‹ Chemin de la croixChapitre 85 sur 153 · A MA TRÈS-CHÈRE SOEUR M · texte numérisé non relu

A MA TRÈS-CHÈRE SOEUR M

religieuse de la congrégation de***.

Ma chüre Soeur,

Bien souvent, pendant que je traduisais ces pages que le bienheureux Léonard de Port-Maurice a dédiées aux personnes religieuses, mon esprit et mon cœur se reportaient délicieusement vers vous. Il me semblait parfois me voir transporté au milieu de votre fervente communauté, en compagnie de notre saint missionnaire, pour lui servir d’interprète, et vous expliquer tous les secrets de la perfection et de la sainteté de votre état, secrets ineffables que Dieu se plaît à révéler aux petits et aux humbles, et qu’il cache à ceux qui sont sages à leurs propres yeux. Cette douce illusion, l’attachement profond et dévoué qui en était la source, et de plus l’estime, le respect religieux que m’inspirent en général les Epouses de Jésus- Christ. le vif et sincère désir que j’ai de leur être utile, tout contribuait à me rendre ce travail particulièrement doux et agréable.

Je prie Dieu, ma très-chère sœur, de vous faire retirer

de ce livre les fruits qu’il est destiné à produire dans les âmes religieuses qui en feront véritablement leur Manuel. Elles y trouveront, en effet, un conseiller dans leurs doutes, un consolateur dans leurs peines, un guide prudent et un sûr appui dans les généreux efforts qu’elles font pour se rendre de plus en plus dignes de leur sublime vocation.

Vous remarquerez que l’auteur signale, çà et là, des abus que, grâce à Dieu, vous ne supposez pas possibles au sein d’une congrégation exemplaire comme la vôtre ; ils sont bien loin réellement de se produire dans les communautés religieuses de notre pays, lesquelles font toutes, par leur ferveur, leur zèle et leur régularité, la joie de l’Eglise, l’édification des fidèles et les délices du divin Maître. Cependant je n’ai cru pouvoir ni retrancher, ni modifier les passages auxquels je fais allusion : mon rôle me l’interdisait, car le premier devoir d’un traducteur, c’est la fidélité ; d’ailleurs, la vue de certains désordres, loin de scandaliser une âme vraiment humble et craignant Dieu, ne fait au contraire que l’affermir davantage dans l’amour de sa règle : elle tremble de s’en écarter en considérant où peuvent aboutir la tiédeur et le relâchement, lorsqu’ils s’introduisent dans l’état le plus saint et le plus parfait.

Du reste, vous comprenez fort bien, ma chère sœur, que vous ne pouvez vous appliquer qu’avec réserve et discernement certains avis qui s’adressent à d’autres qu’à vous. Ainsi, vous n’êtes pas soumise à cette stricte clôture que suppose habituellement notre saint auteur ; l’éducation de la jeunesse à laquelle vous êtes vouée vous met même nécessairement en contact avec les séculiers : dès lors vous êtes appelée à répandre autour de vous la bonne odeur de Jésus-Christ d’une autre manière que les filles

de sainte Claire ou de sainte Térèse ; votre vertu doit revêtir un caractère sociable et prévenant. Quoique n aimant ni le monde ni les choses qui sont de ce monde, et n’aspirant qu'à plaire au céleste Epoux, vous devez cependant vous efforcer d’offrir, dans vos conversations, votre langage, vos manières, dans tout votre extérieur, le modèle d’une personne qui sait allier la simplicité et la modestie avec la culture de l’esprit et du goût; la piété, la droiture et la politesse chrétienne avec ce que les usages du monde ont de bon, de licite ou d’inoffensif.

Mais je n’ai pas besoin d’insister sur ces réflexions : ce que vous voyez pratiquer tous les jours vaut mieux que ce que je pourrais vous enseigner. Je me borne donc à cette simple exhortation : sachez, comme l’abeille intelligente, extraire du Manuel l’aliment qui vous convient, et tout en vous appropriant ce qui est de nature à vous faire avancer dans la perfection religieuse, maintenez-vous dans l’esprit de votre Institut, en ne perdant jamais de vue le but spécial auquel vous vous êtes consacrée.

De la sorte, ce précieux livre, quoique écrit il y a plus d’un siècle, et dans un pays dont les mœurs et les usages étaient bien différents des nôtres, ne laissera pas de vous être d’une très-grande utilité.

Voilà pour ce qui concerne l’usage que vous avez à faire du Manuel. Je viens de dire qu’il fut écrit il y a plus d’un siècle; en effet, il se compose de deux parties qui furent publiées successivement de 1731 à 1734. On peut juger, par un passage de la première partie (n. 24), qu’elle ne parut qu’après le bref de Clément XII sur le Chemin de la Croix, en 1731 ; mais cette première partie ayant fait vivement désirer la seconde (Voyez l’Introduction de la 2e partie), celle-ci ne tarda pas à paraître ; la correspondance du Bienheureux atteste que l’ouvrage en-

lier avait va le jour dès l’année \ 734 (Voyez lettres vm, ix, x, etc. OEuvres compl., t. I.)

Chaque partie n’étant divisée qu'en instructions ou paragraphes assez étendus, j’ai jugé bon d’en marquer les subdivisions par des titres secondaires, qui indiquent le sommaire et l’ordre des matières traitées : ce qui vous facilitera l’usage du livre et vous permettra d’y faire aisément le choix du sujet que vous voudrez méditer.

Je serais trop heureux, ma chère sœur, si cet opuscule pouvait quelque peu contribuer a vous faire avancer dans l’amour de Dieu qui adoucit tous les devoirs, et rend tous les fardeaux légers. Il servira peut-être aussi à me rappeler quelquefois à vos pieux souvenirs. Pour moi, c’est de toute l’ardeur de mes vœux, de toute l’étendue de mes affections que je n£ cesse d’invoquer sur vous et sur toutes vos sœurs, que j’appellerais aussi bien volontiers les miennes, les bénédictions des Cœurs sacrés de Jésus et de Marie. Je suis, à jamais, tout à vous,

Tournai, fête de l’Assomption 1860.

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