‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 130 sur 201 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

RODOGUITB.

Ah ! gardez-vous de Tune et l'autre main.

Cette coupe est suspecte; elle vient de la reiue : Craignez de toutes deux quelque secrète haine.

CT.É0PATRS.

Qui m'épargnoit tantôt ose enfin m'accuser !

RODOGUNK.

De toutes deux, madame , il doit tout refuser. Je n'accuse personne , et vous tiens innocente ; Mais il en fiiut sur l'heure une preuve évidente. Je veux bien à mon tour subir les mêmes lois. On ne peut craindre trop pour le salut des rois. Donnez donc cette preuve ; et, pour toute réplique, Faites faire un essai par quelque domestique.

CLÉOPATRS, prenant la ooape.

Je le ferai moi-même. Hé bien ! redoutez-vous Quelque sinistre effet encor de mon courroux ? J'ai souffert cet outrage avecqiie patience.

AITTIOCHUS, prenant la coupe de la main de Cléopatre

après qu'elle a bu.

Pardonnez-lui, madame, un peu de défiance; Comme vous l'accusez , elle fait son effort A rejeter sur vous l'horreur de cette mort :

Et, soit amour pour moi, soit adresse pour elle, Ce soin la fait paroitre un peu moins criminelle.

aoo RODOGUNE.

Pour moif qui ne vois rien , dans le trouble où je suis , Qu'un gouffre de malheurs, qu'un abyme d'enuuis. Attendant qu'en plein jour ces vérités paroissent. J'en laisse la vengeance aux dieux qui les connoissenf. Et vais , sans plus tarder...

Seigneur, voyez ses yeux Déjà tout égarés , troubles , et furieux , Cette a£Dreuse sueur qui court sur son visage, Cette gorge qui s'enfle. Ah ! bous dieux ! quelle rage ! Pour vous perdre après elle, elle a voulu périr. ▲ zrTiOCHUS, rendant la coupe à Laonice-

N'importe, elle est ma mère, il &ut la secourir.

CLÉOPATRE

Va , tu me veux en vain rappeler à la vie ; Ma haine est trop fidèle, et m'a trop bien servie : Elle a paru trop tôt pour te perdre avec moi ; C'est le seul déplaisir qu'en mourant je reçoi. Mais j'ai cette douceur dedans cette disgrâce. De ne voir point régner ma rivale en ma place. Règne; de crime en crime enfin te voilà rcu.

Je t'ai défait d'un père, et d'un frère, et de moi: Puisse le ciel tous deux vous prendre pour victimes , Et laisser choir sur vous les peines de mes crimes ! Puissiez-vous ne trouver dedans votre union

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