‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 180 sur 201 · ACTE IV, SCÈNE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. a

Écoute, père aveugle , et toi, prince crédule , Ce que Thonneur défend que plus je dissimule.

Phocas, connois ton sang, et tes vrais ennemis ; Je suis Héradius, et Léonce est ton fils.

MARTXA-N.

Seigneur, que dites-vous ?

HÉRAGLIUS.

Que je ne puis plus taire Que deux fois Léontine osa tromper ton père, Et, semant de nos noms un insensible abus, Fit un faux Martian du jeune Héradius.

PHOCAS

Maurice te dément, lâche ! tu n*as qu*à lire: « Sous le nom de Léonce Héradius respire. »

Tu fais après cela dés contes superflus.

HÉRjLCLIUS.

Si ce billet fut vrai, seigneur, il ne Test plus. Tétois Léonce alors , et j*ai cessé de l'être Quand Maurice immolé n'en a pu rien connoitre. S'il laissa par écrit ce qu'il avoit pu voir. Ce qui suivit sa mort fut hors de son pouvoir. Vous portâtes soudain la guerre dans la Perse, Où vous eûtes, trois ans, la fortune diverse. Cependant Léontine, étant dans le château Reine de nos destins et de notre berceau ,

a84 HÉRACLIUS.

Pour me rendre le rang qu'occupoit votre race. Prit Martian pour elle, et me mit en sa place. Ce zèle en ma faveur lui succéda si bien , Que vous-même au retour vous n*eu connûtes rien; Et ces informes traits qu'à six mois a Tenfance Ayant mis entre nous fort peu de différence, Le foible souvenir en trois ans s'en perdit ; Vous prîtes aisément ce qu'elle vous rendit Nous vécûmes tous deux sous le nom Tun de l'autre; Il passa pour son fils , je passai pour le vôtre. Et je ne jugeois pas ce chemin criminel Pour remonter sans meurtre au trône paternel. Mais voyant cette erreur fatale à cette vie Sans qui déjà la mienne aui'oit été ravie, Je me croirois, seigneur, coupable infiniment, Si je souflrois encore un tel aveuglement.

Je viens reprendre un nom qui seul a fait son crime; Cionservez votre haine, et changez de victime : Je ne demande rien que ce qui m'est promis; Perdez Héraclius, et sauvez votre fils.

MARTiAir, à Phocas.

Admire de quel fils le ciel t'a fait le père. Admire quel effort sa vertu vient de faire, Tyran; et ne prends pas pour une vérité Ce qu'invente pour moi sa génjérosité.

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