LE POÈTE
Et toutes au buissou où l'une d'elles fouille D'accourir, on regarde, on tâte, on s'agenouille, Et tandis que le bruit grossit de plus en plus Un serpent long et vert sort des rameaux touiïus.
— Un serpent, un serpent! à l'aide, ô malheureuses! — Et vite bien au loin s'échappent les peureuses
Et voilà que le ciel sur-le-champ fond en eau Et d'une grande pluie inonde le troupeau. L'une va poussant l'autre effarée et plaintive; Celle-ci glisse et puis celle-là tombe, arrive Une troisième, hélas! qui pose les genoux Et les mains et le* pieds sur celle de dessous.
L'une est de bas en haut pleine de fange impure,
L'autre porte à ses reins plus d'une meurtrissure.
Adieu les fins bouquets, leur parfum, leur couleur!
La divine moisson a perdu sa valeur ;
Elle jonche le sol ; la déroute est complète;
A regarder derrière aucune ne s'arrête,
Et la plus heureuse est celle qui court le mieux
Et moi qui restais là, poète curieux,
A suivre du regard la troupe vagabonde,
Sans m'en apercevoir, j'étais trempé par l'onde.
Traduit de Franco Sacchetti.