‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 128 sur 201 · ACTE V, SCÈNE IV. lyS · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV. lyS

Puis-je vivre et tramer cette gêne éleruelle, Confoodre rinnocente avec la criminelle, Vivre, et ne pouvoir plus vous voir sans m'alarroer, Tous craindre toutes deux, toutes deux vous aimer? Vivre avec ce tourment , c'est mourir à toute heure ; Tirez-moi de ce trouble, ou souffrez que je meure. Et que mon déplaisir, par un coup généreux.

Épargne un parricide à Tune de vous deux.

CT^ÉOPATRE.

Puisque, le même jour que ma main vous couronne. Je perds un de mes fils, et Tautre me soupçonne; Qu*au milieu de mes pleurs, qu'il devroit essuyer. Son peu d'amoiu" me force à me justifier.

Si vous n'en pouvez mieux consoler une mère Qu'en la traitant d'égale avec une étrangère , Je vous dirai , seigneur, (car ce n'est plus à moi A nommer autrement et mon juge et mon roi ) Que vous voyez l'effet de cette vieille haine Qu'en dépit de la paix me garde l'inhumaine.

Qu'en son cœur du passé soutient le souvenir. Et que j'avois raison de vouloir prévenir.

Elle a soif de mon sang , elle a voulu répandre ; J'ai prévu d'assez loin ce que j'en viens d'apprendre: Mais je vous ai laissé désarmer mon courroux.

( è Rodognne. )

Sur la foi de ses pleurs je n'ai rien craint de vous , Madame; mais, ô dieux ! quelle rage est la vôtre ! Quand je vous donne un fils, vous assassinez Tautre* Et m*enviez soudain Tunique et foible appui Qu'une mère opprimée eût pu trouver en lui !

Quand vous m'accablerez, où sera mon refuge?

Si je m'en plains au roi , vous possédez mon juge; Et s'il m'ose écouter, peut-être, hélas ! en vain Il voudra se garder de cette même main.

Enfin je suis leur mère, et vous leur ennemie; J'ai recherché leur gloire, et vous leur infamie ; Et si je n'eusse aimé ces fils que vous m'ôtez, Yotre abord en ces lieux les eût déshérités.

C'est à lui maintenant, en cette concurrence, A régler ses soupçons sur cette différence , A voir de qui des deux il doit se défier.

Si vous n'avez un charme à vous justifier.

RODOGUSTE, à Cléopatre.

Je me défendrai mal : l'innocence étonnée Ne peut s'imaginer qu'elle soit soupçonnée; Et n'ayant rien prévu d'un attentat si grand. Qui l'en veut accuser sans peine la surprend. Je ne m'étonne point de voir que votre haine , Pour me faire coupable, a quitté Timagène.

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