‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 43 sur 201 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Qu'avec nos citoyens eut eiis quelques soldats : Et moi, j'ai bien voulu moi-même vous redire Que vous ue craignez rien pour vous ni votre empire ; Et que le grand César blâme votre action Avec Dpoins de courroux que de compassion.

Il vous plaint d'écouter ces lâches politiques Qui n'inspirent aux rois que des mœurs tyranniques. Ainsi que la naissance ils ont les esprits bas; En vain on les élève à régir des états ; Uu cœur né pour servir sait mal comme on commande; Sa puissance Taccable alors qu'elle est trop grande; Et sa main, que le crime en vain fait redouter, Laisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter.

PTOI.OMÉE.

Vous dites vrai, ma sœur; et ces effets sinistres

Me font bien voir ma faute au choix de mes ministres.

Si j'avois écouté de plus nobles conseils.

Je vivrais danrla gloire où vivent mes pareils;

Je mériterois mieux cette amitié si pure

Que pour un frère ingrat vous donne la nature;

César embrasseroit Pompée en ce palais;

Notre Egypte à la ten'e auroit rendu la paix ,

Et verroit son monarque encore à juste titre

Ami de tous les deux, et peut-être l'arbitre.

Mais, puisque le passé ne peut se révoquer, IVouvez bou qu'avec vous mon cœur s'ose expliquer.

Je vous ai maltraitée; et vous êtes si bonne Que vous me couservez la vie et la couronne : Vainquez- vous tout-à-fait; et, par un digue effort, Arrachez Achiilas et Photin à la mort :

Elle leur est bien due; ils vous ont oflfensée; Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée : Si César les punit des crimes de leur roi.

Toute l'ignominie en rejaillit sur moi :

Il me punit en eux ; leur supplice est ma peine. Forcez en ma faveur une trop juste haine :

De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ?' Que je vous doive tout : César cherche à vous plaire» Et vous pouvez d'un mot désarmer sa colère,

CLÉOPATRE

Si j'avois en mes mains leur vie et leur tré|)as, Je les méprise assez pour ne m'en venger pas ; Mais sur le grand César je puis fort peu de chose , Quand le sang de Pompée à mes désirs 8^op()ose. Je ne me vante pas de pouvoir le fléchir :

J*en ai déjà parlé, mais il a su gauchir, Et , tournant le discours sur une autre matière , Il n'a ni refusé ni souffert ma prière.

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