‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 11 sur 201 · CI.ÉOPATRX · texte numérisé non relu

CI.ÉOPATRX

Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils: Ges âmes, que le del ne forma que de boue...

PHOTIir.

Ce sont de nos conseils , oui , madame; et j'avoue...

ci^KOPATaa.

Photin , je parle au roi : vous répondrez pour tous Quand je m'abaisserai jusqu'à paHer à vous.

i6 POMPÉE.

PTOLOMÉE, à Fhotin.

Il faut un peu souffrir de cette humeur hautaine ; Je sais votre innocence, et je connois sa haine : Après tout, c'est ma sœur, oyez sans repartir.

Ci:.]ê0PATllE.

Ah! s'il est encor,temps de vous en repentir, Affranchissez- vous d'eux et de leur tyrannie; Rappelez la vertu par leurs conseils bannie.

Cette haute vertu, dont le ciel et le sang Enflent toujours les cœurs de ceux de notre rang.

PT0I.OMEE.

Quoi! d*un frivole espoir déjà préoccupée, Yous me parlez en reine en^parlant de Pompée; Et d'un faux zèle ainsi votre orgueil revêtu Fait agir l'intérêt sous le nom de vertu I Confessez-le, ma sœur, vous sauriez vous en taire, N'étoit le testament du feu roi notre père ; Vous savez qui le garde.

Ci:.ÉDFA.TRE.

Et vous saurez aussi Que la seule vertu me &it parler ainsi ; Et que, si l'intérêt m'avoit préoccupée, J'agirois pour César, et non pas pour Pompée. Apprenez un secret que je vojolois cacher; Et cessez désormais de me rien reprocher.

AGTEI, SCÈNE III. 17

Quand ce peuple insolent qu'enfenne Alexandrie Fit quitter an feu roi son trône et sa patrie, Et que jusque dans Rome il alla du sénat' Implorer la pitié contre un tel attentat, n nous mena tous deux pour toucher son courage, Vous assez jeune enoor , moi déjà dans un âge Où ce peu de beauté que m'ont donné les cieux D*un assez vif éclat faisoit briller mes yeux. César en fut épris, et du moins j*eus la gloire De le voir hautement donner lieu de le croire; Mais, voyant contre lui le sénat irrité.

Il fit agir Pompée et son autorité.

Ce dernier nous servit à sa seule prière.

Qui de leur amitié fut la preuve dernière :

Vous en savez l'effet , et vous en jouissez; Mais pour an tel amant ce ne fut pas assez.

Après avoir pour nous employé ce grand homme. Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome, Son amour en voulut seconder les efforts.

Et , nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors. Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance. Et les neris de la guerre, et ceux de la puissance; Elles mille talents qui lui sont encor dus Remirent en nos mains tous nos états perdus.

Le roi, qui s'ensouvint à son heure fotale,

i8 POMPÉE,

Me laissa, comme à vous, la dignité royale; Et, par son testament, il vous fit cette loi , Pour me rendre mie part de ce qu'il tint de moi. C'est ainsi qu'ignorant d'où vint ce bon office, Yous appelez faveur ce qui n'est que justice. Et l'osez accuser d'une aveugle amitié, Quand du tout qu'il me doit il me rend la moitié.

PTOI.OMÉZ.

Certes, ma sœur, le conte est faât avec adresse!

CLÉOPATRE

césar viendra bientôt, et j'en ai lettre expresse; Et peut-être aujourd'hui vos yeux seront témoins De ce que votre esprit s'imagine le moins.

Ce n'est pas sans sujet que je parlois en reine : Je n'ai reçu de vous que mépris et que haine; Et , de ma part du sceptre indigne ravisseur, Vous m'avez plus traitée en esclave qu'en sœur; Même, pour éviter des effets plus sinistres.

Il m'a fallu flatter vos insolents ministres. Dont j'ai craint jusqu'ici le fer ou le poison; Mais Pompée , ou César , m'en va faire raison ; Et, quoi qu'avec Photin Achiilas en ordonne.

Ou l'une ou l'autre main me rendra ma couronne. Cependant mon orgueil vous laisse à démêler Quel ctoit l'intérêt qui me faisoit parler.

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