Cibrario dit Rodolphe lui-même
88. Simon de Joinville et Hugues de Paleyzieux, d'une part, Ami de Rarogne et le vidome Jocelyn, de l'autre. Arch. de cour. Traités valais, paquet 1 . MM. Cibrario, Furrer, Boccard et Ed. Secretan, concluant de ce que le style natal devait être celui d'un acte émanant d'un comte de Savoie, rapportent la tiève à l'an 1265. Leurs raisons, pour adopter cette date, ne nous ont pas paru suffisantes pour abandonner celle qui range le traité à Tan 1266, en suivant le style de l'incarnation, qui était celui des diocèses de THelvétie romane.
89. Pierre parait ne s'être avancé que jusqu'à Guminen dans cette campagne. On lit: « In reditu primai calvacatas de Contamina. » (Comptes de la châtellenie de Chillon, 1267.)
90- Pingon. Voici comment la fin de la campagne est racontée dans la Chronique :
« Or quand le comte Pierre vist que Dieu lui avait donné telle victoyre que, dans le Pays de Vaud, n'estoyent demourés barons, ne chevalyers, qui bonnement peussent porter armes contre luy, il renforça son ost de gens-d'armes et engins de guerre, et à grand force et bonne compaignie (avec artillerie, chats et rebaudequins) se mist en arroy de venir gaygner tout le Pays de Vaudz. Sa première chevauchée fust à Moudon; y print de la ville le plain, et puis la grosse tour, où il mist garnison ; puis fist sonner trompettes et clayrons, et s'en tira tout droit vers la ville de Roumont, où ceux de dedans se myrent en défense et ne se voulurent d'abord rendre à luy ; mais fist dressyer ses engins et jecter grosses pierres si dru, qu'ils ne le peurent souffrir ; sy fust force à eux de se rendre, vies
et bagues sauves. Et le conte Pierre estant entré dans la ville, v séjourna aucungs jours, fist raffreschir ses gens, et cependant fist faire à l'un des bouts un chatellet * et un mur tout le long des cantons du bourg. Et après aucungs jours il chevaucha vers Murât (Murach, Morat). Et eux prinrent conseil, etd'ung accort ly vinrent au devant, et ly portaient les clefs, et fust moult content d'euls. Et fist faire un donzon < donjon) et une forte tour à l'entrée de la ville. Et près le milieu de la Broyé, entre les lacs de Murât et de Neuchatel, fist édifyer une tour. Puis, tournant d'autre part, s'en tira tout droit devant Yverdon. Mais ceux d'Yverdon étoient forts, et fisrent comme gens vaillians, et grevèrent moult ceux de l'ost. Jour et nuyt, le conte faisoit tirer à bombardes contre les murs; mais ce qu'il abattoit le jour, ils le refaysoieut la nuyt, et il ne les pouvoit avoir. Moult de fois ilsyssirent sur l'ost, dont le conte étoit fort yres (irrité). Rien n'y valloit, car la ville est forte à cause du lac et de la rivyère. A la fin cependant le conte les tint sy longuement et sy court, qu'il les affama, et par ainsi ceux d' Yverdon se rendirent et ly firent hommage et là fist construire ung chasteau qui encores y est sur la rivyère de la Toylle. Et y demeura aucungs jours, tous bastissant son dit chastel, et cependant ceux du pays et des autres villettes vinrent vers ly, et se donnaient à ly, le moult preux, sage et gracieux chevallyer. Et tist venyr toutes les dames et firent grand chiere et honorable. Et nul ne se partoit de sa présence qu'il ne fust consollé, confort et content, en sorte que fut quasi signieur du pays. »
« Or un jour, estant encore à Yverdon, pensa le conte de Savoie que, par le moyen des bons prisonnyers qu'il avoit, porroit bien achever de se mettre en possession du pays de Vaudz. Manda donc son capitayn général, monsieur de Chivron, et ly envoya guerre tous les prisonnyers qui estoient à Chillon, Ville Neofve et autres lieux, lesquels venus, leur donna à tous à souper moult grandement. Et le lendemain, après la messe, il print à parler au duc de Chopinguen, et à tous autres, comme il s'ensuyt : « Mon-
* Tour isolée que l'on nomme encore de nos jours la tour du comte Pierre.
signieur de Chopinguen. et vous autres signieurs, vous êtes venus moy guerroyer en ma terre; toutefoys Dieu s'est mis devers le droit, puisque vous estes tous mes prisonniers, comme véez; si sachez que m'avez fait dépendre un grant argent, avec l'Astoys (Asti) et le Montferrat, et sy aurois beaucoup d'autres raysons de vous mettre à haute rançon; toutefois ne veux regarder au prix. Si vous donc, monsignieur de Chopinguen, me voulez donner pour vostre rançon tous les droits lesquels vous avez en tout le Pays de Vaudz, sans autre rançon vous quitteray, et vous layiay aller franc et libre. Se non, n'estes pas esehappé de mes mains et sy aurai le Pays de Vaudz, veuillez ou non. »
« Quand le duc oyst ainsi parler, pensa ung peu, et ly fist mal perdre un tel jocel (joyau ) comme Vaudz ; d'autre part ly souvint de ses gentils et nobles hommes, qui prisonnyers estoient et en grand nombre ; print donc pai ty, etdist: « Or ça, monsignieur le conte et mon maistre, suis d'accord, pourvu que moy et les miens soyons libres tous, francz et quittes. > Sur quoy le conte Pierre ly vepondist : « En tant comme il touche vos Allemands, je le veulx ; mais en tant qu'il touche aux signieurs de Vaudz, ils feront l'hommaigeà moy, et sy m'ayderont, par le moyen de leur rançon, à supporter une partie de mes charges. » Toutes foys, après moultz de langage, ils furent tous délivrés moyennant hommaige. EL ce fait, le conte manda la plus grande partie des dames du pays à Yverdon, et par especial les dames des signieurs prisonnyers, et les festia trois jours sy grandement que plus ne se pouvait dire, et balia à chescune son chescung. Puis le duc Chopin^rien s'étant allé faire ratifier la rémission du pays, le conte de Savoie demeura signieur de Vaudz. »
91. Chronique de Savoie, dans les Monurn. p. 281. — La Chronique d'Evian dit : « Eurent vies sauves, sauf douze des principaux, qui furent menés en Savoye et iilec détenus jusqu'à la mort du comte, parce que c'étaient eux qui avaient été la cause de telle guerre. ■ Folio 20, verso. — Chronique latine, dans les Morturn. page 607.
92. Cliampier, reproduit dans le Conservateur Suisse, VU, 289. — Paradin, U7. — Guichenon, Hist. générale, I, 284. — G. Fabrici
Chemnicensis Orig. ill. stirpis saxonicœ, IV, 475. — Les Chroniques de Yaud; les éditions offrent des variantes ; tel exemplaire place l'événement en 1246, tel antre en 1260 et 1266. — Pingon et la Chronique d'En an le placent en 1263 on 1265. — Cibrario, Storia délia monarchia di Savoia, IL — M. de Gingins. Etablissements du comte Pierre, d'après Cibrario dans la Revue Suisse, V. 257. — M. Edouard Mallet. Du pouvoir que la maison de Savoie a exercé dans Genève, dans les Mémoires de la Société d'histoire de Genève, VI, 177. — M. Wurstemberger inclinerait à placer l'événement sous Thomas Ier. — Une Notice critique sur la date à assigner à la bataille de Chillon, ouvrage de M. Edouard Secrelan, doit paraître en tète d'un prochain volume des Archives de la Société suisse d'histoire. Nous sommes heureux de voir les recherches approfondies et la critique sérieuse de M. Secretan confirmer par de nouvelles preuves les résultats auxquels nous sommes parvenus.
93. Il ne peut être question de la ville de Zoffîngen ; quoique Rodolphe s'en trouvât depuis peu en possession, il n'en portait pas le nom. S'agit-il peut-être du village de Koppigen, près de Berthoud, en possession de seigneurs dont le nom se rencontre dans plusieurs documents contemporains? De toutes les hypothèses, c'est celle qui nous parait la plus probable.
94. On sait que M. Sigismond Wagner faisait de Chepelungreen une corruption de Kyburg der jiïngere.
95. « E sylva nigrâ dus Loffingïensis, unus e Landgraviis Stulingiis, quem Egonem Annales nominant, missus qui illam ditionem (Ghablesium et vallem Augustunam) imperii nomine vindicaret ; a quo nihil effeclum est illà expeditione dignum : nam in praelio cum septem comitibus dux ipse captus est, et comités illi passim per Sabaudiam in vinculis dispersi. Capta deinceps plnraoppida, Modunum, Rhona (Romont), Verdunum quod non sine maximâ diffîcultate accidit. Stulingius, qui nescio quid juris in ditionem Sabaudia? se habere arbitrabatur, eo se abdicat, et nihil unquam in posterum se moturum suo aut haeredum nomine promittit. » — Fabrice place l'événement à l'époque où Philippe et Othon prétendaient à l'empire. — M. Wurstemberger, qui, dans son travail approfondi sur Pierre de Savoie, n*a soulevé aucune question sans en faire le
tour, rappelle qu'il était des comtes de Lupfen, ou Lupfingen, dans la Haute-Souabe ; que ces comtes tenaient en fief impérial le Landgraviat de Klengaw, ou de Stulingen ; qu'aucun d'eux, il est vrai, n'a porté le nom d'Egon, mais que l'on en trouve du nom d'Eberard, dont l'iDitiale peut avoir induit à erreur. — Rapprochez ce qui a été dit du combat de Port-Valais, p. 64 et dans notre note 24.