‹ Chez les anglaisChapitre 14 sur 29 · MARY, OSMOND · texte numérisé non relu

MARY, OSMOND

MARY, près de se retirer.

C’est juré, n’est-ce pas, mon cher Osmond... tu vas donner cette lettre au prince Jacques? Et

JACQUES I«U

puis, tu lui diras que cette dame sera ici dans une demi-heure. Tu m’aimes , je compte sur toi ; répète, pour voir si tu n’as rien oublié.

O S M O N D , imitant moqueusement la voix de Mary.

Osmond, tu m’aimes, mon cher Osmond.. . donc, tu vas déraciner la grosse tour du château de Windsor, et la porter sur tes épaules jusqu’à

Londres. (Avec une compassion affectueuse.) Ce que tu me

demandes est tout aussi facile, pauvre Mary.

MARY

Mais je t’ai dit qu’il s’agit d’une vieille dame qui n’a pas embrassé son neveu depuis dix-huit ans! tu n’es pas homme à la laisser mourir sans qu’elle le voie une dernière fois. Ne crains rien, j’accompagnerai l’étrangère. Ah ! si tu voulais bien !...

OSMOND, ébranlé-

Faire tenir une lettre au prisonnier, passe encore... mais introduire quelqu’un auprès de lui, c’est dangereux, et d’ailleurs impossible, (se ravisant.) Du moins, si c’était cette nuit que l’on célébrât le mariage de Jeanne de Beaufort avec ce prétendu mystérieux dont personne ne sait le nom, peut-être pourrions-nous essayer de profiter du moment où tout le monde serait dans la chapelle...

MARY, vivement.

Ah!... eh bien, le mariage de madame Jeanne doit justement être célébré cette nuit; je te prends !

JACQUES I«

OSMOND

Non, Mary, non, c’est moi au contraire qui te prends. Ton service le retiendra auprès de la mariée, et tu ne saurais dès lors accompagner l’étrangère, comme tu dis.

MARY

Et si lady Jeanne m’avait donné congé ?

OSMOND

Je n’en crois rien ; cependant, veux-tu me dire la cause du grand intérêt que je te vois prendre soudain envers la tante du prince Jacques? En somme, tu dois la connaître à peine, et tu nous mets tous en danger pour elle.

MARY, avec embarras.

Oh! c’est une longue histoire et je raconte mal. Voici le fait: mon père... mon père est mort, comme j’étais encore toute petite... mais je l’ai bien connu, Osmond...

OSMOND

Tu étais une enfant précoce; il y a beaucoup de grandes demoiselles qui n’en pourraient pas dire autant.

MARY, très vite.

Ainsi tu comprends qu'il ne m’est pas permis de rien refuser à cette dame.

OSMOND

Je ne comprends pas cela du tout. Mais je comprends que tu as la bouche la plus rose, le nez le

JACQUES I<=r.

plus droit, et les plus doux yeux du monde. Quand tout cela sera-t-il mon bien? J’ai beau jeu à être jaloux, ne t’entrevoyant que trois fois par mois.

MARY

Vous voyez qu’il dépend de vous de me revoir plus souvent... dans une demi-heure, si cela vous plaît.

OSMOND

Est-ce assez honteux pour un homme de mon âge, d’obéir à une folle du tien ?

MARY

Je t’aime.

OSMOND

Parce que je fais toujours ce que tu veux.

MARY

Non, je t’aime parce que tu es bon, fort et brave... quoique geôlier. Embrasse-moi, et bonsoir.

OSMOND

Ne crains-tu pas d’être rencontrée dans l’escalier ?

MARY

Comme l’on nous sait fiancés, je ne vois guère que Digby qui s’amuse à me suivre.

OSMOND

Qu’il prenne garde ! autrement, j’en aurai bientôt fait l’animal le plus étrillé de toute l’Angleterre !

JACQUES Ier.

MARY

Il n’aura pas besoin de toi pour cela... et avant

demain. (Elle lui envoie un baiser, et sort.)

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