‹ Chez nos vieux; tableau de moeurs campagnardes belges, un acteChapitre 5 sur 14 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LES MÊMES plus BENOIT.

BENOIT, (poussant la porte).

A tous, bien le bonsoir! Bonsoir Nicolas!

NICOLAS

Bonsoir.

MAN GUiTE, (à part).

Voilà le garde-champêtre à présent!...

BENOIT

Ah, Man Guite!... et vous Mamzelle!... (apercevant le curé). Ah! Monsfeur le Curé! j'vous demande pardon...

LE CURÉ

Bonsoir, Benoît, quelle nouvelle?

BENOIT

Les v'ià toutes, Monsieur le Curé! (à Nicolas.) Je v'nais en chercher!

NICOLAS

Comment ça?

BENOIT, (à man Giiite).

Et l'gamin? {silence, à Nicolas...) et l'gamin?

NICOLAS, (tournant le dos pour s'occuper de l'une ou l'autre chose).

Va bien! Il est soldat, tu sais?

BENOIT, (suivant Nicolas).

Parbleu! C'est pas d'aujourd'hui!

MAN GUITE

Il est en manœuvres pour le moment...

BENOIT, (se dirigeant vers man Guite, tirant sa montre et la tenant en mains).

Il est en retard à ce que je vois...

NICOLAS

Que dis-tu?

BENOIT, (se dirigeant vers Nicolas).

Qu'il est en retard! (un temps, au curé.) C'est bien ce soir, hein?

NICOLAS, (bas, à man Giiite).

Robert sera furieux, tu verras!... c'est de ta faute!

BENOIT, (à Nicolas).

C'est bien ce soir, hein?

NICOLAS

Qu'est-ce que tu racontes là?

BENOIT, (tout à fait stupéfait).

Quoi? (le curé est visiblement contrarié).

MAN GUITE

Que nous veux-tu?

NICOLAS

Mais oui?... que nous chantes-tu?

BENOIT

Le refrain de Monsieur le Curé qui est allé dire partout et à qui voulait l'entendre que Robert nous arriverait aujourd'hui vers cinq heures, pour quelques minutes seulement; qu'il avait écrit une belle lettre à Nicolas Delner; que personne n'en pouvait rien dire; que Robert avait été son meilleur enfant de chœur et pata-ti et pata-ta!

BLANCHETTE, (scandaiit, au curé).

Accusé, levez-vous!

LE CURÉ

Benoit exagère..

BENOIT, (vivement).

Ah, sur l'honneur, Monsieur le Curé!...

BLANCHETTE, (chantonnant).

Allez-y champêtre, vous avez raison!

LE CURÉ, (embarassé).

J'ai dit... oui... j'ai dit... (résolument) aussi je ne m'en cache pas! comment donc!

BLANCHETTE

Qu'avez-vous dit? Répondez, vous avez la parole!

BENOIT

Un bon conseil, Monsieur le curé : vous allez patauger dans des p'tits péchés véniels qui ne vous irons que tout juste! A mon avis mieux vaudrait...

BLANCHETTE, (interrompant).

... se fermer délicatement la... (elle fait le geste de se coudre les lèvres.) et ne plus l'ouvrir...

NICOLAS

Nous allons nous fâcher, Blanchette!

MAN GUITE

A-t-on jamais vu pareille effronterie?

LE CURÉ, (froissé).

Les enfants ne savent pas le mal qu'ils vous font!... Les cheveux blancs eux-mêmes ne les arrêtent pas!

BLANCHETTE, (émiie, caluie).

Pardon, mon cousin, c'est sans le savoir... (elle l'embrasse) là! n'en parlons plus! (lui frappant les joues) Ronronne, cousin, fais le gros dos! Ronronne, mon vieux, fais comme le chat!...

MAN GuiTE, (à Blanchette).

Une tasse pour Benoît! (à Benoit) Et bien, c'est vrai! le petit nous revient, ce soir, en passant...

BENOIT, {se levant comme pour partir).

Je ne vais pas vous gêner au moins? Sans cela...

NICOLAS

Du tout... du tout... tu n'es pas de trop...

BLANCHETTE, {la bouHloire en main et très en dehors).

Tout garde-champêtre doit savoir que quand il y en a pour cinq, {elle verse) il y en a pour six!

{Elle verse de l'eau dans la cafetière. Robert portant l'uniforme des maréchaux des logis, fait deux pas

dans la place, salue militairement et chante les premières paroles de « Nobles seigneurs, salut! » des Huguenots de Meyerbeer).

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