt.)
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