‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 24 sur 153 · Scène m. JULBS CÉSAR · texte numérisé non relu

Scène m. JULBS CÉSAR

Casca. — Jl y Tient; car il a chargé Antoioe de vons faire savoir qu'il y serait demain.

Cicér. — Bonne nuit donc, Casca; le ciel troublé nMnvite pas à se promener dehors»

Ca$ea. — Adieu , Cicéron. (Cic tRO!f t&rt.)

(Cassius ^trê.)

Casê.^ Qui est là T

Casea, — Un Romain.

Cass. — C'est la voix de Casca.

Casca, ^ Votre oreille est bonne , Cassius. Quelle nuit que celle- ci!

Ca$s. — Une nuit fort agréable pour les honnêtes gens.

Ciuea — Qui a jamais vu les cieux si menaçants?

Cass. — Ceux qui ont vu le monde si plein de crimes. Pour moi, je me suis promené dans les rues, exposé à cette nuit périlleuse. Mes vêtements ouverts, comme tu le vois, Casca J'ai présenté ma poitrine nue aux coups du tonnerre (17); et, lorsque le sillon azuré de l'éclair semblait ouvrir le sein du ciel, je m'offrais dans la direction du trait enflammé.

Casea. — Mais pourquoi tentiez -vous ainsi les cieux irrités ? C'est aux hommes à craindre et à frémir quand les dieux toutpuissants se manifestent par de tels signes, et nous envoient ces terribles hérauts pour nous frapper d'épouvante.

Cass. — Vous êtes \eai à comprendre, Casca; ces étincelles de vie qui devraient se trouver dans un Romain > vous ne les avez pas, ou vous n'en faites pas usage. Vous paraissez interdît et saisi de frayeur , vous vous émerveillez en voyant cette étrange colère des cieux; mais, si vous vouliez en considérer la vraie cause , et rechercher pourquoi ces feux , ces spectres glissant daas l'ombre; poiirquoi ces oiseaux , ces animaux qu'abandonnent Tinstinct et les qualités de leur espèce; pourquoi ces vieillards qui s'ébattent (iS), ces enfants qui prophétisent ; pourquoi , sortant de leur ordre naturel , de leurs facultés préordopoées; pourquoi enfin toutes ces choses prennent des qualités monstrueuses : alors vous concevriez que le ciel ne leur infuse ces nouveaux instincts que pour en faire des instruments de terreur, et nous avertir de quelque monstrueux changement dans l'État* Maintenant, Casca, je pourrais vous

188 JLLIUS CESAR. Act I.

Name to thee a man most like this dreadinl night;

That IhunderSy lightens, opens graves, aod roars

As doth the lion in the Capitol :

A man no mightier than thyself, or me.

In Personal action ; y et prodigioos grown.

And fearful, as thèse strange éruptions are.

Ccuca. 'Tis César that you mean : Ts it not, Cassius?

Cas. Let it be who it is : for Romans now Hâve thewes and limbs like to their ancestors; But, woe the whilel oar fathers' minds are dead. And we are govem'd with our mothers' spîrits; Our yoke and sufferance show us womanish.

C<uca, Indeed, they say, the senators to-morrow Mean to establish César as a king :

And he shall wear his crown, by sea and land. In every place, save hère in Italy.

C(u. I know where I will wear this dagger then ; Cassius from bondage will deliver Cassius : Tberein, ye gods, you make the weak most strong; Therein, ye gods, you tyrants do defeat : Nor stony tower, nor walls of beaten brass, Nor airless dungeon, nor strong links of iron, Can be retentive to the strength of spirit; But life, being weary of thèse wordly bars, Never iacks power to dismiss itself. If I know this, know ail the world besîdes, That part of tyranny that I do bear, I can shake ofifat pleasure.

Casea. So cani; So every bondman in his own hand bears The power to cancel his captivity.

Cas, And why should César be a tyrant then? Poor man ! I know he would not be a wolf, But that he sees the Romans are but sheep : He were no Uon, were not Romans hinds. Those that with haste will make a mighty fire, Begin it with weak straws : What trash is Rome, What rubbish, and what ofifal, when it serves For the base matter to illumina te So vile a thing as César I But, 0 grief!

ScÈNB I[f. JIL£S CËSAR. 189

nommer un homme semblable à cette effrayante nuit qui tonne, foudroie 9 ouvre les tombeaux et rugit comme le lion dans le Capitole ; un homme qui par sa force personnelle n'est pas plus puissant que vous ou moi , et qui cependant est devenu prodigieux et terrible comme ces étranges apparitions.

C<uea.^(jeBi de César que voua parlez, n'est-ce pas, Gassius?

Cois. — Qui que ce soit , n'importe. Les Romains d'aujourd'hui ont des bras nerveux et des membres solides comme

leurs ancêtres; mais, malheur sur notre temps! les âmes de nos pères sont mortes , et nous sommes gouverués par Tesprit de nos mères; notre joug et notre patience à le souffrir nous montrent efféminés.

(kuea. — En effet, on prétend que demain les sénateurs se proposent d'établir César pour roi ; il portera la couronne , sur mer, sur terre , partout : excepté ici en Italie (19).

Cass, — Alors je sais où je porterai ce poignard. Gassius délivrera Gassius d'esclavage. C'est là, grands dieux, que vous placez la force du faible; c'est là, grands dieux, ce qui prive les tyrans de leur proie. Ni les tours de pierre, ni les murailles de bronze battu , ni les donjons privés d'air , ni les forts liens de fer, ne peuvent enchaîner la force de râme(3o). La vie fatiguée de ces entraves terrestres ne manque jamais du pouvoir de se mettre en liberté. Si je sais cela, que tout le monde sache que cette part de tyrannie que je supporte, je puis à mon gré la secouer loin de moi.

Ccuca. — Je le puis aussi : tout captif porte dans sa main le pouvoir d'anéantir sa servitude.

Casê. — Et pourquoi donc César serait-il un tyran? Pauvre homme! je le sais; il ne serait pas loup, s'il ne voyait que les Romains sont des brebis; il ne serait pas lion, si les Romains n'étaient des biches. Ceux qui veulent faire en un instant un grand feu commencent à l'allumer avec de faibles brins de paille. Quel ramas de débris et de souillures doit être Rome, pour fournir le vil aliment à la flamme qui illumine un être aussi misérable que César ! Mais, 6 douleur! où m'as-tu con-

190 JULIUS CESAR. AcT L

Where hast thou led me f I, perhaps, speak thw Before a williag boDdman; thea I know My answer mustbe made: But I am arm'd. And dangers are to me indiffèrent.

Casea, You speak to Gasca; and to such a man, That is no fleering (ell-tale. Hold my hand : Be factions for redress of ail thèse griefs ; And I will set this foot of mine as far, As who goes farthest.

Cas, Tliere's a bargain made.

Now know you, Casea, I hâve mov'd already Some certain of the noblest-minded Romans^ To undergo wîth me an enterprise Of honourable dangerous conséquence ; And I do know, by this, they stay for me In Pompey's porch : for now, this fearfiil night There is no stir or walking in the streets ; And the complexion of the élément, Is favour'd like the work we hâve in hand, Most bk)ody, fiery, and most terrible.

Enter Cinna.

Çotea. Stand close awhile, for hère comes one ni hasta.

€«u, *^B Cinna, I do know bim foy bis gait ; He is a friend. — Cinna, where haflte yoHSo?

On. To find out you : Who's thatt Metellus Cimber?

€a». No, ït is Casea; one încorporatc To our atlempts. Am I not staîd for, Cinna ?

Cin. I « glad on't. What a fear<ul night is this î There's two or three of us haye scen strange sighte.

Cas, Am I not staid for, Cinna ? Tell me.

Cin. Yes, You are. 0 Cassins, if you could but win The iMble Brutus to our party

Cas, Be you content : Good Cinna, take this paper« And look you lay it in tbe pra^or's chair, Where Brutus may but iiod it ; aad thrtw thû !bi at J»s window : set this up with wax Upott old Brutus' .statue : ail this done, R^Miir to Ponai^y's porch, where you sbail find «s. Are Deàm Bmtus aad Treboaius thore ?

Sgèhb III. JULES CÉSAR. 191

duit? Je parle peut-être devant un esclave folontaire ; et alors je sais que j'aurai à en répondre. Mais je suis armé , et les dangers me sont indifférents.

Casea. ^Yous parlez à Gasca > à on homme quin'est point un impudent faiseur de rapports. Prenez ma main I formez un parti pour redresser tous ces grie£s : je poserai 'mon pied aussi avant que celui qui ira le plus loin.

Ca$s. ^ C*est un traité fait. Apprenez maintenant , Gasca , que j*ai déjà disposé quelques Âmes des plus nobles de Rome à tenter une entreprise pleine de danger et d'honneur. Je le sais, ils m'attendent sous le portique de Pompée ; car, dans cette épouvantable nuit, on ne peut ni sortir ni marcher dans les rues. L'aspect des éléments, comme l'œuvre que nos mams préparent , est sanglant ^ enflammé , terrîMe.

(CiNNA entre,)

Catea. — Tenons-nous un moment à l'écart ; quelqu'un vient en grande hâte.

Cmm. — C'est Cinna, je le reconnus à Isa démarche ; c'est un ami. Cinna, où courez-vous ainsi Y

Cinna. — Vous chercher. Qui est là?Metellus Cimber?

Casi. -—Non y c'est Casca, un Romain qui s'associe à notre entreprise. Ne suis-je pas attendu, Cinnaf

Cinna. — J'en suis bien aise. Quelle affreuse nuitl deux ou trois d'entre nous ont vu d'étranges visions.

Coêi. — Dites-moi , Cinna , ne saîs-je pas attendut

Cifttia.— Oui« vous l'êtes» 0 CasAus, si vous pouviez seulement gagner à notre parti le noble Brutu&l

Caes, — Soyez content, bon Cinna : prenez ce papier, ayez soin de le placer dans la chaire du préleur » de faço» que Brutus puisse l'y trouver; jetez celui-ci sur sa fenêtre; fixez cet autre avec de la cire à la statue de Fancien Br«tas« Cela fait 9 rendez- vous au porche de Pompée, où vous nous trovverez tous. Decius Bmtus et Trebonius y sont^ilst

192 J l Lit S CESAft. ACT II.

Cin. Ali but Metellos Cimber; and he s gODe To seek you at your bouse. Well, I will bie. And so bestow thèse papers as you bade me.

Cas, That doue, repair to Pompey's théâtre. {Exii GuriiA.] Corne, Casca, you and I wilI, yet, ère day, See Brutos at bis bouse : tbree parts of bim Is oursalready; and tbe man entire, Upon tbe next encounter, yields bim ours.

Casea. Ob I be sits bigb in ail tbe people's bearts : And tbaty wbich would appear offence in us, His countenance, like ricbest alchymy, Will change to virtue and to wortbiness.

Cas. Him, and bis worth, and our great need of bim, You bave rigbt well conceited. Let us go. For it is after midnigbt; and, ère day, We will awake bim, and be sure of him. [Exeuni.)

Page 1