BROME
76. Le brome fut découvert en 1826, par Balard, dans les eaux mères des salines du Midi. Il se rencontre
brume:
iture à l'état de combinaison avec los métaux,surtout avec le magnésium.
On le trouve dans l'eau de la mer, qui en renferme 0 gr. 40 à 0 gr. 60 par litre, dans les eaux mères des sondes de varechs, les eaux mères des salines. La mer Morte est très riche en bromures; elle contient par litre 2 gr. 15 de bromure de magnésium et 1 gramme de bromure de potassium. L'eau mère de la saline de Kreusnach fournit Ofi grammes de brome par litre.
T7, Extraction. — On extrait généralement le brome d^eaux mères des soudes de varechs. Les varechs qui croissent sur les bords de l'Océan, et qu'on exploite sur les côtes de Bretagne et de Normandie, laissent par la combustion des cendres désignées sous le nom de soudes de varechs ; ces cendres renferment des matières insolubles, sels de chaux, de magnésie, silice, i des sels solubles, chlorure de potassium, chlorure d sodium, sulfate de potassium, iodures et bromuresf I alcalins, etc. Pour extraire ces divers principes, on épuise les cendres par l'eau, on soumet îi l'évaporation la solution décantée de manière à retirer successivement le chlorure de sodium, le chlorure et le sulfate de potassium, qui se déposent. Quand les eaux mères marquent 55" à l'aréomètre de Baume, on les utihsa pour l'extraction du brome et de l'iode. Gn les fait bouillir avec une petite quantité d'acide irique pour décomposer les carbonates et sulfuidcalins qui s'y trouvent et se déposent à l'état de lies, la aolution décantée, on commence par retirer qui est à l'état d'iodure alcalin. Le procédé d'exition est fondé sur ce fait que le chlore, possédant des afnnités plus énergiques que l'iode, le déplace de combinaisons.
On dirige dans la solution un courant de chlore; elle se trouble, se colore et laisse déposer de l'iode :
Kl + Cl = KCl + I
lodure Chlore. Chlorare Iode.
de potassium. de potassium.
Il faut éviter un excès de chlore qui déplacerait également le brome; Tiode est recueilli par lavage et par décantation. Nous verrons plus loin comment on le purifie.
La liqueur débarrassée d'iode renferme alors le brome à l'état de bromure de magnésium. On l'évaporé à siccité, puis on mélange le résidu avec de Tacide sulfurique et du bioxyde de manganèse, et l'on distille dans une chaudière en plomb en communication avec des récipients bien refroidis.
La réaction est représentée par Féquation suivante :
2S0*H2 = MgBr2 + MnO^ = Br* + S0*Mg -f S0*Mn -|- 2Hî0
Acide Bromure Bioxvde Brome. Sulfate Sulfate Eau.
sulfurique. de de de de
magnésium. maup:anèse. mafrnésium. manganèse.
Chaque tonne (1000 kilogr.) de soude de varechs fournit 400 grammes de brome et 5 kilogrammes d'iode.
78. Propriétés. — Le brome (de ppoijiioç, fétide) est liquide à la température ordinaire, d'une couleur rouge foncé, très dense; il offre une densité de 2,99 à 15**, de 3,18 à 0'\ Pur et bien sec, il se solidifie en une masse lamelleuse qui fond à — 7%3. Il entre en ébullition à 63*», mais il possède une grande tension de vapeur et se volatilise facilement à la température ordinaire. La densité de cette vapeur est de 5,54, ce qui donne 160 pour le poids moléculaire, d'après la formule
PSt = 5,54 X 28,88. L'analyse des combinaisons où | entre le brome montre que son poids atomique est de 1 80; par conséquent, la molécule du brome renferme ] 2 atomes. L'atome de brome est représenté par le-j symbole Br. |
Le brome a une odeur forte et irritante ; respiré en i petite quantité, il amène dans la goi^e et les fossesi I nasales une irritation très riouloureuse. 11 est très 1 vénéneux et très caustique ; il colore la peau eu jaune j persistant jusqu'à la chute de l'épiderme, et, si le coii- I tact dure quelques instants, il produit une vive J inllammation accompagnée d'une sensation de brûlure ] aiguë. I
H est peu soluble dans l'eau, car la solution saturée , h 5° n'en contient que 3"-,60 pour 100.
Comme le chlore, il a une grande tendance à s'unir à i'hydrogêue . Aussi a-t-il un pouvoir décolorant intense. Néanmoins il ne s'unit pas directement à l'hydrogène sous l'influence de la lumière solaire. Cette combinai.son n'a lieu qu'à une température élevée; on la réalise en dirigeant un courant d'hydrogène chargé de vapeur de brome dans un tube de porcelaine chauffé au rouge.
Il s'unit facilement aux métaux et aux métalloïdes, excepté à l'oxygène, à l'azote et au charbon.
Les réactions du brome sont analogues à celles du dilore, mais moins énergiques. Il B.st chassé par ce dernier de ses combinaisons métalliques; si l'on verse quelques gouttes d'eau de chlore dans la solution d'un bromure, le brome est déplacé et colore la solution; en agitant celle-ci avec de l'éther, on réunit le brome, qui se dissout dans l'éther en le colorant en rouge Jinui.
M^P combinaisons oxygénées, obtenues indirecte-
ment, sont plus stables que celles du chlore ; en effet, s'il est déplacé par le chlore de ses combinaisons avec Thydrogène ou avec les métaux, il déplace au contraire le chlore de ses dérivés oxygénés.
Le brome n'est employé dans l'industrie qu'à la préparation des bromures, mais c'est un des réactifs les plus précieux de la chimie organique; il est devenu indispensable aux recherches.
79. Acide bromhydrique. — La combinaison de brome et d'hydrogène, constituée comme le gaz chlorhydrique, renferme un atome ou un volume de brome et un atome ou un volume d'hydrogène condensés en deux volumes; la molécule est donc représentée par la formule HBr.
C'est un gaz incolore, d'une densité de 2,80, ressemblant au gaz chlorhydrique, fumant à l'air, très soluble dans l'eau. C'est un acide énergique, rougissant le papier de tournesol et neutralisant parfaitement les bases pour donner des sels.
La solution d'acide bromhydrique saturée à O» a une densité de 1,79; par l'action de la chaleur, elle perd une partie de son gaz. Il se forme un hydrate BrH,5H*0 d'une densité de 1,480 et bouillant à 126o.
On obtient l'acide bromhydrique en décomposant par l'eau le bromure de phosphore PhBr*, qui fournit de l'acide phosphoreux et du gaz bromhydrique, ou en faisant arriver du brome sur du phosphore placé sous l'eau :
PhBr3 + 3H»0 = 3HBr + PhHaQs
Bromure Eau. Acide Acide
de phosphore. bromhydrique. phosphoreux.
On ne peut le préparer comme Facide chlorhydrique, en traitant un bromure par l'acide sulfurique, parce
qu'une partie de l'acide bromhydrique se décompose en présence de l'acide sulfurique, en le transformant en gaz sulfureux, et se convertissant lui-même t brome, de telle sorte que l'acide bromhydrique aim obtenu est toujours mélangé de bi'ome libre :
^V SO'Hï + SHBr = SO! + 2H20 +
L'acide bromhydrique ne s'emploie que dans led recherches de laboratoire.
Les composés oxygénés du brome sont analogues i ceux du chlore et ne sont pas usités.
80. Découvert par Courtois, en 1812, dans les soudei de varechs, l'iode a été étudié par Gay-Lussac et par" H. Davy, qui, vers la même époque, firent connaître ses principales propriétés et démontrèrent sa nature élémentaire.
L'iode se trouve à l'état d'iodure alcalin, non seul», ment dans les soudes de varechs, mais encore l'eau de la mer, dans beaucoup d'eaux minérales et e petites quantités dans la plupart des eaux douces. ' en rencontre également dans les éponges, l'huile ( Me de morue, le salpêtre du Chili et du Pérou ou a B de soude.
^ous avons dit plus haut, en parlant du brome, com-
mt on extrait l'iode des soudes de varechs; pour le
ifier, on lave le précipité d'iode brut, on le des-
!, et on te sublime dans des cornues de grès que
acbautlTe au bain de sable. L'iode sublimé se con-
Âse daus de vastes récipients en grès a îaux. foftis
cutuŒ i.tone. T
percés de trous, par où s'écoule Teau que renfermait encore l'iode, et le récipient se remplit de lamelles métalliques d'iode pur.
81. Propriétés. — L'iode est un corps solide, formé de lames hexagonales brillantes, d'un violet noir, presque opaque. Il fond à 113°,6, bout entre 175° et 180°, en émettant des vapeurs violettes, couleur qui lui a fait donner son nom (iwSyiç, violet). Sa densité est de 4,948 à 17». La densité de sa vapeur a été trouvée de 8,716. La molécule d'iode pèse 254; elle renferme deux atomes, ainsi que l'indique l'analyse de ses composés; l'atome pèse donc 127; on le représente par le symbole L
L'iode a une odeur forte, beaucoup moins vive que celle du chlore et du brome; il a une grande tension de vapeur et donne des vapeurs violettes à la température ordinaire.
L'eau n'en dissout que 1/554 à 10 ou 12°. Il est très soluble dans le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone; ces solutions sont d'une belle couleur \iolette. Il se dissout dans l'alcool en le colorant en brun; la solution constitue la teinture d'iode employée en médecine et qui renferme 1 gramme d'iode pour 12 grammes d'alcool à 90°.
L'iode se rapproche du chlore et du brome par ses réactions, mais ses affinités sont moins énergiques ; il est déplacé par ceux-ci de ses combinaisons métalliques. Si l'on verse dans la solution d'un iodure quelques gouttes d'eau de chlore ou de brome, l'iode est mis en liberté, et, quand on agite cette solution avec du chloroforme, ce dernier s'empare de l'iode et le dissout en se colorant en violet.
L'iode libre colore l'amidon en bleu, ce que ne font ni le chlore ni le brome; on met à profit cette pro-
priété pour reconnaître les iodures, en ajoutant à leur solution quelques gouttes de chlore qui déplace l'iode, et UQ peu d'empois d'amidon.
Comme le chlore et le brome, l'iode se combine aux mélauK, ti l'arsenic, à l'antimoine; la réaction dégage moins de cbaleur. Il décompose Tliidrogône sulfuré en s'emparant de son hydrogène, et Dupasquier a basé sur cette réaction un procédé de dosage de l'hydrogène sulfuré que nous indiquons plus loin.
L'iode se combine à l'hydrogène au rouge et agit légèrement comme oxydant en présence de l'eau; néanmoins il ne possède pas de pouvoir décolqS rant.
L'iode est très irritant; il agit comme caustique colore la peau en jaune et produit des inflammations locales, surtout sur les muqueuses. Ingéré à l'intérieur, il est loxique. On n'emploie l'iode pur qu'en applications topiques, sous forme de teinture ou de pommade, j l'état d'iodure de potassium, il est très usité.
82. Acide iodhydrique. — Il est gazeux, Irèssolubli^ dans l'eau, constitué par l'union d'un atome d'iode ë d'un atome d'hydrogène, et représenté par la forî mule 111. On le prépare en décomposant par l'eau 1' dure de phosphore PhP. Il se l'orme de l'acide phos-ï phoreux et de l'acide iodhydrique :
^^ Plil!" + m'O --= l'hO^H' + JHI
^^^ U.dme Ëuu, Ai:irk Acido
^^"Au Heu de préparer l'iodure de phosphore à l'avauceJ on chauffe doucement un mélange de 1 p. de plio phore, 20 p. d'iode et 15 p. d'eau.
11 est moins stable que les acides chlorhydrique a
j bromhydrique; la yoltilion d'acide iodbyâin(\iie ^^ ^§3
lÉ
compose spontanément en déposant de Fiode, tandis que son hydrogène se combine à Toxygène de l'air.
L'acide iodhydrique n'est usité que dans les laboratoires de chimie.
Il existe plusieurs composés oxygénés de l'iode; l'un d'eux, l'acide iodique lO^H, correspond à l'acide chlorique ClO^H. L'acide iodique et les iodates sont inusités.