SYPHILIS MALIGNE TRÈS AMÉLIORÉE
(Rupia syphilitique des auteurs.)
Le nommé Simon, âgé de 28 ans, déménageur, entré le 28 juillet 1879, salle Saint-Léon, lit 31 (hôpital Saint-Louis, service de M. Besnier, suppléé par M. Quinquaud).
Ce malade rentre pour la quatrième fois à la salle Saint-Léon. Il est atteint depuis deux ans d’une syphilis maligne, caractérisée dès les premières périodes par des syphilodermes tuberculo-ulcérants et gangréneux. Actuellement il présente sa quatrième ou cinquième poussée cutanée, mais en même temps est atteint de lésions laryngées.
Le malade en effet est aphone, se plaint de douleurs vives dans la région laryngée, surtout pendant la déglutition ; l’examen de la gorge ne présente rien departiculier.Cetteaffectiondularynx date de4 mois; elle a été déjà améliorée, non guérie dans le service ; une nouvelle exacerbation s’est produite il y a 15 jours.
La peau du tronc et des membres est couverte de cicatrices déprimées et légèrement pigmentées. De plus le malade présente de vastes ulcérations de 5 à 0 cent, de diamètre, et deuxulcérations sous-scapulaires beaucoup plus petites. De plus l’élément primitif de la lésion peut être reconnu et saisi sur le fait dans un grand nombre de points voisins. 11 s’agit toujours des plaques tuberculeuses à développement excentrique, à ulcération rapide.
Les lésions actuelles sont localisées au lieu d’être généralisées, comme cela était observé lors des premières poussées.
Le malade assure que de nouvelles éruptions se produisent de temps à autre.
Le malade affirme qu’il n’a pas cessé de prendre deux grammes d’iodure de potassium par jour; il est pâle, maigre, et paraît singulièrement épuisé par sa maladie.
Prescription. - — Elixir de pepsine, une cuillerée à bouche après
BLENNORRHAGIE
chaque repas. — Eau de Spa. — Vin de Bagnols. 10 grammes liqueur de Van Swieten et 1 gr. 50 iodure de potassium par jour.
4 août. —On examine le sang.
Analyse du sang :
Hémoglobine 98?*\95.
Pouvoir absorbant 190 centimètres cubes.
Matériaux solides 95 grammes.
10 août. — Le malade se plaint d’une céphalée persistante.
Prescription. — -Iodure et bromure de potassium, 2 gr. de chaque, — Liqueur de Yan Swieten supprimée.
17 août. — La céphalée continuant, on a donné au malade un purgatif qui !’a notablement soulagé.
Les lésions cutanées sont en voie de réparation.
G. — BLENNORRHAGIE
La blennorrhagie aiguë, même de moyenne intensité, détruit l’hémoglobine: de là cette pâleur du visage si fréquente dans le cours ou dans la convalescence de cette maladie. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion d’examiner le sang de sujets qui, antérieurement à leur affection urétrale, élaient des sujets fort robustes, n’ayant pas de souffle continu dans les vaisseaux du cou. Survenait la blennorrhagie aiguë, et dans l’espace de 8 jours on pouvait constater l’existence d’un souffle continu dans les vaisseaux du cou, en même temps le chiffre de l’hémoglobine diminuait dans de notables proportions :
L’hémoglobine descend fréquemment à 78 gr. 12 dans l’espace de 8 à 15 jours; mais il n’est pas rare de rencontrer un chiffre inférieur, par exemple 72 gr. 91; nous ne l’avons jamais rencontrée au-dessous de 02 gr. 50.
Aussitôt après la guérison de l’écoulement, l’hémoglobine
augmente rapidement, de telle sorte que sa néoformation se fait aussi vite que sa destruction.
C’est là un fait qui caractérise un certain groupe d’affections, en particulier lesmaladies franchement aiguës, à manifestations locales. Il n’en est pas de même dans la chlorose ni dans les anémies graves d’origine puerpérale.
Le pouvoir absorbant varie dans les 15 premiers jours et dans les cas de moyenne intensité, de 150 cent, cubes à 140, dans les cas plus graves il peut atteindre 120.
Ap rès la cessation de la blennorrhagie, ce pouvoir augmente assez vite pour atteindre 160 dans l’espace de 12 à 15 jours.
Les matériaux solides du sérum diminuent parfois dans de notables proportions: il n’est pas rare de les voir descendre à 82, 80gr.,78 et même 76 et 75 grammes. Ce dernier chiffre n’est guère dépassé.
Dans certains cas il pourrait rester quelques doutes dans l’esprit du clinicien pour savoir s’il y a une chlorose accompagnant une blennorrhagie ou bien simplement une anémie blennorrhagique; la lésion hématique lèvera les doutes.
Dans la blennorrhagie, le chiffre de l’hémoglobine ne descend pas au-dessous de 62 grammes et même ne l’atteint pas ordinairement.
Dans la chlorose confirmée, l’hémoglobine descend à 50 gr. ou au-dessous.
Autre cas : quand il y a chez une chlorotique un écoulement leucorrhéique avec urineschargées de sels qui causent des douleurs urétrales, on pourrait hésiter un instant; encore ici l’examen du sang ne saurait tromper. Si les matériaux solides du sérum sont au-dessus de 90 ou à ce chiffre, concluez à l’existence delà chlorose. Si au contraire ils se rapprochent de 80 gr., concluez à la blennorrhagie.
J!LH|NORRHAGlE.
D’ailleurs l’hémoglobine descend à 50 grammes dans la clilorosertandis que ce chiffre n’est jamais atteint dans la blennorrhagie.
BLENNORRHAGIE
Louis..., 29 ans, voilier, entré le 22 avril 1879 à la salle Saint-Louis, n° 7.
Homme fort, robuste, bien musclé. Pas d’autécéclents rhumatismaux héréditaires ; quelques excès alcooliques. Il y a deux ans, chancre mou et bubon suppuré.
Il y a 15 jours, cet homme a contracté une blennorrhagie intense, étanten parfaite santé. — Huit jours après le début de celle-ci, s’étant fatigué plus que d’habitude, il a ressenti des douleurs articulaires au niveau de la région tibio- tarsienne gauche. Cette douleur occupe la partie externe de l’articulation et suit le trajet de la gaine despéronniers. Pas de douleurs à la partie interne ni à la plante du pied. Quand il marche, les douleurs occupent le tiers inférieur de la jambe pour s’arrêter au niveau des malléoles. — L’interligne articulaire est douloureuse, le pied ne l’est pas.
Membre inférieur droit : pas de douleur au niveau de l’articulation tibio-tarsienne, mais elle existe au côté externe et à la partie postérieure de l’articulation tarso-métatarsienne.
Double souffle très accentué dans les vaisseaux du cou.
Traitement. — Application de teinture d’iode sur les jointures. — Copahu et cubèbe. — Appareil inamovible et compressif.
Dosage des principes du sang' :
Hémoglobine 72s>',91 .
Pouvoir oxydant 140 centimètres cubes.
Matériaux solides 8Û5r,78.
Pris 5sr,001 qui donnent résidu sec. 0?r,404.
L’influence anémiante delà blennorrhagie est ici de la dernière évidence.
Ier mai. — Les douleurs n’ont pas diminué, il ne peut marcher. — L’écoulement urétral continue. — Frictions d’onguent mercuriel.
3 mai. — Appareil ouaté compressif.