‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 34 sur 377 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Mais pour quelque raison nous la tenons secrète. Cependant à Tobjet qui me tient sous sa loi. Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi. Vous avez donné bal, collation, musique; Et TOUS n'ignorez pas combien cela me pique. Puisque, pour me jouer un si sensible tour, Vous m'avez à dessein caché votre retour, Et n'avez aigourd'hui quitté votre embuscade Qn'afîn de m'en conter l'histoire par bravade. Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afin de m'offenser.

Si vous pouviez encor douter de mon courage. Je ne vous guérirois ni d'erreur ni d'ombrage. Et nous nous reverrions si nous étions rivaux ; Mais comme vous savez tous deux ce que je vaux. Écoutez en deux mots l'histoire démêlée :

Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de devenir jaloux. Car elle est mariëe, et ne peut être à vous ; Depuis peu pour affaire elle est ici venue. Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.

ALCIPPE

Je suis ravi. Dorante, en cette occasion. De voir sitôt finir notre division.

DORANTE

Alcippe, une autre fois donnez moins de croyance Aux prefiiers mouvements de votre défiance; Jusqu'à mieux savoir tout sachez vous retenir. Et ne commencez plus par où l'on doit finir. Adieu; je suis à vous.

Page 1