‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 190 sur 377 · ACTE H, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE H, SCENE VI

ATen ont seules caché le secret tant (famiées. D*autres soupçonneroient qn^o peu (TambHioa^ Du prince Marlian noyant ta passm, Pour lui voir swr le trône élever votre fftie, Auroit voulu laisser Tempire en sa famille, Et me faire trouver on tel destin bien doux Dans rétemello erreur d*étre sorti de vous : Mais je tiendrois à crime Mne telle pensée i. Je me plains seulement d*une ardeur insensée, D*un détestable amour que pour ma propre sœur Vous-même vous avez allnmé dans mon cœur. Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste *t

LÉONTINE

Je vous aurois tout dit avant ce nœud funeste; Et je le craignois peu, trop sAre que Phocas, Ayant d'autres desseins, ne le soufFriroît pas '.

Je voulois donc, seigneur, qu'une flamme si belle Portât votre courage aux vertus dignes d'elle *,

1 Tenir à crime n'est pas français. (V.)

S Cela n'est pas français; il veut dire, qu*atUndiez-vou9 du péril où vous me mettiez de commettre un inceste 1 Mais on fie peut dire faire un dessein : on dit bien concevoir, former un dessein ; mon des-' sein est d'aller^ j'ai le dessein d'aller, etc., mais non pas, Je fais un dessein sur vous. Racine a dit :

Les grands desseins de Dieu sur son peuple et sur vous, mais non pas,

Les diiweiiu qoe Dieu fit sw soa peuple el mt iom.

De plus, on a des desseins sur quelqu'un, mais on n'a point de de»seins sur quelque chose; on ne feit point des desseins, on lait des projets. Ces règles paraissent étranges an premier coup d'oeil, et ne le sont point. 11 y a de la différence entre dessein et projet : un projet est médité et arrêté ; ainsi on fait un projet : dessein donne une idée plus vague ;.Toi]& pourquoi on dit qu'un général fait nn projet de cam* pagne, et non pas un dessein de campagne. Ce même embarras, cette même énigme continue toujours. Martian finit des objectons à Léontine ; il ne parle de son inceste que pour demander à cette femme quel dessein elle/esait sur cet inceste. (V.)

8 Pouvait-elle être sûre que Phocas s'opposerait à cet amour! Elle ne donne ici qu'une défaite ; et tout cela n'a rien de tragique, rien de naturel. iV.|

^ La réponse de Léontinc ne peut qu'Inspirer beaucoup de défiance

272 HÉRACLIUS

Et que, votre valeur Payant su mériter, Le refus du tyran vous pût mieux irriter. Vous n'avez pas rendu mon espérance vaine ; rai vu dans votre amour une source de haine ; Et j*ose dire encor qu'un bras si renommé ^ Peut-être auroit moins fait si le cœur n'eût aimé. Achevez donc, seigneur; et puisque Pulchérie Doit craindre l'attentat d'une aveugle furie*...

MARTI AN

Peut-être il vaudroit mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter '; Sopi amour, qui pour moi résiste à la colère, N'y résistera plus quand je serai son frère. Pourrois-je lui trouver un plus illustre époux?

LÉONTINE

Seigneur, qu'allez-vous faire? et que me dites-vous?

MARTI AN

Que peut-être pour rompre un si digne byménée, J'expose à tort sa tête avec ma destinée. Et fais d'Héraclius un chef de conjurés Dont je vois les complots encor mal assurés. Aucun d'eu^t du tyran n'approche la personne : Et quand même l'issue en pourroit être bonne,

à Martian , qui se croit Héraclius : Je voulais vous rendre amoureux de voire sœur, afin de vous inspirer l'ardeur de venger votre père. Ce discours subtil doit indigner Martian ; il doit répondre : N'avier-vous pas d'autres moyens î n'étes-vous pas une très méchante et très imprudente femme, d'avoir pris le parti de m* exposer à être incestueux t ne valait-il pas mieux m'apprendre ma naissance f Sur quoi pensezvous que le motif de venger mon pire ne m'eût pa^ suj^ î fallait-il que Je fusse amoureux cU ma sœur pour faire mon devoir? Comment voulez-vous que je croie la mauvaise raison que vous m'alléguez t {Y.)

i Un bras renommé ! (V.) — En poésie, tout ce qui se peut dire d'une personne peut be dire également de son bras, qui est pris alors pour la personne même ; bras renommé n'a donc rien de vicieux ; c'est, au contraire, une de ces figures auxquelles on est tellement accoutumé par l'usage, qu'on ne les remarque plus. (P.)

t Elle veut parler du mariage proposé par Phocas ; mais ce n'est pas là une aveugle furie. (V.)

8 Cela est trop prosaïque ; ce sont là des discussions, et non pas des mouvements tragiques. (V.)

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