‹ Chien-CaillouChapitre 31 sur 54 · LE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

LE JEUNE HOMME

Oui, monsieui*, c'est le maire d'Yvetot. {Il s'éloigne.)

M. PRUDHOMHB.

Ce jeune homme me paraît très-original, mais il est peu complaisant.

MADAME PASTÉRIS.

Le voyez-vous, votre jeune homme, qui rit là-bas avec un de ses amis, et qui se moque?

M. PRDDHOMME.

C'est un peintre alors ; les peintres n'en font pas d'autres. Duval le Camus père excelle dans ces sortes de plaisanteries.

MADAME PASTÉRIS.

Je ne trouve pas cela plaisant.

M. PRDDHOMME,

Oh! elles ont bien leur charme. Dernièrement, on tracassait Duval le Camus père dans une maison pour obtenir de lui une croquade. Les croquades de Duval sont très-recherchées , peut-être plus encore que celles de Pingret. Duval demande une feuille de papier trèslongue ; on 1" entoure, on est dans l'enchantement d'avoir une croquade d'un homme artiste jusqu'au bout des ongles. Duval dessine une corde de danseur tendue ; puis, dans le haut, un petit bonhomme imperceptible tenant un balancier. Cette plaisanterie me fit rire aux larmes, ainsi que toute la société.

MADAME PASTÉRIS.

Effectivement, c'est très-amusant. Monsieur Prudhomme, n'en avons-nous pas assez pour aujourd'hui? Ces tableaux vous donnent mal à la tête l

M. PRCDHO>rME.

Vous n'êtes pas la seule, belle dame ; il faut en avoir l'habitude. Ce n'est pas l'unique inconvénient de la peintui-e. De tous ces jeunes peintres, la moitié peut-être aura trépassé l'année prochaine.

HADAME PASTÉaiS.

Seigneur 1 est-il possible ?

M. PRUDHOMME

Hélas! il n'est que trop vrai. La peinture mine la santé. Vous comprenez, le vernis, l'odeur; l'estomac est bien vite délabré. C'est ainsi qu'on exphque la mort de Girodet.

3IADAME PAÇTÉRIS.

Vous avez bien fait alors de ne pas vous mettre artiste.

M. PRVDEoyiKE, faisant retentir sa basse-taille.

Oh ! nous avons du creux.

20 mai 1846.

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