‹ Chemin de la croixChapitre 92 sur 153 · JE VOUS AIME · texte numérisé non relu

JE VOUS AIME

DE PERFECTION KELIGIEUSE.

Oraison jaculatoire générale.

Toutes les fois que je dirai : Mon Jésus, miséricorde, j’entends, Seigneur, au fond de mon âme exprimer et demander tout ce qui est compris dans les invocations précédentes; je veux donc formuler des actes d’offrande, de contrition, de remercîment, de louange, de demande, et d’union parfaite à votre divine majesté; je veux en même temps vous témoigner tous les sentiments possibles de l’amour le plus tendre. C’est pourquoi je répéterai cent fois et mille fois le jour cette douce et affectueuse invocation : Mon Jésus, miséricorde. Mon Jésus, miséricorde.

Oh ! quelle mine précieuse je viens de vous découvrir! Trop heureuse si vous savez l’exploiter et en profiter habilement, en vous familiarisant avec ces diverses oraisons jaculatoires, et en les répétant le plus souvent possible! C’est un moyen infaillible de devenir en peu de temps une religieuse tout intérieure et vraiment sainte ; et il suffit de se contraindre un peu pour en faire un bon usage. Que si vous n’appréciiez pas maintenant l’excellence d’un tel trésor, vous l’apprécierez plus tard ; un jour vous saurez bien me dire quelle est l’efficacité d’une intention pure et droite.

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speranda, ou ce qu il faut ESPÉRER.

L’Espérance du ciel ; — ses motifs.

32. Speranda : ce dernier mot est plein de consolation, et pour que vous en savouriez la douceur, écoutez le trait suivant. Quelques'gentilshommes étant allés rendre visite à un saint religieux, qui habitait une cellule fort sombre et se livrait à de rudes pénitences, lui en témoignèrent leur étonnement, et demandèrent comment il pouvait vivre dans un lieu pareil et supporter tant d’austérités, a Mettez-vous a la fenêtre de ma cellule, dit l’homme de Dieu, et puis je vous répondrai. » Ils le firent aussitôt. « Eh bien! ajouta-t-il, que voyez-vous? — Mais pas autre chose, répondirent les visiteurs, qu’une vieille muraille crevassée, et à travers la crevasse un coin du ciel grand comme la main. — Or, reprit le serviteur de Dieu, ce petit coin du ciel est ce qui fait toute ma consolation. Chaque fois que la tristesse s’empare de mon âme, je jette un regard vers le ciel, je pense au paradis. Ah! paradis! paradis! nom cher à mon cœur! paradis! paradis!... » Et en disant ces mots il fut comme ravi en extase. Il n’en fallut pas davantage pour déterminer ces gentilshommes à renoncer au monde et à se retirer dans ce saint lieu, pour s’y consacrer au service de Dieu.

33. Certains avis que je vous donne vous effraient peut-être. Ah! levez les yeux au ciel; voyez combien ce paradis est ravissant : il est à vous si vous prenez la résolution de vivre dans une sainte ferveur. L’espérance d’une telle récompense n’aura-t-elle aucun empire sur votre

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cœur? Faites en sorte toutefois que cette espérance soit bien fondée, et elle le sera si, a une contiance ferme dans la miséricorde de Dieu, dans sa toute-puissance et sa fidélité qui ne peut manquer, ainsi que dans les mérites de Jésus notre divin Sauveur, vous joignez une ample moisson de bonnes œuvres fécondées par la grâce, en passant le reste de votre vie dans une grande pureté de cœur et une parfaite exactitude à remplir vos devoirs.

Observance des vœux. — La Pauvreté.

34. A cette fin examinez fréquemment votre conscience, et que cet examen roule principalement sur l’observance des vœux.

Un grand écueil pour bien des religieuses, c’est la négligence à observer la pauvreté dont elles font profession. Examinez bien si vous ne retenez pas près de vous de l’argent ou autre chose, sans la permission de votre supérieure. Dites-moi, de grâce ; est-ce qu’une parole vous coûte tant? Il est certain que la supérieure ne vous permettra que ce qu’elle peut permettre ; avec cette permission vous vivrez donc en sûreté. Aussi bien, je ne voudrais pas que vous fussiez avare envers Dieu, au point de ne lui accorder que ce qu’il exige absolument; vous devez aspirer à la perfection de la pauvreté pour tout ce qui est à votre usage. Sainte ïérèse faisait tous les jours la visite de sa cellule pour voir s’il ne s’y trouvait rien qui blessât la sainte pauvreté, et tout superflu était proscrit. Faites la même chose. N’y a-t-il pas dans votre cellule des tableaux ou des gravures qui tiennent plus du profane que du sacré, avec cadres dorés? Ne s’y trouve-t-il pas des écrins précieux, un mobilier qui n’a rien à envier à l’attirail d’une personne du monde? Que vous en semble? p. m vin . 25

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votre cellule est-elle bien la cellule d’une pauvre de Jésus- Christ, ou bien la chambre d’une grande dame? Oh! quelle confusion au moment de la mort !

Mais encore n’est-ce pas assez. Supposons que votre cellule soit pauvre, et que tout ce qui est à votre usage respire une pauvreté telle quelle ; êtes-vous véritablement pauvre d’esprit? N’avez-vous d’attachement a aucune chose? Sachez que tout ce dont vous usez, vos vêtements, vos meubles, le produit de votre travail, ce que vous recevez de vos parents, de vo$ connaissances, ou les revenus dont vous jouissez, que tout cela, dis-je, appartient au couvent ; rien de tout cela n’est a vous, vous n’en avez que l’usage, et encore cet usage dépend-il de l’autorisation de la supérieure, de telle sorte que si, intérieurement, vous vous appropriez quelque chose, et à plus forte raison si vous en disposiez sans permission, vous commettriez un vol, et qui plus est, un vol sacrilège, et si la matière était grave ce serait un grand sacrilège. Examinez donc si votre cœur est détaché de tous les objets qui sont à votre usage.

Hélas! vous voulez bien être pauvre, mais vous voudriez en même temps être toujours largement pourvue en ce qui concerne la table et le vêtement, de sorte que si la nourriture n'est pas assaisonnée à votre goût, si la portion vous paraît petite, aussitôt le couvent retentit de vos murmures ; a chaque religieuse que vous rencontrez vous faites l’exposé de vos plaintes ; vous cherchez a l’entraîner dans votre parti, pour critiquer avec vous la supérieure ou applaudir a vos sarcasmes contre celle qui préside à la cuisine et a la distribution. De plus, vous prétendez que pour vous on recherche le linge le plus fin, et la plus belle laine, et plaise à Dieu qu’il ne vous faille pas aussi des couturières à la mode, pour donner plus de grâce a la taille de votre robe ! Vous tenez à paraître avec éclat et

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à briller dans votre office, en faisant tout avec pompe et avec prodigalité. Malheureuse que vous êtes, comme vous vous trompez! C’est la vouloir unir la pauvreté évangélique avec les commodités de l'opulence, ce qui n’est autre chose qu’une brillante chimère. Je voudrais qu’en parcourant ces pages vous prissiez la résolution d’imiter la bienheureuse Hyacinthe Marescotti ; en réfléchissant aux magnifiques récompenses réservées aux pauvres d’esprit, cette grande servante de Dieu se mit aussitôt à dépouiller sa chambre de tout ce qui s’y trouvait et remit le tout entre les mains de la supérieure ; puis, ayant déposé la robe quelle portait, elle voulut en prendre une vieille, usée et rapiécée, qui couvrait un cadavre.

35. Vous me direz que vous n’êtes pas de l’Ordre des Capucines, ou des filles de sainte Térèse ou de saint François de Sales, ou des Ursulines, et que la vie commune n’existant pas dans votre couvent, vous êtes obligée de vous occuper de votre nécessaire en ce qui regarde la nourriture, le vêtement et la chambre, que vous ne pouvez par conséquent vous dispenser de vendre et d’acheter, et de chercher à tirer profit du travail de vos mains pour pourvoir aux besoins de la vie. — Je réponds que si votre Institut ne comporte pas la pauvreté dans toute sa rigueur, il est toujours vrai cependant qu’il veut que vous soyez pauvre et que vous vous absteniez de ce qui serait déplacé chez une personne du monde. Or, lorsque vous étiez dans la maison de vos parents, auriez-vous porté la bassesse jusqu’à faire la revendeuse, comme vous le faites maintenant, élevant la voix et éclatant en impatiences parfois pour faire valoir vos tricots? Oh! qu’une telle manière d’agir est indigne d’une vierge, et d’une vierge épouse de Jésus-Christ! Crovez-moi, ce genre de trafic n’est pas nécessité par votre position, mais inspiré par votre avidité

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désordonnée; c’est cette passion qui vous fait travailler la nuit, même au préjudice de votre santé; c’est elle qui vous rend infidèle aux devoirs de votre charge et négligente au chœur; c’est elle qui vous fait dérober les biens du couvent, huile, pain, farine, pour les donner sans scrupule, et même les prodiguer à des parents, à des amis, et cela avec quelle permission? Précisément avec celle que la supérieure vous a refusée, que votre conscience vous conteste, et que le démon vous fait imaginer. Ah! mettez fin à un pareil désordre, et gravez-vous bien dans la tête cette résolution :

Je ne disposerai pas de la moindre chose sans l’autorisation de la supérieure.

Saint Louis de Gonzague observa cette règle avec la plus grande exactitude. Par respect pour ce saint vœu de pauvreté, il ne donnait jamais rien sans permission préalable ; il était si délicat sur ce point qu’il n’osa même pas prêter une feuille de papier à son compagnon, avant d’y avoir été expressément autorisé par son supérieur.

Examinez-vous donc sur tous ces points. Si réellement votre couvent ne pourvoit pas à votre nécessaire, comprenez que, par ce que j’ai dit, j’ai eu simplement en vue de vous prémunir contre cette maudite avidité d’acquérir et d’accumuler ; mais je n’entends pas vous interdire une sollicitude prudente et modérée pour vous procurer la nourriture, les médicaments et les autres choses nécessaires à votre entretien ; à cet effet vous pouvez vendre, moyennant les permissions voulues, pourvu que l’esprit religieux brille dans toute votre conduite , que l’argent reçu demeure entre les mains de la supérieure ou au dépôt commun, et que vous ne reteniez devers vous pour vos besoins journaliers que ce qui vous est accordé. Vous

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ferez bien de vous procurer une permission générale de donner et de recevoir jusqu’à concurrence d’une somme déterminée, et lorsque vous voudrez la dépasser vous en ferez la demande de nouveau. De cette manière, et pourvu que vous teniez votre cœur détaché de tout, vous ne serez pas frustrée de la magnifique récompense que Dieu promet aux pauvres d’esprit et qui n’est autre que le royaume éternel : « Bienheureux les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient : » Beati pauperes spi ritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.

L'Obéissance.

36. Examinez aussi comment vous avez observé le grand vœu d’obéissance, qui est bien plus précieux encore que le vœu de pauvreté, puisque par là vous consacrez à Dieu votre propre volonté, votre propre jugement, votre propre esprit; aussi est-il bien agréable à Dieu : la sainte Vierge révéla un jour à une de ses fidèles servantes que Jésus est mort avec un amour particulier pour les âmes obéissantes. Adonnez-vous donc à la pratique d’une obéissance parfaite, pratique que les saints comparent à un véritable martyre ; et en effet, si le martyre tranche la tête en bas du corps, l’obéissance tranche la tête à la volonté propre. Obéissez avec promptitude, acceptez la charge qui vous est donnée, sans réplique, sans murmure. Dites-moi : si tel office vous était confié par Marie, votre Mère, par votre saint Fondateur en personne, vous torderiez-vous tant pour l’accepter? Non, vous l’accepteriez sur-le-champ ; pourquoi donc ne voulez-vous pas l’accepter de la main de Dieu? Le bienheureux Gilles, compagnon de notre père saint François, disait qu’il y a plus de mérite à obéir à l’homme pour l’amour de Dieu qu’à obéir

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immédiatement a Dieu même. Examinez donc combien de fois il vous est arrivé de ne pas obéir promptement, ou si vous avez obéi, avec quelles complaintes et quelle mauvaise grâce vous l’avez fait. Combien de fois n'avez-vous pas offert le sacrifice de Caïn, au lieu du sacrifice d’Abel, lequel tirait encore plus de prix de l’intention que de la qualité des victimes? Je ne voudrais p3S que vous fussiez du nombre de ces religieuses à qui une chose répugne par cela seul que l’obéissance la prescrit, tandis que si l’idée de la faire leur venait spontanément à l’esprit, elles s’y mettraient avec empressement. Dieu vous garde d'une pareille obéissance, qui serait celle d’un esclave envers son maître! Ah! si vous considériez que c’est Dieu qui commande dans la personne de votre supérieure, nonseulement vous obéiriez en exécutant ponctuellement l’oeuvre prescrite, mais encoreen le faisant de bon cœur, et qui plus est, avec soumission de votre propre jugement, car la perfection de l’obéissance consiste surtout en ce que vous réputiez pour sagement ordonné ce qui vous est enjoint. Oh! que de manquements vous avez commis particulièrement sous ce rapport! Combien de fois n’avezvous pas taxé la supérieure d’indiscrétion, le confesseur de partialité ou d’inaptitude, parce qu’ils ne vous dirigent pas selon vos goûts? Vous avez tant dit et tant fait qu’à la fin vous avez contraint vos supérieurs de condescendre à votre humeur, et ainsi, au lieu d’obéir à Dieu et à vos supérieurs, vous avez voulu que Dieu et les supérieurs se pliassent à vos caprices. Soyez persuadée que ces obédiences extorquées à force de supplications et peut-être de larmes, entraînent l’âme dans l’abîme. Ne vous apercevez-vous pas que cette résistance opiniâtre à l’obéissance met le couvent sens dessus dessous? Grand Dieu ! combien de fois, pour une religieuse obstinée qui refuse

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d’obéir et ne veut faire autre chose que ce qui lui plaît, ni avoir d’autre compagne que celle pour laquelle elle a plus de sympathie, combien de fois, dis-je, ne voit-on pas l’harmonie d’une maison religieuse entièrement troublée? Mais que dirai-je de celles qui, même pour les choses les plus futiles, opposent une telle résistance aux ordres des supérieurs, que, non contentes de mettre tout le couvent en rumeur, soulèvent aussi leur famille, pour ne pas dire la ville et la contrée tout entière? Je sais une ville où, pour quelques chiens et d’autres bêtes inutiles qu’il fallut faire disparaître d’un monastère, on a soulevé tant de tapage qu’il en est résulté un grave scandale. Examinez-vous et voyez si, dans le cas que la supérieure voulût vous priver de ce petit chien, de ce chat, pour lesquels vous nourrissez une si tendre affection, vous seriez prompte à lui obéir. Que serait-ce s’il s’agissait de choses plus importantes? Obéissance, ma fille, obéissance ! Cette vertu inondera votre cœur d’une douce paix, et sans elle votre couvent sera pour vous un petit enfer. Prenez donc cette salutaire résolution :

Je me propose d’obéir en tout, dut-il m’en coûter la vie.

La Chasteté.

37. Examinez-vous sur le troisième vœu. Il est certain que la chasteté est quelque chose de si beau et de si précieux, que l’Esprit-Saint lui-même la met bien au-dessus de tous les trésors : Omnis pondercilio non est digna continentis animœ1 . Par conséquent une seule vierge, qui est vraiment vierge de corps et d’âme, vaut plus que toutes les reines du monde avec toutes leurs richesses, si

1 Eccles. 26, 20.

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elles n’ont pas cette glorieuse prérogative. Aussi la trèssainte Vierge en fit-elle tant de cas que, si elle n’eût pu être élevée à la dignité de Mère de Dieu qu’en perdant sa virginité, elle n’y eût jamais consenti. Or, si cette vertu est déjà si belle 'a ne l’envisager, pour ainsi dire, que dans son état naturel, que sera-ce, je vous le demande, si elle est unie au vœu de chasteté? Tenez pour certain qu’alors elle devient un diamant d’une pureté telle, qu’il n’y a pas sur la terre une intelligence capable d’en apprécier la valeur. Oui, soyez-en saintement fière : votre corps, tandis que vous pratiquez la chasteté, est un temple consacré a Dieu : Caste viventes templum sunt Spiritus sancti. C’est ce que répondit sainte Lucie au préfet Pascase, qui lui demandait si l’Esprit-Saint habitait en elle : « Oui, dit la sainte avec franchise, puisqu’il habite dans le cœur des vierges qui gardent une chasteté parfaite. »

Vous voyez d’après cela combien il est juste de veiller attentivement à la garde d’un pareil trésor. En conséquence, je vous recommande la mortification des sens, particulièrement des yeux. Saint Louis de Gonzague n’osait pas même les fixer sur le visage de la marquise sa mère. Et n’allez pas dire que je vous exhorte 'a des précautions trop minutieuses en vous proposant l’exemple de ce saint, car plus la vertu dont il s’agit est précieuse, plus aussi vous devez apporter de diligence a la conserver intacte. Il n’y a pas un saint Père, pas un maître de la vie spirituelle qui n’enseigne que si, en toute matière, il faut tenir compte des petites fautes, il est surtout indispensable de le faire quand il est question de la chasteté, puisque la moindre chose peut lui porter préjudice. Un coup d’œil parfois, un sourire, un serrement de main, une confidence, une expression trop tendre, suffit pour en ternir l’éclat, si pas lui donner la mort. Un saint compare

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cette vertu à un miroir fort resplendissant, qui, au plus léger souffle, devient terne et perd sa transparence. Faites donc ce que je vous recommande : mortifiez vos sens même dans les moindres choses, fermez toutes les issues, évitez toutes les occasions, aimez à vivre dans une sainte ignorance de tout ce qui est opposé a ce saint vœu, n’interrogez pas vos compagnes avec curiosité, ne lisez aucun livre qui pourrait souiller la pureté de vos pensées. Si vous êtes au parloir et que vous veniez a entendre des discours peu conformes a votre état, fuyez, de grâce, fuyez; autrement vous tomberez. La flamme noircit toujours quand elle ne brûle pas; ainsi certaines petites choses, telles qu’un regard, un présent, un propos mondain proféré ou entendu, suffisent pour noircir si elles n’en viennent pas à brûler. Ne vous y fiez pas ; croyez-en celui qui vous donne cet avis : ne vous y fiez pas.

N’allez point me dire: j’irai jusque-là et pas plus avant; — car lorsque vous vous croirez au sommet de l’échelle, vous vous trouverez au fond de l’abîme. Si vous n’avez jamais éprouvé de pareilles chutes, rendez-en grâces à Dieu, qui vous a soutenue dans sa bonté; mais ne vous y fiez pas, je vous le répète, ne vous y fiez pas. Les saints allaient s’ensevelir dans les déserts pour conserver ce précieux trésor, et vous, vous ne craindriez point de vous exposer à toutes les occasions? Vous qui êtes jeune, peut-être, qui êtes vive, comment pourriez-vous conserver votre pureté tout en fréquentant le parloir, en parlant de projets de mariage, en conversant avec les jeunes gens qui viennent souvent vous rendre visite, en écoutant ce qui ne devrait pas se dire, en souriant à des propos qui devraient faire monter la rougeur au front d’une vierge? Vous qui peut-être usez de miroir afin de faire paraître quelques cheveux, qui servent bien moins à orner

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votre visage qu a souiller le voile sacré qui l’entoure , vous qui, au milieu du parfum des fleurs, de l’ambre et du musc, adonnée à la lecture, Dieu sait de quels livres, êtes continuellement dans un danger imminent: vous, dis-je, vous vous persuaderiez de pouvoir vous conserver sans tache comme un lis? Examinez de grâce combien de fois vous vous êtes placée sur le bord du précipice ; ouvrez votre cœur au confesseur, et si vous voulez être pure, soyez sincère avec votre père spirituel, en vous accusant de tout ce que votre conscience vous reproche, de tout ce qui vous donne des remords. Au surplus, si vous aimez a vivre dans une chasteté parfaite, voici une maxime importante :

Retraite, modestie et mortification, et vous serez chaste.

Observance des autres devoirs de l’état religieux. — Examens,.

Retraite annuelle, et renouvellement des vœux.

38. Examinez- vous enfin sur vos affections, sur vos pensées et sur toutes les autres obligations de votre état. Voyez comment vous observez vos Règles, et spécialement si vous vivez dans l’union et la concorde avec vos consœurs; si vous les soulagez dans leurs besoins, si vous ne nourrissez aucune aversion dans le cœur, passant des semaines et des mois sans parler à quelques-unes et censurant leur conduite ; si vous ne portez pas envie à celles qui brillent au-dessus des autres, ou qui réussissent mieux dans l'accomplissement de leur office, et surtout si vous ne déchirez pas leur réputation, en vous introduisant dans les cellules pour rapporter ce que fait celle-ci et celle-là, au grand détriment de la charité. Que serait-ce si l’on avait sujet de dire de vous, qui faites la sainte, que

vous êtes pire que les autres, puisque vous avez une langue qui, en faisant semblant de lécher, suce le sang? Soyez donc humble envers tout le monde, cédez facilement, habituez-vous à parler avec douceur; une parole douce peut remédier à cent maux.

Or, sur tous ces points, examinez-vous souvent, au moins deux fois le jour; faites cet examen de conscience après le dîner ou après vêpres, et le soir avant de vous coucher. Il ne demande p3S beaucoup de temps. Mettezvous en la présence de Dieu et jetez un coup d’œil rapide sur les actions de la journée; si vous vous reconnaissez coupable devant Dieu, faites-en un acte de contrition qui parte du fond du cœur, et formez une fervente résolution de vous amender, en demandant le secours de Dieu pour ne plus retomber. Si vous tenez de la sorte votre âme toujours en bon état, y aura-t-il personne de plus heureux que vous? Alors vous aurez confiance en Jésus, alors vous serez admise aux colloques les plus amoureux, les plus intimes avec son divin Cœur.

Je vous conseille aussi de faire tous les ans les Exercices spirituels de saint Ignace, et à la fin de ces Exercices de faire une confession annuelle, puis le renouvellement des vœux de la manière suivante :

O Jésus, mon Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, me voici prosternée aux pieds de votre adorable majesté ; bien que je sois la créature la plus vile et toute remplie de misères, je confesse néanmoins que vous m’avez comblée de bienfaits, et que vous m’avez particulièrement favorisée en m’appelant à l’état religieux, et en me mettant par ce moyen au nombre de vos épouses, malgré mon indignité. Quoique je sois tout a fait incapable de

vous remercier d’une telle faveur, je vous en rends grâces autant qu’il est en mon pouvoir et avec les sentiments de la plus vive reconnaissance; je professe que je vous suis infiniment obligée, et je voudrais avoir les cœurs de tous les hommes et de tous les anges pour vous le témoigner dignement.

Je m’estime heureuse en religion, et me félicite mille fois d’avoir embrassé ce saint état ; si je ne l’avais pas encore fait, je le ferais volontiers maintenant ; je proteste même et j’affirme dans la sincérité de mon âme que si j’étais maîtresse de mille mondes, et que je fusse libre de jouir, en restant séculière, de toutes les satisfactions et de tcttis les plaisirs imaginables, j’y renoncerais et je les abandonnerais de bon cœur pour venir, ô mon Dieu, me dévouer à votre service dans cette sainte retraite. Afin de vous manifester de plus en plus mes sentiments, et de vous découvrir le fond de mon âme, voici qu’en votre adorable présence, en présence de la bienheureuse Vierge Marie, de mon Ange gardien et de toute la cour céleste, moi, Sœur N..., votre indigne servante, je renouvelle et confirme ma profession religieuse ; je reviens me consacrer à vous en renouvelant mes vœux et en vous promettant d’observer, tout le temps de ma vie, la pauvreté, la chasteté, l’obéissance (et la clôture perpétuelle) ; et tout cela, j’entends le faire avec un dévouement tel que si j’avais cent mille cœurs, cent mille volontés et cent mille vies à

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vous donner, je vous les donnerais volontiers, je vous les consacrerais sans réserve par la profession religieuse, à vous qui êtes mon souverain Bien ; je voudrais pouvoir signer cette intention de mon propre sang et la répéter autant de fois à chaque moment qu’il y aura d’instants dans toute la durée de l'éternité.

Telle est ma volonté, dans laquelle je veux vivre et mourir. Mais comme ma faiblesse et mes misères sont si grandes, qu’elles pourraient avec le temps ébranler ma résolution, j’ai recours à vous, ô Vierge sainte ! et je vous prie de daigner prendre sous votre protection, et ma profession religieuse et cette bonne volonté que j’émets, afin de me la conserver ferme, stable et persévérante jusqu’à mon dernier soupir. Agréez, auguste Mère de Dieu, ces bonnes dispositions et donnez-moi votre sainte bénédiction. Nos cum Proie pia bene dical Virgo Maria .

Que vous serez heureuse, si tous les ans, vous faites, avec recueillement etavec ferveur, vos Exercices spirituels, ainsi que le renouvellement des vœux et de la profession religieuse, en disant avec le saint roi David : Dixi , nunc ccepi1! Laissez venir la mort quand il plaira à Dieu, je suis certain quelle ne vous fera point peur.

La conformité parfaite à la volonté de Dieu.

39. Si vous voulez encore mieux vous affermir dans le bien et jouir d’une paix profonde , de telle sorte que le

1 Psal. 76, 12.

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cloître vous serve de noviciat pour le paradis, faites attention au dernier avis que je vais vous donner et qui mettra le sceau a tout ce qui a été dit précédemment; gravez-le bien avant dans votre cœur et ne l'oubliez jamais.

Un religieux , chez qui d’ailleurs on ne remarquait aucun signe extraordinaire de sainteté, faisait beaucoup de miracles, ce qui n’étonnait pas peu ses confrères. Un jour l’abbé le prit en particulier et lui dit confidentiellement qu’il voulait savoir ce qu'il faisait pour être digne d’opérer tant de merveilles : « Mon père, répondit-il, comme vous le voyez, je vais au chœur avec mes confrères, de même au réfectoire et à tous les autres exercices de la communauté, et je ne fais rien de plus que ce que font les autres ; s’il fallait vous en dire davantage, je ne le pourrais pas. » L'abbé reprit alors : « Avez-vous été troublé l’autre jour en apprenant le dommage que notre monastère a essuyé de la part d’un tel, notre ennemi? — Oh! quant à cela, nullement, répondit le religieux. Dieu me fait cette grâce de ne me troubler de rien : j’envisage tous les événements comme étant réglés par Dieu même ; ce qui lui plaît me plaît aussi; ce qu’il veut, je le veux pareillement, et de la sorte je vis en paix. — Continuez, mon frère, lui dit l’abbé; vous avez pris la bonne voie, et priez aussi pour moi. »

Voilà en quoi consistait la grande sainteté, et la sainteté cachée de cet humble religieux : une conformité parfaite, une entière résignation à la volonté de Dieu. Il faudrait avoir l'intelligence d’un ange pour exprimer l’excellence de cette céleste vertu, qui nous rend si heureux en cette vie et dans l’autre. Si vous voulez que votre couvent se change en un paradis sur la terre, ne cherchez pas d’autres moyens que celui-là.

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Pratique et exercices de conformité à la volonté divine pendant la vie et à la mort.

40. Mais je vous entends venir : — « Mon père, vous ne savez pas tout ; la supérieure m’en fait par trop passer : pour moi, plus de justice ; pour moi, la charité est morte ; je suis persécutée au dehors, tracassée au dedans ; ah! dans quel enfer je me trouve 1 »

Eh quoi I vous vous en étonnez ! Aussi longtemps que vous ne vous serez pas conformée a la très-sainte volonté de Dieu, vous éprouverez plus d’un enfer à la fois. Jugez de là combien il importe que vous vous exerciez à la vertu dont nous parlons. Afin donc que vous touchiez du doigt les fondements solides sur lesquels une âme doit asseoir sa résignation, vous saurez que c’est un arlicle de foi incontestable que tout ce qui n’est pas péché, Dieu le veut d’une volonté véritable, réelle, et infaillible; quant au péché, quoiqu’il ne le veuille pas, parce qu’il ne peut pas vouloir le mal moral, il le permet néanmoins, c’est-àdire que pouvant l’empêcher, il ne veut pas l’empêcher, à cause des fins qu’il a en vue. Ainsi il permettait le péché des bourreaux, en les laissant tourmenter les martyrs, à cause du bien qui en résultait pour les saints euxmêmes. Or, ce principe posé, prenez qu’il vous arrive un accident quelconque : je vous demande si c’est un péché. — Non. — Par conséquent il est certain que Dieu le veut; vous n’avez pas à contester. Ce qui plaît à Dieu pourrait-il vous déplaire? — Si c'est un péché vous devez encore vous résigner, parce que Dieu le permet. Par exemple, vous voyez qu’une de vos sœurs manque en quelque chose ; son manquement doit vous déplaire, comme une chose qui déplaît à Dieu; mais s’il vous en revient quelque désagrément, ce désagrément doit vous

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être cher, comme une chose que Dieu veut; peut-être estce là la tin pour laquelle il a permis ce manquement.

Oh! quel puissant motif de dilater votre cœur et d’y laisser couler un océan de paix ! Que jamais plus donc je ne vous entende ouvrir la bouche pour vous plaindre. Tout ce qui arrive, arrive par la volonté de Dieu, et quand je dis tout, n’excluez rien ; les maladies, les ennuis, les tentations, etc., c’est Dieu qui veut tout cela. Que s’il s’agit d une chose commandée par les supérieurs ou par la règle, à plus forte raison faut-il y voir la volonté de Dieu nettement déclarée.

Concluons donc. Où veux-je en venir avec cette doctrine? Le voici : c’est que vous en finissiez une bonne fois avec vous-même et que vous fassiez enfin rentrer le calme dans ce cœur qui est toujours battu par la tempête ; pour cela offrez-vous tout entière en sacrifice à Dieu, pour ne jamais plus vous échapper de ses mains, et quoiqu'il arrive, persuadée que Dieu a disposé toute chose pour votre plus grand bien,, dites en vous-même :

Dieu le veut ainsi, je le veux pareillement.

Voilà le moyen de vivre en paix. Mais descendons encore davantage dans les applications pratiques t car mon but dans cet écrit est de vous préciser si bien les choses que vous n’ayez plus qu’à mettre la main à l’œuvre. Je désire que vous soyez totalement résignée à la volonté de Dieu, non-seulement pendant la vie, mais même à la mort; habituez-vous donc à faire, soir et matin, un acte formel de résignation ; en voici un que je voudrais voir imprimé en lettres d’or sur les murs de votre cellule, de telle sorte que vous l’eussiez constamment devant les yeux :

Domine , fiat in me, de me , circa me , et circa mea

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omnia , sanctissima, reclissima, perfectissima, ado rabilissima et amabilissima voluntas tua , mmc deinceps in æternum. Amen .

C’est-'a-dire :

Que votre très-sainte, très-juste, très-parfaite, très-adorable et très-aimable volonté, Seigneur, s’accomplisse en moi, sur moi, par rapport à moi et à tout ce qui me concerne, maintenant et pendant toute l’éternité. Ainsi soit-il.

41 . Répétez souvent ces paroles en entrant dans les sentiments quelles expriment, mais particulièrement le matin et le soir : le matin après l’acte d’offrande proposé ci-dessus, num. 29, et le soir a la suite d’un excellent exercice que je vais vous enseigner; cet exercice, que pratiquait mon glorieux protecteur saint Pierre d’Alcantara, est quelque chose de divin„ c’est un moyen des plus efficaces pour vaincre la tiédeur et porter une âme à travailler à sa sanctification. Si vous vouiez le connaître , le voici. Le soir, après avoir jeté de l’eau bénite sur votre lit, aussitôt que vous êtes couchée et avant de vous laisser aller au sommeil, prenez la position que vous aurez dans le cercueil, faites vos protestations de foi, d’espérance, de charité et de contrition ; puis recommandez votre âme a Dieu, comme si vous étiez sur le point d’expirer, en répétant trois fois : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains; »et avant d’expirer, car vous vous figurez toujours que vous êtes au moment de rendre votre âme à Dieu, dites ces paroles : Domine, fiat in me , etc. Enfin récitez un De profundis pour votre âme, comme si vous étiez déjà morte, afin que Dieu vous le tienne en réserve pour le p. ju. vin. 26

MAXIMES GÉNÉRALES

moment où cette supposition se changera en réalité ; et reposez-vous avec l’intention que tous les battements de votre cœur durant le sommeil soient autant d’actes de conformité a la volonté divine.

Voilà le moyen d’acquérir des mérites même en dormant, et ce qui est plus important, de faire une sainte mort. Aussi je vous supplie de ne jamais oublier ce pieux exercice; commencez-le dès ce soir; car si vous aviez le bonheur d’expirer en proférant de cœur., ne pouvant plus le faire de bouche, ces belles paroles, je suis d’avis que vous iriez tout droit en paradis. Et je ne $uis pas le seul à le dire, le vénérable Pierre de Blois, auteur très-respectable et qui jouit d’une grande autorité, dit aussi que celui qui, à l’article de la mort, fera un acte de résignation pleine et entière à la très-sainte volonté de Dieu, non-seulement sera délivré de l’enfer, mais ne touchera pas même au purgatoire, eût-il commis d’ailleurs tous les péchés du monde. Voici ses propres termes : Hoc si facere potuerit ipse, neque infernum , neque purgatorium subibit, etiamsi totius muncli peccata commisisset* . Eh bien ! qu’en ditesvous? N’êtes-vous pas disposée a embrasser cette pratique si sainte, si salutaire, de l’abandon à la volonté de Dieu? Souffrez donc que je termine ces instructions en répétant ces suaves paroles qui embaument jusqu’aux lèvres de celui qui les profère :

Domine, fiat in me, de me, circa me et circa mea omnia , sanctissima, rectissima, perfectissima, adorabilissima et amabilissima voluntas tua, nunc et deinceps in œternum. Amen.

Si vous jugez que je vous aie rendu quelque service en vous exposant ces vérités si salutaires, attendez pour

1 Blos. De consolatione pusil. cap. 34, § 2.

DE PERFECTION RELIGIEUSE. 307

m’en remercier, jusqu’au jour où nous nous retrouverons en paradis. En attendant, priez pour moi.

Avis.

Si Dieu vous touche le cœur tandis que vous lisez ces pages et que vous espériez quelque profit à les relire de temps en temps, je vous conseille de le faire au moins trois ou quatre fois par an. spécialement pendant les retraites, afin que vous y puisiez un stimulant pour mener une vie fervente et faire une sainte mort.

Après avoir lu ce petit écrit , l’illustrissime et révérendissime archevêque de Florence, monseigneur Thomas Bonaventure délia Gherardesca y apposa de sa main l’approbation suivante :

Heureuses les religieuses qui liront ces pages avec attention et tâcheront de mettre en pratique les instructions qu'elles renferment! Elles jouiront infailliblement du paradis en cette vie et après leur mort. Il serait bon qu’on en tirât un grand nombre d’exemplaires pour les répandre dans tous les couvents.

MANUEL SACRÉ

SECONDE PARTIE

DE LA MANIÈRE DONT UNE RELIGIEUSE DOIT ^ACQUITTER DE SES PRINCIPALES ACTIONS ET DES CHARGES QUI LUI SONT CONFIÉES.

Si la retraite dans laquelle je me trouve, loin du bruit des missions et du tumulte de la foule, si le calme profond dont je jouis 'a l’ombre de ces rochers solitaires me fournit l’occasion favorable de secouer la poussière que l’on contracte toujours, plus ou moins, en conversant avec le monde, il me porte aussi à ne pas perdre de vue le bien du prochain ; c’est pourquoi je consacre les moments de loisir que me laissent mes autres occupations à consoler et à satisfaire les religieuses qui, à la lecture de la première partie du Manuel sacré, ont conçu une ferveur plus qu’ordinaire, accompagnée de la généreuse résolution de s’appliquer a l’avenir avec la plus grande sollicitude a leur avancement spirituel. Saintement avides d'une nourriture plus abondante, elles voudraient, pour ainsi dire, que le pain leur fût coupé par petits morceaux, et que les maximes générales quelles ont méditées dans la première par-

DES ACTIONS PRINCIPALES

tie fussent réduites en pratique et mises a la portée de leur faiblesse, de manière à voir toute leur conduite réglée jusque dans les moindres détails. — Heureuse, se disentelles en elles-mêmes, heureuse celle qui saurait, par rapport a chacune de ses actions, quelle est la volonté de Dieu! Heureuse celle qui aurait toujours a ses côtés un ange gardien qui à chaque pas lui insinuât : faites maintenant telle chose, et faites-la de telle et telle manière! Oh ! quelle paix, quelle consolation elle goûterait au fond du cœur! — Eh bien ! voici justement l’ange gardien que vous désirez; ce petit livre vous servira de guide spirituel dans toutes vos actions ordinaires, et vous suggérera la manière pratique et facile de les élever au plus haut degré de perfection. En effet, de même qu’il n’y a pas de plus grand poison de la vie spirituelle que d’agir a la hâte, par une certaine routine, et avec indolence ; ainsi la route la plus courte et la plus sûre pour arriver promptement à la perfection, c’est de donner à toutes nos actions cet esprit de vie qui les annoblit, et dont une âme unie â Dieu a coutume de les animer.

Oh! quel vaste champ s’ouvre devant vous, et quelle source de délices ! Désormais, non, vous n’aurez plus d’excuse si vous ne vous appliquez pas tout spécialement à cultiver votre âme. Je vous offre, dans cette seconde partie du Manuel sacré, le modèle, si pas de tous (la matière serait par trop vaste) au moins des principaux actes de la vie religieuse : vous trouverez ici exposé en détail tout ce que vous avez à faire du matin au soir, et comment vous devez vous comporter dans les divers offices dont vous pouvez être chargée, afin de vous en acquitter convenablement et avec fruit. En un mot, vous aurez dans ces quelques pages un directeur qui ne vous coûtera rien.

DUNE RELIGIEUSE

Agréez ces instructions avec les mêmes dispositions dans lesquelles elles vous sont offertes. Vous les trouverez divisées en paragraphes ; lisez-les posément et avec attention, et priez pour celui qui vous les présente.

Remarquez que les exemples que vous trouverez dans ce volume sont tous empruntés à des auteurs approuvés, et rapportés très-fidèlement. Tâchez d’en faire votre profit.

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