‹ Chez nous (volume 4)Chapitre 6 sur 13 · LE QUÊTEUX DES PAROISSES VOISINES · texte numérisé non relu

LE QUÊTEUX DES PAROISSES VOISINES

Il s’appelle Carapet, Pipet, Gras-d’Ours, Beau-Poil, Beau-Carosse . . . Le curé et le notaire savent son vrai nom ; le peuple se contente du sobriquet, toujours pittoresque. Carapet était court, large et plat comme le

LES QUÊTEUX

poisson qu’on appelle de ce nom ; Beau- Carrosse avait été nommé d’après l’élégance de son équipage, une boîte êcrianchée sur deux roues branlantes, traînée péniblement par une Rossinante qui avait depuis longtemps perdu le souvenir du jour où elle avait trotté.

Car le quêteux des paroisses voisines fait sa tournée en voiture — charrette ou quatreépées en été, berlot en hiver. Et la voiture se remplit de provisions de toute sorte, farine, blé, foin, légumes, et le reste ; elle se remplit d’autant plus vite que le quêteux, après avoir accepté ce qu’on lui donne, ne se fait aucun scrupule de prendre aussi ce qu’on ne lui offre point. Pour parler clair, le quêteux des paroisses voisines est assez souvent un voleur. A son double métier, il s’enrichit presque. On en a connu qui prêtaient de l’argent ! Or, pour prêter, tout le monde sait qu’il faut avoir de quoi.

Parfois le quêteux est accompagné de sa femme et de ses enfants. Car les gens sont devenus méfiants, et il faut ruser. A l’approche du village, la troupe se divise : pendant que le père, à la devanture d’une maison, quête ou brocante, discute et amuse les gens du logis, les enfants, sautant les clôtures, visitent les bâtiments et surtout le poulailler. Le soir, la famille se réunit, et il y a double recette.

Par ainsi, prolongeant parfois le voyage et poussant plus loin l’aventure, les quêteux des paroisses voisines peuvent devenir des bohémiens.

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