‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 24 sur 377 · ACTE II, SCENE II!. 5ô · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II!. 5ô

Alcippe, croyez-moi.

ALCIPPE

Ne cherche point cl*excuses; Je connois tes détours, et devine tes ruses. Adieu : suis ton Dorante, et Taime désormais; Laisse en repos Alcippe, et n'y pense jamais.

CLARICE

Écoutez quatre mots.

ALCIPPE

Ton père va descendre.

CLARICE

Non, il ne descend point, et ne peut nous entendre; Et j'aurai tout loisir de vous désabuser.

ALCIPPE

Je ne t'écoute point, à moins que m'épouser, A moins qu'en attendant le jour du mariage, M'en donner ta parole et deux baisers en gage >. '

CLARICE

Pour me justifier vous demandez de moi, Alcippe?

ALCIPPE

Deux baisers, et ta main, et ta foi.

CLARICE

Que cela?

ALCIPPE

Résous-toi, sans plus me faire attendre.

1 Cette indécence ne serait point soufferte aujourd'hui. On demande comment Corneille a épuré le théâtre. C'est que de son temps on allait plus loin : on demandait des baisers, et on en donnait. Cette mauvaise coutume venait de l'usage où l'on avait été très longtemps en France de donner, par respect, un baiser aux dames sur la bouche quand on leur était présenté. Montaigne dit qu'il est triste pour une dame d'apprêter sa bouche pour le premier mal tourné qui viendra à elle avec trois laquais. Les soubrettes se conformèrent à cet usage sur le théâtre. De là vient que dans la Mère coquette de Quinault, jouée plus de vingt ans après, la pièce commence par ce vers :

Je t'ai baisé deoz fois. — Qaoi! ta baises par compte?

Il faut encore observer que, quand ces familiarités ridicules sont inuaies à l'intrigue, c'est un défaut de plus. (V.)

CLABICB.

Je n'ai pas le loisir, mon père va descendre.

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