HISTORIQUE ET ORIGINE
Dans l’espèce caprine, nous connaissons une race très répandue dans le monde entier et bien connue au point de vue de sa laine et au point de vue de sa chair : c’est la « Chèvre d’Angora » ou mieux « Chèvre Mohair ».
L'histoire de cette race caprine est très ancienne. Après de sérieuses recherches et des études approfondies, on a établi qu'elle vivait déjà il y a vingt-quatre siècles en tous territoires de l’Asie. Mais depuis quelque cent ans, l’origine a été âprement discutée par plusieurs auteurs, spécialistes en ces questions : pour les uns, cette race a son origine en Asie Mineure; pour les autres en Asie Orientale.
Avant d'aborder notre étude, nous voulons faire une histoire détaillée de cette origine, car c'est là une question importante restée longtemps dans l'obscurité. Dans nos recherches, nous n'avons pas trouvé un document certain prouvant que l’origine de la Chèvre d’Angora soit l’Asie Mineure. Même dans la célèbre géographie de Strabon, il n’y à pas un mot relatant cette origine que lui attribuent pourtant quelques auteurs, on l’a trouvée en effet, dans toute l'étendue de l'Asie et plus particulièrement au Thibet, en Tartarie, en Arménie, en Chine, au Caucase, en Perse, etc.
Cette race s’est répandue dans l’Asie Mineure avec les
organisateurs turcs, fondateurs de l'Empire Ottoman, aux XIe et XIT° siècles.
L'histoire de la Turquie et l’histoire des Turcs sont remplies de manuscrits en faveur de notre thèse, c'est-à-dire prouvant que la race a été importée par les Turcs en Asie Mineure avec d'autre bétail de l’Asie Orientale.
La dénomination de « Chèvre d’Angora » qui lui a été donnée n'indique donc pas son origine, et nous avons plus d’une raison militante pour cette idée.
1° D'abord, la chèvre originaire d'Asie Orientale n'a pas les mêmes caractères physiques et physiologiques que ‘a Chèvre d'Angora (Asie Mineure);
2° Puis, les climats de l'Asie Mineure, d'une part, et les soins donnés par les paysans turcs, d'autre part, favorisèrent l'amélioration de la race;
3° Ensuite, la Chèvre d'Angora n'a pas quitté la’ Turquie avant le XVIT° siècle ; elle était donc inconnue en Europe avant cette date et ce n’est qu'avec la première importation que les Européens lui ont donné son titre;
4° Enfin, la Chèvre originaire d'Asie Orientale est actuellement dégénérée par suite de l'abandon de l'élevage scientifique et de son croisement avec des races très ordinaires.
Nous soutenons donc que la Chèvre d'Angora est la descendante de la Chèvre sauvage d'Aegagre (Aegagus) ou à Bezoard. Cette chèvre sauvage habite les montagnes d’une immense région que limitent le Caucase, le Sinoh, les monts Suleiman et le Col Balan. Elle est bien répandue en Arménie, dans l’Arrarar, autour du mont Taurus et dans les îles de Crète et de Cyclades.
I y a un siècle environ la Chèvre d'Angora, sans rivale
étrangère, tira vers elle la bourse commerciale mondiale, l'exportation de sa laine (ou mohair) devenant pour la Turquie une de ses plus grandes richesses.
À partir de 1830, des entreprises étrangères furent organisées et la Chèvre d’Angora quitta son pays, mais grâce à sa puissance assimilatrice, elle n'eut aucune peine à s'acclimater aux autres pays et elle se multiplia d’une façon prodigieuse. Actuellement, on trouve environ trois fois plus de ces chèvres à l'étranger qu'il en existe en Turquie:
Avant son exportation de l’Asie Mineure vers l'étranger, on attachait, en Turquie, une grande importance à son élevage. On faisait, d’une part, l'exportation de la laine à l’extérieur, tandis que, d’autre part, à l’intérieur du pays, l’industrie du lainage prenait chaque jour une extension plus grande.
Cette industrie comportait des branches diverses notamment la tapisserie, la bonneterie, la ganterie, la maroquinerie, etc... À cet effet, il existait à l'époque, à Angora et aux environs, plus d’un millier d'usines, desquelles il ne reste actuellement qu’un nombre tout à fait restreint.
Cette décadence s'explique aisément par l'exportation de la race primitive à l’étranger et les rivales qu'elle y rencontra. De plus, les guerres continuelles qu’il y eut en Turquie amenèrent à la fois l'abandon de cette industrie textile prospère et celui de l'amélioration de la race étudiée, — bientôt les fabricants fermèrent leurs usines.
Nous pouvons souligner que Ïa République Turque actuelle, après une lutte de plusieurs années, a entrepris d’accroître le cheptel de « Chèvies d'Angora », et elle demande le concours d'hommes compétents pour l’accomplissement de ses projets.