Scène II. JULES CÉSAR
tende au bien public, placez à mes yeux l'honneur d*un côté, la mort de l'autre (9), et je les regarderai tous les deux d'un œil ferme ;xary que les dieux me soient propices, comme il est vrai que j'aime ce que l'on nomme honneur plus que je ne crains la mort.
Cois, — Je sais aussi bien que ce courage est en votre âme,
Brutus, que je connais Theureuse expression de vos traits. Eh
bien, que l'honneur soit le siyet de mon discours. Je ne saurais
dire ce que vous et d'autres pensent de cette vie : pour moi ,
j'aimerais autant ne pas .vivre que de vivre dans la crainte et
le respect d'un être semblable à moi. Je suis né libre comme
César; vous êtes né libre comme lui. Nous avons été nourris
de la même manière : tous deux nous pouvons, aussi bien que
lui, soutenir le froid de Thiver. Dans un jour d'orage et de
bourrasque, où le Tibre agité s'irritait contre ses rives, César
me dit : Oiei-tu, Casêius, t'élaneer avec moi dans ce courant
furieux, et nager jusqu'à ce point là-bas? A ce seul mot,
vêtu comme j*étais , je plonge dans le fleuve en le sommant
de me suivre : en efffet il me suit. Le torrent mugissait; nous le
battions de nos mUscles nerveux, écartant ses eaux, et rompant
son cours avec des cœurs pleins d'émulation. Mais, avant que
nous fussions parvenus au but marqué. César s'écria : Au
secours, Cassius, ou je péris / Moi, comme Ënée, notre grand
ancêtre, porta le vieil Anchise sur ses épaules hors des flammes
de Troie , ainsi j'emportai César épuisé de fatigue hors des
eaux du Tibre. Et cet homme aujourd'hui est devenu un dieu!
et Cassius n'est qu'une misérable créature! et il faut que son
corps se courbe , si César lui fait négligemment un signe de
tête I En Espagne , il eut la fièvre ; et, quand l'accès le prit, je
remarquai combien il tremblait : rien de plus vrai , ce dieu
tremblait I Ses lèvres craintives abandonnaient leurs couleurs,
et ce même œil, dont le regard impose au monde, avait perdu
son éclat. Je l'entendis gémir; oui vraiment I et cette langue
qui ordonne aux Romains de noter ses paroles et de les écrire
174 JULIUS CESAR. ACf I.
Mark bim» and write bis speeches m their bookS)
Alas I it cried, Qive me some itink, 2 'tlMiM,
As a sick girL Ye godSi it dotb amaze me,
A man of sucba feeble temper sbould
So get the start of tbe majestic world,
And bear the pahn alone. {Shaut. Fhurish.)
Bru. Another gênerai shoutl I do belieye that thèse applauses are For some new honours that are heap'd on César.
Ùu. Why man, he dothbestride the narrow world, Like a Colossus; and we petty men Walk under bis buge legs, and peep abool Tofind oiirselves dishonoorable grares.
Men at some time are masters of their fotes r the £auU« dear Brutns, is noi in our stairs. Bat in ourseltes» that we are underlings. Brutufi and César : What shoold be in that César t Why should that name be som[ided more than yonrs f Write them together, y our» is as fair a name; Sound them^it doth become the mouth as wril; Weigh them» it is as heavy ; conjure them^ Brutus wiU start a spûrit as aaon as César» {SktMê.}
Now in tbe nam^s of ail the god» at onoe» Upon what méat doth this our César feed> That he is grown so> great? Age, thou art sliam^d I Rome> thou ha$t lost the breed of noble blooés l When went tbere by an âge, sittce the gt eaA floed, But it was fam'd with more than with ooe nan) When could they say» till now> Ihat talk'd «f Aoibé^ That ber wide walks eneompass'd but one ataolf Now is it Rome indeed, and room enough, When there i&in it but ose osly man..
0ht you and I bave keard o«r fathers say». Tbere was a Brutus once, tbat would hâve bcook'd The etemal devil ta ke^ bis atate in Rome^ . As easily as a king.
Bru. That you do love me, I am nothing jeakm» : What yoiA wouldb wovk me to, i haye some aim: Ho w I bave thought of this, and oC thèse tmnê, I al^tt rej&QUAt hecea&ei: ; for ^his presem»
ScÈNiS II. JULES CËSAR. 175
dans leurs annales (lo) criait , comme une petite fllle malade : Hélas! TUiniuê, ionne-ffioi à boin i Dieoxl je suis oottfondn de surprise qu* un homme si faible de tempérament laisse tà loin derrière lui ce monde m^jestaQux • et seul remporte la palme.
Brut ^ Encore une aoelanation T Sans doute eea applaudissements annoncent de neviveaui homMors qu'on accumule sur la tête de César»
Cois* «^ lion cher Dmtus , il enjambe comme un colosse cet étroit univers; et nous.» pygmées rampant entre ses pieds, inquiets, nous regardons de côté et d'autre pour trouver à la fin d'ignominieux tombeaux. Il est des temps où lea hopunes sont les maîtres de leurs destins. Si nous sommes dann cet état d'abaissement, la faute, cher Brutus, n'est pas dans notre étoile elle est en nous-mêmes. Brutus et César I Qu'y a*t*il donc dans ce mot. César? Pourquoi ferait*on résonner ce nom plus hiut que le vôtre? Ëcrivez-les tous les deux ; le vôtre est aussi beau; prononcez-les : il est aussi gracieux dans la bouche; pese^^es: il est d'un poids égal; employez-les pour une conjonction ; le nom de Brutus fera apparaître un esprit aussitôt que celui de César. (Traisièfne aeciafnati9n.) — Au nom de tous les diemxl de quels aliments se repatt donc César» pour être grandi à oe poiiMl Siècle , tu es flétri ! Rome , tu as perdu la race des nobles cwors' Quel âge, depuis le grand déluge, ne s'est pas bonoiré d^pius d'un seul homme? Quand fut-il jamais dit, en parlant de Riuiae que la vaste enceinte de ses murs ne renfermait qu'un mu] homme? Est-ce Rome en effet? la place n'y manque pas, puisqu'il ne s'y trouve qu'un seul homme (ii)^ Vous et moi , nous avons entendu dire i nos pères qu'il fut jadis un BruluSi qni eût aussi aisément souffert dans Rome 1q règne de félMQei démon que celui d'un roi.
BruL — Je ne me défie point» Cassîua, de votre amitié. J'en» trevoisFentreprise où voui voulez m'amener. Ce que j'en pense» Qe que je pense dcà \w^ présent, je veus en parkraî pdiss tard. Pour le moment, je désire « ^t jie vott9 le deinande au nom de
176 JULILS CËSAR. AcT I.
I would noty so with love I might entreat you,
Be any furlher mov'd. What you hâve said,
I will coDsider ; what you hare to say,
I will with patience hear : and find a time
fioth meet to hear, and answer, such high things.
Till then, my noMe friend, chew upon this :
Brutus had ralher be a villager,
Than to réputé himself a son of Rome
Under such hard conditions as this time
Is like to lay upon us.
Ca$, I am glad, that my weak words Hâve struck but thus much show of fire from Brutus. .
Re-enter Cesàr, and his Train,
Bru. The games are done, and César is returning. Cas. As they pass by, pluck Gasca by the sieeve; And he will, after his sour fashion, tell you What hath proceeded, worthy note, to-day.
Bru. I will do so: — But, look you, Gassius, The angry spot doth gldw on Gesar's brow. And ail the rest look like a chidden train : Calphurnia's cheek is pale ; and Gicero Looks with such ferret and such fiery eyes. As we bave seen hîm in the Capitol, Being crossM in conférence by some senators. Cas. Gasca will tell us what the matter is. Ces. Antonius.
Ânt. César.
Ces. Let me bave men about me that are fat; Sleek-headed men, and such as sleep o'nights : Yond' Gassius bas a Ican and hungry look ; He thinks too much : such men are dangerous.
Ànt. Fear him not. César, he's not dangerous; He is a noble Roman, and well given.
Ces. 'Would he were fatter : — But I fear him not : Yet if my name were liable to fear, I do not know the man I should avoid So soon as that spare Gassius. He reads much ; He is a great observer, and he looks
ScJfifE IL JULES CESAR. 177
ramitiéy de n'être pas pressé davantage. Ce que vous m*avcz <iit» j'y réfléchirai; ce qne vous avez à me dire encore, je i'écouterai avec patience : je trouverai un moment propice pour écouter, et répondre sur ces grandes choses. Jusque-là, mon noble ami, méditez bien sur ceci : Brutus aimerait mieux être un simple villageois qne de se compter pour un enfant de Rome , aux dures conditions que ce temps doit probablement nous imposer.
Cois.^Je suis aise que mes faibles paroles aient au moins fait jaillir cette étincelle de l'âme de Brutus.
CÉSAE et son Cortège rentrent, J9ml.— Les jeux sont terminés : César revient.
CdM.— Quand ils seront près de nous, tirez Casca par la mauche de sa robe ; il vous racontera, avec sa manière bourrue» tout ce qui s'est passé de remarquable dans ce jour.
l^rul.— Je le ferai.— Mais regardez, Cassius ; le signe de la colère brille enflammé sur le sourcil de César , et son cortège a Tair d'une foule de suivants réprimandés. Les joues de Calphurnia sont pâles. Cicéron, avec ses yeux vifs et ardents (12), parait contrarié , comme cela lui arrive auCapitole, lorsque dans les débats il est contredit par quelques sénateurs.
Ca««.— Casca nous dira de quoi il s'agit.
Ces. — Antoine I
^nl.— César I
Céê. — Que j'aie autour de moi des hommes gras , à la face luisante, et qui dorment les nuits. Ce Cassius, que tu vois làbas, a un visage maigre et famélique ; il pense trop. De tels hommes sont dangereux.
^nl.— Ne le crains point, César ; il n'est pas dangereux: c'est un noble Romain , et bien intentionné.
Ces. '—Je le voudrais plus gras; mais je ne le crains point. Cependant, si celui dont le nom est César pouvait éprouver <]Luelque crainte, je ne connais point d'homme que je voulusse éviter plus volontiers que ce maigre Cassius. 11 lit beaucoup ; il est grand observateur, et voit clairement à travers les actions
178 JULIUS CBSAR. ACT I.
Quite through the deeds of men : he loves no i^ys, As thon dost, Antony; he hears no mosie: Seldom he smiles ; and smiles in snch a sort. As if he mock'd himself, and scorn'd hiaspirit That could be mov'd to smile at any thing* Such men as he, be never at heart'a eaae» "Whiles they behold a greater than themaelvea; And therefore are they very dangerous.
I rather tell thee what is to be fear'd, Than what I fear, for always I am César. Corne on my right hand, for this ear is deaf^ And tell me truly what thou think'st of him.
(Exeunt Cesar and kit Train. Casgà stays behind.) Coica, You pull'd me by the cloak; Wonld you speak with me?
Uni. Ay, Casca; tell us whathath chanc'd to-day, That César looks so sad.
Casea. Why you were with him, were you not? Bru. I should not then ask Casca what had chmc'd. Cana, Why, there was a crown olSer'd him: and, being offer'd him, he pat it by with the back of his band, thus; and then the people fell a shouting.
Bru. What was the second noise fort Casca. Why, for that too.
Cat. They shouted thrice ; What was the last cry for? Casca. Why, for that too.
Bru. Was the crown ofiFer'd him thrice? Casca. Ay, marry, was't ; and he put it by thrice : eyery time gentler than the other; and at every putting by, mine honest neighbours shouted.
Cas. Who offered him the crown?
Casca. Why, Antony.
Bru. Tell us the manner of it, gentle Casca. Casea. I can as well be hanged, as tell the manner of it : it was mère foolery. 1 did not mark it. I saw Mark Antony offer him a crown ;— yet 'twas not a crown neither, 'twas one of thèse coronets;— >and, as I told you, he put it by once : but, for ail that, to my thmkîng, he would fain hâve had it. Then hc offered it to him again; then he put it by again : but, to my thinking, be was very ioatb to lay his fingers off it. .^nd tiien he
ScÈNB II. JULES CfiSAR. 179
des hommes. Il n'a pas» comme toi» le goût des spectacles» Antoine ; on ne le voit point écouter de musique. Il sourit rare* ment, et sourit de telle sorte qu^l a Talr de se moquer da luimême» et ôe mépriser son e^rit qui peut être porté à sourire de quelque chose. De tels hommes, tant qu'ils es roient un autre plus éleyé qu'eux-mêmes» n'ont jamais le eœur à l'aise; et voilà ce qui les rend si dangereux. Je te dis ce qui est à craindre plutôt que ce que je crains; car je suis toujours César, Passe à ma droite : cette oreille est dure ; et dis-moi franchemeui ce que tu penses de lui.
(CÉSAR sort av$e sa Suite. Casca demêwrê en arrière.)
Casea. — Vous m'avez retautparma robe. Voudrfex^vons me parler?
Brut, — Oui^ Casca; dites-nous» que s'est-il donc passé aujourd'hui , que César a l'air si sombre ?
Casca. — Mais vous étiez à sa suite. N'y kiez-vous past
Brui. — Je ne demand«-ais pas dors à Casca ce qui s*es( passe*
Casca. ^Eh bien I on hri a offert une couronne; et» quand on la lui a offerte. Il l'a repoossée aiiisi du revers de la main : alors le peuple a fait une acclamation.
Brut.-^ Et le second cri» quelle en était la cause?
Casca. — La môme.
Cass. — Il y a eu trois acclamations. Pourquoi la dernière ?
Casca. — Pour la même raison.
Brut. — Est-ce que la couronne lui a été offerte trois fois?
CcMca. — Sans doute; et trois fois il Ta repoussée , mais chaque fois plus doucement que la précédente. A chacun de se^ refus» mes honnêtes voisins poussaient des acclamations.
Cass, -^ Qui lui offrait la couronne ?
Casca. — Antoine.
Brut. — Dites-nous de quelle manière» cher Casca.
Casca.^Qvteje sois pendu s! je puis vous le dire! C'était pure bouffonnerie ; je n'y ai pas fait attention. J'ai vn ifarc Antoine lui offrir une couronne .'encore o'était-ce pasieutàCpiit une couronne; c'était une de ces petites couronnes (i 3), — vous savez I et , comme je vous le disais , il Ta repoussée une fols ; mais malgré cela, à mon avis, il n'aufa^t pas été fâché ée la pkrendrc Anioiae la loi «Are eneere ; il te met encore de coté ; naaitf» ddiis «a pensée^ U avait de la peine à en détacher ses
1«) JULÏUS GBSAR. Act !.
offered it tbe third time ; he pnt it the third time by : and still, as he refused it, the rabblement hooted, and clapped their chapped hands, and threw up their sweaty night-caps, and uttered such a deal of stinking breath because César refused the crown, that it had almost choked César ; for he swooned, and fell down at it : And for mine own part I durst not laugh, for fear of opening my lips, and receiving the bad air.
Cas. But soft, I pray you : What I did César swoon?
Ccuca, He fell down in the market-place, and foamed at mouth, and was speechless.
Bru. 'Tis yery like : he haththe falling-sickness.
Cas. No, César hath it not ; but you, and I, And honest Casca, \\e hâve the failing-sicknéss.
Casea. I know not what you mean by that; but, I am sure, César fell down. 11 the tag-rag people did not clap hioi, and hiss him, according as he pleased, and displeased them, as they use to do the players in the théâtre, I am no true man.
Bru. What said he, when he came unto himself ?
Casea» Marry, before he fell down, when he perceiv'd the common herd was glad he refused the crown, he plucked me ope bis doublet, and offered them his throat to eut. — An I had becn a man of any occupation, if I would not hâve taken him at a Word, I would I might go to hell among the rognes : — and so he fell. When he came to himself again, he said. If he had donc, or said, any thing amiss, he desired their worships to think it was his infirmity. Three or four wenches, where I stood, cried, Alas, good soûl! — and forgave him withall their hearts : But there's no heed to be taken of them ; if César had stabbed their mothers, they would hâve done no less.
Bru. And afler that, he came, thus sad, away?
Casea. Ay.
Cas. Did Cicero say any thing?
Casea. Ay, he spoke Greek.
Cas. To what effectt
Casea. Nay. an I tell you that, Dl ne'er look you i'the face again : But thosc that understood him smiled at one another,
ScèifBlI. JULES GËSAB. 181
doigts, fille lui est présentée une troinème fois : il la repousse de nouveau ; et, à chacun de ces refus , la populace jetait des cris de joie ; ils applaudissaient de leurs mains gercées ; ils faisaient voler leurs bonnets de nuit trempés de sueur ; et, parce que César refusait la couronne , ils exhalaient en si grande quantité leurs fétides haleines , que César en a été presque suffoqué : il s*est évanoui y il est tombé. Pour moi, je n*osais pas rire, de crainte, en ouvrant la bouche, de recevoir le mauvais air.
Cass, — Un moment, je vous prie. Quoi I César s'est évanoui !
Casea, — Il est tombé au milieu de la place publique, la bouche écumante, et sans voix.
^rul. — Cela n'est point surprenant : il tombe du haut mal.
Cass. — Non, ce n'est point César; c'est vous, c'est moi et l'honnête Casca , qui tombons du haut mal.
Casca. — Je ne sais ce que vous entendez par là ; mais il est certain que César est tombé. Si cette canaille déguenillée ne Ta pas applaudi et sifflé, selon que sa conduite lui plaisait ou déplaisait , comme elle en use avec les acteurs sur le théâtre , je ne suis pas un homme vrai.
l^ni^. — Qu'a-t-il dit en revenant à lui?
Casca, — Eh vraiment, avant sa chute, quand il a vu ce ramas de peuple se réjouir de ce qu'il refusait la couronne, il vous a ouvert sa robe, et leur a offert sa gorge à couper. Que n*étais-je un de ces ouvriers I si je ne l'avais pris au mot, je veux aller en enfer avec les scélérats (i4) I et alors il est tombé. Lorsqu'il eut repris connaissance, il dit que, s'il avait fait ou dit quelque chose de déplacé, il priait les honorables assistants de l'attribuer à son infirmité. Là-dessus, trois ou quatre créatures autour de moi se sont écriées : Hélas! la bonne àmel Elles lui ont pardonné de tout leur cœur ; mais il n'y a pas à y faire grande attention. César eût égorgé leurs mères , qu'elles n'en auraient pas fait moins.
Brut, — Et c'est après cela qu'il s'est retiré si triste?
Casea, — Oui.
C(us, — Cicéron a-t-il dit quelque chose?
Casca, — Oui ; il a parlé grec.
Cass, — Dans quel dessein ?
Casca. ^Qixe je ne vous regarde] amais en face (i5) si je puis vous le dire ! Ceux qui l'ont compris souriaient l'un à l'autre en
182 JULIUS CBSAK. Agt I.
•nd shook their heads ; but, for mine o\td part, it was Greek to me. I could tell yoa more news too : Marullos and Flavius, for pulling scarfs off Cesar's images, are pat to silence. Pare you well. There was more foolerj yet, if I coold remember it.
Cm. Will you sop with me to«night, Gasca?
Coêca, No, I am promised forth«
Cas. Will you dine with me to-morrow?
Casca. Ay, if I be alive, and your mind hold, and your dinner worth eating.
Cat. Good: I will expect you.
Coica. Do 80 : Farewell, both. (Eûtit Gasga.)
Bru. What a blant fellow is thts grown to be? He was quick mettle, when he went to school.
C(u. So is he now in exécution Of an y boid or noble enterprise, However he puis on this tardy form.
This rudeness is a sauce to bis good wit, Which gives mon stomach to digest bis words With better appetite.
Bru, And so it is. For this time I will leare you: To-morrow if you please to speak with me, ; I will corne home to you; or', if you will, Corne home with me, and 1 will wait for you.
Cas, 1 will do so : — tili then, think of the world.
{ExU fiauTUS.) Welly firutus, thou art noble; y et, I see Thy honourable métal may be wrought From that it is dispos'd : Therefore 'tis meet That noble minds keep ever with their likes : For who so firm, that cannot be sedtic'd ? César doth bear me hard; but he loves Brutus: If 1 were Brutus now, and he were Cassius, He should not humour me. I will this night, In several hands, in at the Windows throw, As if they came from several citizens, Writings ail tending to the great opinion That Rome holds of bis name; wherein obscurely Cesar's ambition shall be glanced at :
And, af ter this, lot César seat him sure ; For we will shake him, or worse days endure. (Exil.)
SCÈWB IL JULES GËSAR. 183
secoaant la tôte; mais c'était vraiment du grec pour moi. Je pourrais vous dire encore quelques nouvelles. Flavius et MaruUus, pour avoir enlevé les écharpes qui ornaient les statues de César» sont réduits au silence. Adieu : il y a encore d'autres sottises , si je pouvais m'en souvenir.
Ca««.— Youlez-Yous souper avec moi ce soir, Cascaî
{7a«ca.— Non; j'ai promis ailleurs.
C(us, — ^Demain voulez- vous que nous dînions ensemble?
Casea. -^Ou\, si je suis vivant, si vous ne changez pas d'avis, et si votre dîner vaut la peine d'être mangé.
Cass,-^Je TOUS attendrai.
Casca. — Attendez-moi. Adieu tous deux. (Jl i&ri.)
Brut. —Quel homme épais et lourd les années ont fait de lui ! Quand il allait à l'école, son esprit paraissait plein de vivacité.
Ca$$. — Malgré l'écorce grossière dont il s'enveloppe, s'il s'agit d*exécuter une noble et généreuse entreprise, il est encore le môme. Cette rudesse sert d'assaisonnement à son esprit y elle réveille le goût, et fait digérer ses paroles avec plus d'appétit.
Brut. —Cela est vrai. Je vais vous quitter. Demain, s'il vous plaît de me parler, j'irar vous trouver chez vous ; ou si vous aimez mieux venir chez moi , je vous y attendrai.
Ca$s. —Volontiers ; j'irai. D'ici là songez à l'univers I (Brutus $ort,) — Va, Brutus, tu es généreux; cependant, je le vois, le noble métal dont tu es formé peut être travaillé dans un sens contraire à ton penchant naturel. D'après cela, il convient que les nobles esprits s'associent toujours avec leurs semblables : car quel est l'homme si ferme qui ne puisse être séduit? César me supporte avec peine; mais il aime Brutus. Si j'étais Brutus aujourd'hui, et que Brutus fût Cassius , César ne parviendrait pas à amollir mon caractère. Je veux, cette nuit, jeter sur les fenêtres de Brutus des billets de mains différentes, comme venant de divers citoyens , et exprimant tous la haute opinion que les Romains ont de lui : tous renfermeront quelque allusion à l'ambition de César. Après cela , que César se tienne ferme ; car nous le renverserons , ou il nous reste à endurer de plus mauvais jours (i6). (Il sort.)
18* JULIUS CESAR. Act I.