ACTE I, SCÈNE V. ii
N'eurent pour fondement à leurs maux infinis Que ceux que contre nous le sort a réunis, n sème entre nous deux toute la jalousie Qui dépeupla la Grèce et saccagea TAsie :
Un même espoir du sceptre est permis à tous deux ; Pour la même beauté nous faisons mêmes vœux.
Thèbes périt pour Tun, Troie a brûlé pour Tautre. Tout Ta choir en ma main, ou tomber en la vôtre. En vain notre amitié tâchoit à partager; Et, si j'ose tout dire, un titre assez léger, Un droit d'aînesse obscur, sur la foi d'une mère, Va combler l'un de gloire, et l'autre de misère. Que<le sujets de plainte en ce double intérêt Aura le malheureux contre un si foible arrêt! Que de sources de haine! Hélas! jugez le reste, Craigncz-eu avec moi Tévènement funeste ; Ou plutôt avec moi faites un digne effort Pour armer votre cœur contre un si triste sort. Malgré l'éclat du trône et l'amour d'une femme, Faisons si bien régner l'amitié sur notre ame, Qu'étoul&nt dans leur perte un regret suborneur. Dans le bonheur d'un frère on trouve son bonheur. Ainsi ce qui jadis perdit Thèbes et Troie Dans nos cœurs mieux unis ne versera que joie. Ainsi notre amitié , triomphante à son tour,
1x6 RODOGUNE.
Vaincra la jalousie en cédant à Tamour ; Et, de notre destin bravant Tordre bai'bare.
Trouvera des douceurs aux maux qu'il nous préj[»are.
▲ ITTIOCHUS.
Le pourrez-Tous, mon frère ?
s £ L E UKl U s. ■
Ah ! que vous me pressez I Je le voudrai du moins, mon frère, et c'est assez; Et ma raison sur moi gardera tant d'empire, Que je désavouerai mon cœur, s'il en soupire.
AWTIOCHUS.
J'embrasse comme vous ces nobles sentiments.
Mais allons leur donner le secours des serments, Afin qu'étant témoins de l'amitié jurée Xes dieux contre un tel coup assurent sa durée.
SÉLECCCS.
Allons, allons l'étreindre, au pied de leurs autels. Par des liens sacrés et des nœuds immortels.