‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 344 sur 377 · ACTE ni, SCENE II. ^m · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCENE II. ^m

11 me rend toute à vous par ce muet refus. Donnons ce grand témoin à ce grand hyménée ; Son ame toute ailleurs n'en sera point gênée : Il le verra sans peine, et celte dureté Passera chez Sylla pour magnanimité.

POMPÉE

Ce qu'il vous fait d'injure également m'outrage. Mais enfin je vous aime, et ne puis davantage ^ Vous, si jamais ma flamme eut pour vous quelque appas, Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas ; Demeurez en état d'être toujours ma femme, Gardez jusqu'au tombeau l'empire de mon ame. Sylla n'a que son temps, il est vieil et cassé ; Son règne passera, s'il n'est déjà passé ; Ce grand pouvoir lui pèse, il s*apprète à le rendre; Comme à Sortorius, je veux bien vous l'apprendre. Ne vous jetez donc point, madame, eu d'autre bras %; Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas : Si vous voulez ma main, n'engagez point la vôtre.

1 Ce qu*il /ail éfimjure est un barbarisme; mais y* voui aime^ et ne puis davantage^ déshonore enliènmcat Pompée. Le ^Vainqueur ée Mithridate ne devait pas t'avilir |U8qiie-là. (V.)

t Coraeill« a été trop •• tirent un peintre trop exact des mœurs de TaDtiquité. La scène, dans Sertorius^ entre Pompée et Aristic est admirable pour un homme qui sait se transporter au temps de Pompée ; mais elle ne paroît pas vraisemblable au plus grand nombre des spectateurs, qui ne peuvent comprendre qu'un mari dise à sa femme :

Non, ne vons jetés point, madame, en d'autres bras.

Pompée, pour prouver à son ancienne épouse que la nouvelle qu'ir vient dé prendre teste toujours attachée à son premier époux , s*exprime ainsi :

Elle porte en ses flancs

k ces mots, qui étonnent un spectateur peu instruit des mœurs romaines, Aristie fait cette réponse non moins étonnante pour lui :

Rcndcz*!e-inoi , scip^nciir

Pour sentir la beauté de cette réponse, il faudroit presque être un ancien Romain. Le tableau est ressemblant, mais il l'est tîrop : il est des occailoûs où une ressemblance exacte ne convient |»as. (L. RacIxë.

508 SERTORIUS

ARISTIK.

Mais quoi ! n'ètes-vous pas entre les bras d^une autre?

POMPÉS

NoD, puisqu'il vous en faut confier le secret,

Emilie à Sylla n'obéit qu'à regret.

Des bras d'un autre époux ce tyran qui l'arrache

Ne rompt point dans son cœur le saint nœud qui l'attache;

Elle porte en ses flancs le fruit de cet amour*,

Que bientôt chez moi-même elle va mettre au jour;

Et, dans ce triste état, sa main qu'il m'a donnée

N'a fait que Véblouir par un feint hyménée.

Tandis que, tout entière à son cher Glabrion,

Elle parolt ma femme, et n'en a que le nom.

ARISTIE

Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. Rendez-le-moi, seigneur, ce grand nom qu'elle porte «.

J'aimai votre tendresse et vos empressements ; Mais je suis au-dessus de ces attachements; Et tout me sera doux, si ma trame coupée Me rend à mes aïeux en femme de Pompée, Et que sur mon tombeau ce grand titre gravé Montre à tout l'avenir que je l'ai conservé. J'en fais toute ma gloire et toutes mes délices; Un moment de sa perte a pour moi des supplices. Vengez-moi de Sylla, qui me l'ôte aujourd'hui. Ou souifrez qu'on me venge et de vous et de lui ; Qu'un autre hymen me rende un titre qui l'égale ; Qu'il me relève autant que Sylla me ravale : Non que je puisse aimer aucun autre que vous; Mais pour venger ma gloire il me faut un époux ',

l Ce déUil domestique, cette confidence de Pompée, qu'il ne couche point avec sa nouvelle femme, et qu'elle est grosse d'un autre, sontaudessous de la comédie. De telles naïvetés qui succèdent à la belle scène de l'entrevue de Pompée et de Sertorius justifient ce que Molière disait de Corneille, qu'il y avait un lutin qui tantôt lui fesait ses vers admirables, et tantôt le laissait travailler lui-même. (V.)

1 C'est le luUn qui fit ce vers-là ; mais ce n'est pas loi qui ûtpo*^ elles de ma sorte :

Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. (V.)

« Une femme qui dit que, pour la venger, il lui faut un mari, di»

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