LE TABAC
Dans toute l’Afrique centrale, le tabac croît à l’état sauvage. Depuis la côte jusqu’à Boukouté, le district équatorial, dans toutes les tribus, hommes et femmes fument. Vers l’intérieur, la coutume devient moins générale. On fume dans des pipes de formes diverses, avec des fourneaux en terre, en roseau, en corne d’élan, en courge, en tige de bananes et même en fer et en ivoire. Chaque tribu se prévaut d’une pipe de forme distincte. Le fumeur avale sa fumée, et après deux ou trois aspirations profondes, la pipe est généralement passée au voisin.
On se contente de cueillir et de faire sécher les feuilles de tabac. Sur la rive nord du Congo, en face de Loukoléla, les feuilles sont saturées d’urine, roulées et liées quelque peu à la façon du périqué d’autrefois.
Parfois, l’indigène creuse une légère excavation dans le sol et y dépose une longue tige d’herbe de telle manière que les extrémités dépassent un peu chaque bord. Il remplit de terre molle l’excavation et retire doucement la tige d’herbe qui laisse une sorte de canal à direction semi-circulaire. A l’une des extrémités il place une feuille de tabac avec un tison ardent, et, chacun à son tour, les fumeurs se baissent et viennent
tirer une bouffée par l’extrémité libre. Cette façon de fumer est celle que pratiquent les fumeurs en marche, évitant ainsi d’ajouter à leur marche le supplément de poids d’une pipe. Quant au tabac, on en a toujours des feuilles sauvages à la portée de la main.
Les naturels du bas Congo fument le chanvre sauvage (liamba) avec de tristes résultats. Cette pratique, du reste, n’est pas très répandue et elle est d’origine relativement récente. Par contre, dans cette même région, les indigènes prisent; ils sèchent les feuilles de tabac au-dessus d’un feu, les écrasent dans les mains et mêlent la poudre aux cendres blanches d’un feu de bois dur. C’est sur une lame de coutelas qu’ils s’appliquent le plus souvent la prise aux narines. A Loukoléla, hommes, femmes et enfants sont des fumeurs invétérés. Ils emploient une pipe de métal avec un tuyau dont la longueur atteint huit ou neuf pieds.
Le procédé qui consiste, pour obtenir du feu, à frotter deux bâtonnets l’un contre l’autre est difficile et lent. Aussi, quand les indigènes se mettent en route, l’un deux est toujours chargé de porter un tison dont on prend le plus grand soin et dont le bout ardent est tourné vers le corps.
CHANTS (i)
Les indigènes du Congo possèdent, un sens naturel de la mélodie. Ils entonnent volontiers des chants d’une nature primitive, toujours monotones et sans grande variété. En général, l’homme chante seul une sorte de couplet et le refrain est repris par les femmes. Il est assez vraisemblable que les chants des pagayeurs et même les mélopées funèbres doivent leur origine à une espèce d’oiseaux chez lesquels le mâle exécute un solo, dont les dernières notes sont répétées par les femelles. Les tambours sont à peu près le seul accompagnement musical. Les paroles des chants indigènes ont un caractère improvisé et tendent à ridiculiser les défauts et les travers des uns et des autres.
Les voix des hommes sont mélodieuses et musicales; les voix des femmes, au contraire, sont fréquemment criardes, perçantes et fausses.
(i) Je tiens à remercier ici mon ami M. Raymond Woog qui a bien voulu transcrire les deux chants de pagayeurs africains de la page 272.
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