o Car ne pouvait longtemps prolonger son séjour en ces
Sïarches du Pays de Vaud, dit Jean de Tournes, où tant volontiers enst faist séjour, non tant seulement pour remedyer aux rébellions et novelletés qui ont accoustumé de se marchander ès terres de nouveau conquises, que pour la beauté et aménité du pays en lequel il se déleclayt grandement. «
71. L'ainé des tils de son frère Thomas n'avait que seize ans. En cas d'admission des femmes, Béatrix, sœur deBoniface, se trouvait rhéritière de son frère; Pierre se fit céder ses droits.
72. Voyez la Chronique d'Evian. Au retour, Pierre tint les assises de la Val d'Aosl, où quelques seigneurs se conduisaient comme indépendants, entre autres Montjouet (à Monte Jovis), qui, meurtrier de son frère, n'eu levait pas moins le front haut, se riant de révêque, de la petite noblesse, de la bourgeoisie et de la justice. Pierre s'assit, comme comte de Savoie et margrave d'Italie, devant le palais épiscopal (11 juin 1263), composa son tribunal et fit citer le meurtrier. Comme celui-ci nia son crime et que personne n'osa s'avancer pour témoigner contre lui, Pierre ordonna le jugement de Dieu. A défaut de parents de la victime, il choisit Jean de Commugny pour jeter le gant dans l'arène. Tout le jour la lice demeura ouverte, mais le soleil se coucha sans que personne fût venu relever le gant et soutenir le combat. Alors le tribunal prononça; Montjouet perdit ses châteaux, dont d'autres furent investis. Pierre acheva de pacifier la vallée, puis, passant le Saint-Bernard, il donna, en passant, un coup-d'œil aux châteaux de Saxon et de Saillon, acquisitions récentes faites par son châtelain de Chillon, reçut dans Chillon les devoirs de son bailli de Vaud, Hugue de Paleysieux, et se rendit à Genève, où il se fit prêter hommage par le comte du Genevois pour tout ce que ce seigneur possédait en fief de Savoie.
Parmi les affaires qui l'attendaient à Genève, il en était une qui caractérise ces temps et dont nous empruntons le récit à M. Wurstemberger. Les barons du Faucigny, auxquels Pierre avait succédé en épousant Agnès, l'héritière d'Aymon, le dernier d'entre eux, avaient eu leur cour, comme de plus grands princes, et cette cour se composait de seigneurs dont les charges étaient la plupart héréditaires. Les Lueinge en étaient les sénéchaux. Or, Guillaume de Lucinge se plaignait de ce que Pierre et Agnès, devenus puissants, mécon-
nussent les droits de la sénéchallie ; il réclamait deux habits par an, le pâturage nécessaire à l'entretien de trois chevaux, et surtout il faisait valoir les droits qu'il avait sur les peaux de tous les animaux tués dans la maison du prince ; c'est en retour seulement qu'il estimait devoir à ses seigneurs de remplir fidèlement les fonctions de la sénéchallie, de Flumet à Aricinges, et de fournir de sel leur cuisine. Le jugement fut remis à des arbitres.