‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 14 sur 42 · MARIE -THÉRÈSE D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

MARIE -THÉRÈSE D'AUTRICHE

INFANTE D'fSPAGRB, REINE DE FRANCS ET DE NAVAIlliE.

Sine macula enim gunt ante ihfwium Dei.

Ils sont sans Ucbe devant le trône de Diea. (Paroles de Fapdtre saint Jean dans sa Révélation^ cbap. xiv, 5.)

HONSEiaNEUR y

Quelle assemblée Tapôtre saint Jean nous fait paraître ! Ce grand prophète nous ouvre le ciel , et notre foi y découvre c< sur la sainte montagne de Sion y » dans la partie la plus élevée de la Jérusalem bienheureuse , l'Agneau qui 6te le péché du monde , avec une compagnie digne de lui. Ce sont' ceux dont il est écrit au commencement de l'Apocalypse' : c< 11 y a dans Téglise de Sardis un c< petit nombre de fidèles y pauca nominay qui n'ont pas « souillé leurs vêtements; » ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus , vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'Apôtre * : <c Vous tous qui avez été baptisés , vous avez été

' Var. Première édition : C'est ceux , etc.

^ Habes pauca nomina in Sardis, qui «on iniquinaveruni vesHmenta sua, (Apoc., 111) 4.) ^ Qui€umque in Chrisio baptizati estis, Chriitum induistis. {G kl.

« revêtus de Jésus-Christ. » Ce petit nombre chéri de Dieu pour son innocence , et remarquable par la rareté d'un don si exquis, a su conserver ce précieux vêtement et la grâce du baptême. Et quelle sera la récompense d'une si rare fidélité ? Écoutez parler le Juste et la Saint : « Ils « marchent, dit-il ' , avec moi, revêtus de blanc, parce c( qu'ils en sont dignes ; x> dignes par leur innocence de porter dans Tétemité la livrée de l'Agneau sans tache, et de marcher toujours avec lui , puisque jamais ils ne l'ont quitté depuis qu'il les a mis dans sa compagnie : « âmes pures et innocentes ; âmes vierges , » comme les appelle saint Jean ', au même sens que saint Paul disait à tous les fidèles de Corinthe ' : « Je vous ai promis, <c comme une vierge pudique, à un seul homme, qui « est Jésus-Christ. » La vraie chasteté de l'âme , la vraie pudeur chrétienne est de rougir du péché , de n'avoir d'yeux ni d'amour que pour Jésus-Christ, et de tenir toujours ses sens épurés de la corruption du siècle. C'est dans cette troupe innocente et pure que la reine a été placée : l'horreur qu'elle a toujours eue du péché lui a mérité cet honneur. La foi, qui pénètre jusqu'aux cieux, nous la fait voir aujourd'hui dans cette bienheureuse compagnie. Il me seuïble que je reconnais cette modestie, cette paix, ce recueillement que nous lui voyions devant les autels , qui inspirait du respect pour Dieu et pour elle : Dieu ajoute à ces saintes dispositions le transport d'une joie céleste. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blancheur, symbole de son innocence et de la candeur de son âme,

' AmAmlùbunt mecum in aUns, quia digni snnt, (Apoc, m, 4.)

^ Virgïnes enimsnnU (Ibid., xiv, 4.)

' Despotidt vos uni rtro vxrqïnem castam exhibere Christo. (II Cor.,

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