CI.ITON
Royale; et l'autre y loge aussi.
Il n'en sait pas le nom, mais j'en prendrai souci.
DOBANTE.
Ne te mets point, Giton, en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé, celle qui m'a su prendre, Cest Lucrèce, ce l'est sans aucun contredit ; Sa beauté m'en assure, et mon cœur me le dit.
CLITON
Quoique mon sentiment doive respect au vôtre.
La plus belle des deux, je crois que ce soit Tautre ^
DORANTE
Quoi ! celle qui s*est tue, et qui dans nos propos N'a jamais eu Tesprit de mêler quatre mots?
CLITON.I
Monsieur, quand une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire;
Cest un effort du ciel qu'on a peine à trouver :
Sans un petit miracle il ne peut l'achever;
Et la nature souffre extrême violence
Lorsqu'il en fait d*humeur à garder le silence.
Pour moi, jamais Tamour n'inquiète mes nuits;
Et, quand le cœur m'en dit, j'en prends par où je puis*.
Mais naturellement femme qui se peut taire
A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire,
Qu'eûl-elle en vrai magot tout le corps fagoté.
Je lui voudrois donner le prix de la beauté.
C'est elle assurément qui s'appelle Lucrèce :
Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse;
Ce n'est point là le sien : celle qui n'a dit mot.
Monsieur, c'est la plus belle, ou je ne suis qu'un sot.
DORANTE
Je t'en crois sans jurer avec tes incartades.
Mais voici les plus chers de mes vieux camarades :
Ils semblent étonnés, à voir leur action.
1 Je crois que ce soit est une faute de grammaire, du temps même de Corneille. Je crois étant une chose positive, exige TindicatiF; mais pourquoi dit-on, je crois qu'elle est aimable, qu'elle a de l'esprit! et croyez-vous qu'elle soit aimable, qu'elle ail de l'esprit? C'est que croyez-vous n'est point positif ; croyez-vous exprime le doute de celui qui interroge: Je suis sûr qu'il vous satisfera; êtes-vous sûr qu*il vous satisfasse î Vous voyez , par cet exemple, que les règles de la grammaire sont fondées , pour la plupart, sur la raison, et sur cette logique naturelle avec laquelle naissent tous les hommes bien organisés. (V.)
* J'en prends par où je puis est un peu licencieux, et l'expression est dégoûtante. Ce n'est point ainsi que Térence fait parler ses valets. (Y.)