‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 198 sur 377 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Mais quand ?

MAITIAN.

C*est un secret que je D*ai pas. su d'elle.

PHOCAS

Vous pouvez m'ea dire un dont je suis plus jaloux, Oo dit qu'Héraclius est fort coobu de tous : Si vous aimez mon iils, ÊiHes-le-mm connoUre.

MASTUIf.

Vous le connoissez trop, puisque je vois ce traltte <.

EXCPÈRE. ^

Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.

MARTI AN

Chacun te Tavouera ; tu le £ûs assez voir.

PBOCAS.

De grâce, éclaicîssez ce que je vous propose. Ce billet à demi m'en dit bien quelque cbose; Mais, Léonce, c'est peu si vous ne Fachevez.

MARTIAN

Nommez-moi par mon nom, puisque vous le savez ;

Dites Héraclius ; il n'est plus de Léonce ;

Et j'entends mon arrêt sans qu'on me le prononce.

PHOCAS

Tu peux bien t'y résoudre après ton vain effort Pour m'arracher le sceptre et conspirer ma mort.

]IA«TIAII«

Xai fait ce que j'ai dû. \ivre sous ta puissaoce, C'eût été démentir mon nom et ma naissajioe, Et ne point écouC^ le sang de mes parents^ Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans. Quiconque pour l'empire eut la gloire de naître Renonce à cet honneur s'il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaigner; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou régner. J'entends donc mon arrêt sans qu'on me le prononce.

1 On pourrait dire que Martian se hâte trop d'accuser Exupèrc. Il peut, ce semble, penser qu'Exupère, qui est de son côté à la tête de la conspiration, trompe toujours le tyran, autant que soupçonner qu'Exupère trahit son propre parti ; dans ce doute, pourquoi accuHt-il Exupèreî (V.)

2U HÉRACLIUS

Héraclius mourra comme a vécu Léonce,

Bon sujet, meilleur prince, et ma vie et ma mort

Rempliront dignement et l'un et l'autre sort.

La mort n'a rien d'affreux pour une ame bien née :

A mes côtés pour toi je l'ai cent fois traînée * ;

Et mon dernier exploit contre tes ennemis

Put d'arrêter son bras qui tomboit sur ton fils.

Tu prends pour me toucher un mauvais artifice * : Héraclius n'eut point de part à ce service : J'en ai payé Léonce, à qui seul étoit dû L'inestimable honneur de me l'avoir rendu : Mais, sous des noms divers à soi-même contraire. Qui conserva le fils attente sur le père; Et se désavouant d'un aveugle secours s, Sitôt qu'il se connott il en veut à mes jours. Je te devois sa vie, et je me dois justice. Léonce est effacé par le fils de^aurice. Contre un tel attentat rien n'est à balancer, El je saurai punir comme récompenser.

MARTI AN

Je sais trop qu'un tyran est sans reconuoissance

Pour en avoir conçu la honteuse espérance.

Et suis trop au-dessus de cette indignité

Pour te vouloir piquer de générosité.

Que ferois-tu pour moi de me laisser la vie *,

Si pour moi sans le trône elle n'est qu'infamie?

Héraclius vivroit pour te faire la cour !

Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-le du jour.

Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible ^ :

Ta vie avec la mienne est trop incompatible ;

Un si grand ennemi ne peut être gagné,

Et je te punirois de m'avoir épargné.

f On voit la mort, on l'affronte, on la brave; on ne la tratne pas. {\.) t On ne prend point un artifice ; c'est un barbarisme. (Y.) S Cela n'est pas français : on désayoue un secours qu'on a donné, on dément sa conduite, on se rétracte, etc. ; mais on ne se désavoue pas r désavouer n'est point un verbe réciproque, et n'admet point le de. ( V- ♦ C'est un solécisme ; il faut, en me laissant la vie. (V.) » Incorruptible n'est pas le motpropre; c'est ineiorabU. { V.)

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