‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 175 sur 201 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

HÉRACLXUS.

Comment Toulez-vous donc nommer son imposture? M*empêcher d'entreprendre, et, par un fauJL rapport, Confondre en Martian et mon nom et mon sort; Abuser d'un billet que le hasard lui donne ; Attacher de sa main mes droits à sa personne, Et le mettre en état, dessous sa bonne foi.

De régner eu ma place, ou de périr pour moi.

Madame , est-ce eu effet me rendre un grand service ?

EUDOXE

Eût-elle démenti ce billet de Maurice?

Et Teôt-elle pu faire, à moins que révéler Ce que sur-tout alors il lui falloit celer ?

Quand Martian parla n'eût pas connu son père, C'étoit vous hasarder sur la foi d'Exupère :

Elle en doutoit, seigneur; et, par Févènement, Vous voyez que son zèle en doutoit justement. Sûre en soi des moyens de vous rendre l'empire, Qu'à vous-même jamais elle n'a voulu dire.

Elle a sur Martian tourné le coup fatal De l'épreuve d'un cœur qu'elle connoissoit mal. Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service?

HÉRACLinS.

Qu'importe qui des deux on destine au supplice? Qu'importe, Martian, vu ce que je te doi,

Qui trahisse mon sort, d*Exupère ou de moi ?

Si Ton ne me découvre , il faut que je m'expose ; Et Tun et l'autre enfin ne sont que même chose. Sinon qu'étant trahi je mourrois malheureux, Et que , m'oflrant pour toi , je mourrai généreux.

SVDOXE.

Quoi ! pour désabuser une aveugle furie, Rompre votre destin, et donner votre vie !

HÉRACLIUS

Vous êtes plus aveugle encore en votre amour. Périra-t-il pour moi quand je lui dois le jour ? Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte, Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte? S'il s'agissoit ici de le faire empereur, Je pourrois lui laisser mon nom et son erreur : Mais conniver en Uche à ce nom qu'on me vole, Quand son père à mes yeux au lieu de moi l'immole ! Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort ! Tivre par son supplice, et régner par sa mort !

SUDOXB.

Ah ! ce n'est pas, seigneur, ce que je vous demande; De cette lâcheté l'infamie est trop grande.

Montrez-vous pour sauver ce héros du trépas ; Mais montrez-vous en maître , et ne vous perdez pas : nalhimez cette ardeur où s'opposoit ma mère;

Page 1