LE CHANT DE KORNELÏ
(Y DYMEM POZAROWj
Avec le sang, le feu des incendies,
Vers toi, Seigneur, montent nos cris fiévreux;
Clameur terrible et justes frénésies
Devant des faits à blanchir les cheveux !
Nous n'avons plus de chants sans plainte amère;
Nous vivons la lance dans le sein ; Vers toi, Seigneur, monument de colère,
En priant se dresse notre main.
Ah ! que de fois ta verge meurtrière Nous a frappés! Mais saignant de tes coups Nous répétons : C'est Dieu, c'est notre père, Et de son front tombera le courroux.
Et de nouveau nous reprenons courage,
Mais Satan nous brise par ton vœu ; Il rit de nous, il nous jette l'outrage;
Nous disant : Où donc est votre Dieu?
Et vers le ciel nous nous tournons, en peine, Pour voir si Dieu ne tonne point là-haut; Silence; au sein de la céleste plaine Comme toujours passe libre l'oiseau.
Alors en proie aux plus horribles doutes,
Avant d'être à la Foi resoumis, Nous blasphémons; Père qui nous écoutes,
Juge-nous par le cœur, non les cris!
Seigneur, Seigneur! Scandale de la terre,
Le temps vomit des actes inhumains;
Pères et fils se font cruelle guerre;
Nous ne vivons qu'entourés de Caïns.
Les malheureux! sont-ils vraiment coupables?
Bien qu'ils aient reculé l'avenir, D'autres ont l'ait leurs crimes exécrables :
C'est la main seule qu'il faut punir.
Vois, dans nos maux nous demeurons les mêmes
Par la prière, en ton azur béni,
Nous remontons à des calmes suprêmes,
Comme l'oiseau lassé qui rentre au nid.
Que sur nos cœurs ta grâce se déploie;
Remplis-les de saintes visions; Fleurs du martyre, embaumez notre voie,
Épanchez vos roses sur nos tronts!
Alors avec le grand Archange en tête Nous irons, tous, combattre l'oppresseur >Et sur son corps renversé, jour de fête, Nous planterons notre drapeau vainqueur.
Frère égaré, nous t'ouvrirons notre âme!
Tes erreurs Liberté lavera Et nous dirons à Satan, à l'infâme :
Toujours Dieu fut, il est et sera.
Imité du poète C. Ayujeski, tué dans l'insurrection polonaise de 1863 et écrit pour M. Ladislas Mickiewigz.