ACTE I, SCÈNE I
Aussi que tous cherchiez de ces sages coquettes
Où peuvent tous vcDants débiter leurs fleurettes ^
Mais qui ne font Tamour que de l)abil et d'yeux *,
Vous êtes d'encolure à vouloir un peu mieux.
Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles;
Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles '.
Mais ce seroit pour vous un bonheur sans égali
Que CCS femmes de bien qui se gouvernent mal.
Et de qui la vertu, quand on leur fait service.
N'est pas incompatible avec un peu de vice.
Vous en verrez ici de toutes les façons.
Ne me demandez point cependant de leçons;
Ou je me connois mal à voir votre visage.
Ou vous n'en êtes pas à votre apprentissage :
Vos lois ne régloient pas si bien tous vos desseins
Que vous eussiez toujours un portefeuille aux mains.
DORANTE
A ne rien déguiser, Gliton, je te confesse Qu'à Poitiers j'ai vécu comme vit la jeunesse; J'étois en ces lieux-là de beaucoup de métiers : Mais Paris, après tout, est bien loin de Poitiers. liC climat difiërent veut une autre méthode : Ce qu'on admire ailleurs est ici hors de mode ; La diverse façon de parler et d'agir Doune aux nouveaux venus souvent de quoi rougir-.. Chez les provinciaux on prend ce qu'on rencontre; Et là, faute de mieux, un sot passe à la montre^ : Mais il faut à Paris bien d'autres qualités; On ne s'éblouit point de ces fausses clartés;
même est imité de la satire de Régnier intitulée Macelte, Les bienséances étaient impunément violées dans ce temps-là ; et Corneille, qu i^'élevait au-dessus de ses contemporains, se laissait entraîner à leurs usages. (V.)
1 Cela n'est pas français. On dit bien la maison où j'ai été , mais non la coquette oùfai été. |V.)
2 Ce vers n'est pas français ; /a trg Vamour d'yeux et de babil ne peut lediPc. (V.)
3 Chandelles; cette expression serait aujourd'hui indigne de la haute romédie. (Y.)
* Ce mot signifie revue. (V.)