‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 86 sur 153 · Scène L LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

Scène L LA TEMPÊTE

Ferd* — La falig^e n'est rien quand je suis avec vous. Vous le savez, avant que le soleil se cache Il faut que jusqu'au haut j* aie accompli ma tâche,

Mir, — Vous r aurez achevée avant l'heure du soir ; Mais prenez du repos vous pouvez vous asseoir. Je vous remplacerai , moi qui ne suis pas lasse. Donnez-moi ces rameaux , je vais' les mettre en place.

Ferd. — T aimerais mieux briser mes reins sous ces fardeaux , J'aimerais mieux sentir se disloquer mes os , J^ aimerais mieux mourir sous le faix, je l'atteste , Que de souffrir que vous, créature céleste , Vous remplissiez pour moi ces serviles travaux , Tandis que j* oserais demeurer en repos.

Mir. — Cette tâche pour moine peut être aussi dure. Car j'y mettrais mon cœur, et le vôtre en murmure. Pros. (les observant.) — Pauvre enfant, l'amour entre en ton cœur subjugué , Ta visite en fait foi.

Mir. — Vous semblez fatigtié.

Ferd. — O femme bien^aimée , 6 ma noble maiiteêsel Si vous demeurez là , je n*ai plus de tristesse. Enivré près de vous,j'oublirai mon destin , La nuit sera pour moi comme un brillant matin. Oh! je vous en supplie, afin qu'en me$ prières Il vienne se mêler aux pleurs de mes paupières , Dites-moi votre nom.

Mir. — Miranda I Malgré moi.

Mon père , en me nommant j'ai trahi votre loi.

Ferd. — Admirable en effet , 6 doux nom, doux emblème ! Digne d'élre admirée et digne que l'on t'aime! Miranda ! J'ai connu des femmes autrefois! Mon oreille trop prompte , au filtre de leur voix ! Se laissa captiver ; je les aimais peut-être; . Pour leurs charmes divers qui subjugaient mon être. J'avais de doux regards , je cédais ; mais jamais , Aveuglément éprjs , non , jamais je n'aimais Assez pour qu'au travers de ces dehors de grâce De leurs défauts cachés je ne visse la trace". Mais vous, vous si parfaite , oh! vous réunissez Toutes les visions de mes rêves passés.

442 THË TEMPEST. Act IH.

So perfect, and 80 peçrless> arc created Of every creature*s best.

Mira. I do not know

One of my sex : no woman's face remerahtr, Save, from my glass, mine own ; nor haye I seen More that I may calt men, than you, good frieud, And my dear father : how features are abroad» I am skilMess of ; but, by my modesty, (The jewel in my dower,) I would not wish Any companion in thé world but you ; Nor can imagination form a shape, Besides yourself, to like of : but I prattle Something too wildly^ and my father'3 precepts Therein forget.

Fer. I am, in my condition,

A prince^ Mirandt ; I do Ihink, a kîng; ^ (I ^s'ouldy not 80 1 ) and woutd bq Bsore endure This wooden slavery, tban I would suffer The flesh-fly blo w my month. — Hear my soal speak ; --> The very instant that I saw you, did My heart fly to your serriee ; there résides, To make me slave to it; and, for yonr sake, Am I this patient log-man.

JUira, 00 you love me ?

Fer. 0 heaven, O earth, bear witness to this sound> And crown what I profess with kind event, If I speak true; if hoUowIy, invert What best is boded me, to mischief M, Beyond ail limît of what elsc i'the world, Do love, prize, honour you.

Mira. lamafool,

ScÈNB I. LA TBMPÊTfi. 4M

Supérieure à tout, essence la plus pure ,

Dieu prit, pour vous former à chaque créature,

Sa meilleure part,

Mir, — Ici je n*ai pu voir

Qw mes traits, qui n'avaient que l'onde pour miroir. Jamais à mes regards ne s'offrit le visage jyun être de mon sexe , et dans ce lieu sauvage Où dans l'isolement mon esprit s'est formé , Je n'ai vu que mon père, et vous , mon bien^imé: Je n'ai connu que vous ; vous êtes le seul homme Qui me soit apparu de ceux qu'ainsi l'on nomsne* Mais, s'il fallait choisir dans le monde un ami , Oh îpar cette pudeur qui s'exprime à demi, Far ce noble joyau de toute fiancée, Sur vous se fixerait mon unique pensée; Car, excepté vos traits qui surent me ^armer. Mon co^r n'en rêve pas d'autres qu'on puisse aimer. Mais trop imprudemment mon àme s'abandonne , Sans penser aux avis que mon père me donne.

Ferd.—Je suis né prince , hélas I et même, malgré moi, Peut-être , Miranda , maintenant je suis roù Je .n'endurerais pas ce vil métier d'etclave. Pas plus que la piqûre et que l'immonde bave D'un insecte importun (23) , si vers vous appelé. Sitôt que je vous vis, mon ccsur n'avait volé. Cest là tout le pouvoir qui m'enchaîne et me plie , Et ce n'est que pour vous qu'ici je m'humilie,

Mir.—Maimex -vous f

Ferd. — Ciel et terre ï ohl soyez en ce jour

Les témoins protecteurs de mon sincère amour l Qu'un hymen fortuné consacre ma parole Et le don de ma foi. Mais, si vaine et frivole Mon àme était jamais ^ si je mens, en revers Convertissez les biens que vous m'avez offerte. Reprenez le bonheur que le destin me garde I Mais ne le vois-tu pas? lorsque je te regarde. Ne devines-tu pas V estime et le respect Qui remplissent mon cœur ? je tremble à ton aspect0 Je t'aime , Miranda.

Mir,^ ^SuiS'je donc insensée f

44* THE TEMPEST. Act IIï.

To wccp at >vhat I am glad of.

Pro. Fair encounter •

Of two- most rare affections I Hearens rain grâce Onlhat which breeds between them !

Fer. Whereforeweepyou?

Mira* Atiiiine unworthîness, that dare not offer What I désire to give ; and much less take, What I shall die to want : But this is trifling : And ail the more it seeks to hîde itself, The bigger bulk it shoAVS. Hence, bashful cnnning ! And prompt me, plain and holy innocence I I am your wife, if you will marry me ; If not, m die your maid : to be your fellow You may deny me ; but *11 be your servant, Whether you will or no.

Fer. My mistress, dearesty

And 1 thus humble ever.

Mira. My husband then ?

. Fer. Ay, with a heart as willing As bondage e'er ef freedom: here*s my hand.

Mira. And mine, with my heart in't : And now farewell, Till half an hour herice.

Fer. A thousandi thousandl

{Eœeunt Ferdinand and Miranda.)

Pro. So glad of this as they, I cannot be, Who are surpris*d with ail ; but my rejoicing At nothing can be more. Fil to my book ; For jet, ère supper time, must I perform Much business appertaining. (Eœit.)

ScJKNE I. LA TBHPÊTË. 445

Je pleure, et de bonheur tnon âme est oppressée.

Pros. — Céleste sympathie, effets purs et touchants Nés de l'attraction de deux nobles penchants / 0 ciel I répands sur eux tes qràus que j'implore, Ferd.—Ah / pourquoi pleurez-vous ?

Mir.-^ Je suis indiqnê encore .

D'un bonheur aussi grand ; hélas ! je vaux ei peu Que je n*ose ciccepter ce qu'a préparé Dieu, L'union de nos cosurs ; et pourtant de tristesse Je mourrais, s'U fallait briser cette tendresse. Pourquoi cacher mon trouble? il augmente et grandit : L'innocence m'entraîne, et Vamour m'enhardit. Si vous voulez de moi, je serai votre femme , Sinon je mourrai vierge en vous gardant mon âme ; Si vous me refusez pour compagne , oh I toujours Je serai rhumble esclave attachée à vos jours.

Ferd. — Et moi, ma souveraine, et moi , ma bien-aimée , Heureux de vous servir, et Vàme consumée, Je vivrai près de vous. '

Mir. — Vous serez donc à moi?

Vous serez mon époux ?

Ferd.— Oui , d'un c(Bur plein de foi ,

D'un cœur aussi joyeux qu'en voyant sa patrie Avec la liberté V esclave se marie.

VoUà ma main.

Mir.-- Voilà la mienne avec mon cœur.

Et maintenant adieu pour une heure.

Ferd.— O douleur!

Quand vous n'êtes pas là ,je suis sombre , indocile : Vous me parlez d'une heure, oh I dites plutôt mille (24) ^

(Ils sortent.)

Pros. — Je ne puis être aussi heureux ni aussi surpris de ce qui arrive qu'ils le sont eux-mêmes ^ eux pour qui tout est nouyeau ; mais rien ne pouvait me causer plus de joie. Je retourne à mou livre; car, avant l'heure du souper, il faut que j*aie fait encore bien des choses pour Taccomplissement de mes projets (25). (Il sort.)

446 THE TEMPEÂT. AcT ill.

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