L ESPRIT ET LA RICHESSE
Buvons à celle qui long-temps éveilla les soupirs du poète, à la jeune fille qui donna aux chansons ce que l'or n'eût jamais pu payer. Oh ! le cœur de la femme est réservé au seul ménestrel : touché par d'autres mains, ce doux instrument n'est pas moitié si mélodieux. — Buvons donc à celle qui long-temps éveilla les soupirs du poète, à la jeune fille qui donna aux chansons ce que l'or ne peut acheter !
A la porte de verre de la Beauté, jadis se rencontrèrent la Richesse et l'Esprit : «Qui entrera?» demandèrent-ils; elle répondit : «Le plus adroit.» A l'aide de sa clef d'or, la Richesse crut passer ; mais elle fit de vains efforts, tandis que l'Esprit apporta un diamant qui lui ouvrit un brillant sentier! — Buvons donc à celle qui long-temps éveilla les soupirs du poète , à la jeune fille qui donna aux chansons ce que l'or ne peut jamais payer.
L'Amour qui cherche une demeure près des grandeurs, près des richesses, est comme le sombre gnome qui habite d'obscures mines d'or ; mais l'amour du poète plane dans une plus haute région. Sa patrie est là-haut, quoique la femme le retienne icibas. — Buvons donc à celle qui long-temps éveilla les soupirs du poète, à la vierge qui donna aux chansons ce que l'or ne peut jamais payer.
190 TBLOMAS MOORE.
ÉMK I O ERIN !
Semblable à la flamme étincelante qui, sur le saint autel de Kildare(24), a brûlé pendant des siècles de ténèbres etde tempêtes, le cœur que les douleurs ont oppressé en vain, leur survit, encore jeune et ardent. Ainsi, à travers les larmes d'une longue nuit d'esclavage, ton esprit, ô Érin! m'apparaît toujours brillant !
Les nations sont tombées, et tu vis encore ; ton soleil se lève quand les autres se couchent, et quoique le nuage de la servitude ait obscurci ton aurore, le midi de la liberté rayonnera encore pour toi.
Érin! ô Érin ! quoique loDg-temps dans l'ombre, ton étoile brillera quand les astres les plus orgueilleux pâliront.
Insensible à la pluie et au souffle du vent , le lis dort pendant les longues heures de l'hiver, jusqu'à ce que la main du printemps délie sa froide chaîne, et que le jour et la liberté raniment la jeune fleur.
Érin, ô Érin 1 ton hiver est passé, et l'espérance qui lui a survécu refleurira!
(24) Le feu inextinguible de sainte Brigitte à Kildare, que mentionne Giraldus. « Apud Kildariam occurrit Ignis sanctae Brigidae, quem inextinguibilem vocant ; non qubd extingui non possit, sed quôd tam sollicité moniales et sanctœ mulieres ignem, suppetente materia, fovent et nutriunt ut à tempore yirginis per tot annorum curricula semper mansit inextinctus.» [Girald. Camb. De mirabil. Dibern. Dist. n. c XXXIV.)
BIÉLODIES IRLANDAISES. 191