‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 22 sur 377 · CLARICE, ALCIPPE · texte numérisé non relu

CLARICE, ALCIPPE

ALCIPPE

Ah, Claricel ab, Clarice! inconstante! volage!

CLARICE

Auroit-il deviné déjà ce mariage?

Alcippe, qu'avez- vous? qui vous fait soupirer?

ALCIPPE

Ce que j*ai, déloyale! eh! peux-tu Tignorer? Parle à ta conscience, elle devroit t'apprendre...

CLARICE

Parlez un peu plus bas, mon père va descendre;

sa LE MENTEUR.

ALCIPPE

Ton père va descendre, ame double et sans foi ^ f Confesse que tu n^as un père que pour moi. La nuit, sur la rivière...

CLARiaS.

Eh bien! sur la rivière?

La nuit! quoi? qu'esÉ-ce enfin?

AI.CIPPB.

Oui, la nuit tout entière.

CLAMCE.

Après?

ALCIVPE.

Quoi! sans rougir?...

CLARICE

Bougir! à quel propes?

ALCIPPE

Tu ne meurs pas de bonté, entendant ces deux mots !

CLABICE.

Mourir pour les entendre ! et qu'ont-ils de funeste ?

ALCIPPE

Tu peux donc les ouïr et demander le reste !

1 Tout cela parait choquer tin peu la bienséance ; mais on pardonne au temps où Corneille écrivait : on tutoyait alors au théâtre. Le tutoiement, qui rend le discours plus serré, plus vif, a souvent de la noblesse et de la force dans la tragédie; on aime à voir Rodrigue et Chimène l'employer. Remarquez cependant que Télégant Racine ne se 'permet guère le tutoiement que quand un père irrité parle à son fils, ou an maître à un confident, ou quand une amante emportée se plaint à son amant.

Je ne l'ai point aimé? Crue!, qu'ai-je donc fait? Hermione dit :

Ne devais-tu pas lire au fond de ma peiisé*? Phèdre dit :

Eh bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur.

Mais jamais Achille, Oreste, Britanniciis, etc., ne tutoient leurs mattresses. A plus forte raison cette manière de s'exprimer doit-elle être bannie de la comédie, qui est la peinture de nos mœurs. Molière en fait usage dans le Dépit amoureux; mais il s'est ensuite corrigé 4uiîmême. (V.)

Page 1