Rhumatisme articulaire aigu
Le rhumatisme articulaire s’accompagne toujours d’une altération du sang des plus nettes : tous les pathologistes connaissent l’anémie rhumatismale vulgaire. Mais en quoi consiste cette lésion? Le voici :
Dans le rhumatisme articulaire aigu franc, à plus forte raison lorsqu’il est suraigu, on observe une grande destruction de l’hémoglobine. Celte substance descend à 76 grammes, 71 gr. 91, et même 67.gr. 70, parfois même encore au-dessous de ce chiffre; par conséquent les chiffres restent encore supérieurs à ceux que l’on observe dans la chlorose d’évolution.
Le pouvoir oxydant diminue : on le voit arriver à 146, ï40, 130 cent, cubes.
Ce qui distingue la lésion hématique de l’anémie rhumatismale, de la lésion qui existe dans la chlorose, c’est le taux des matériaux solides, qui restent normaux dans la seconde et qui s’abaissent dans des proportions colossales dans le rhumatisme.
CUIN'QUAUD. 19
Ces matériaux, et l’albumine en particulier, descendent à 6f| 60, 59 grammes; c’est ce qui explique la grande tendance aux œdèmes dans les phlegmasies rhumatismales.
Dans les rhumatismes peu intenses,, l’hémoglobine descend à 89 gr. 50; souvent le chiffre n’arrive même pas à 90 grammes. Néanmoins, pour peu que l’affection articulaire prenne un certain nombre de jointures, la matière cristallisable descend aux environs de 84 grammes.
Le pouvoir oxydant arrive à 164 cent, cubes, souvent même il reste à 174 cent, cubes; s’il est un peu généralisé, même subaigu, ce pouvoir arrive à 162 c. c. 5.
Les matériaux solides diminuent également dans de notables proportions; s’il n’y a que peu de jointures prises, les matériaux descendent à 80 grammes; si bon nombre d’articulations sont envahies, ces matières descendent à 72 grammes pour 1 000 grammes de sérum.
Q. — Blennorrhagie.
La blennorrhagie aiguë, même de moyenne intensité, détruit 'hémoglobine; de là cette pâleur de visage si fréquente dans le cours et dans la convalescence de cette maladie. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion d’examiner le sang de sujets qui, antérieurement à leur affection uréthrale, étaient des sujets fort robustes, n’ayant pas de souffle continu dans les vaisseaux du cou. Survenait la blennorrhagie aiguë, et dans l’espace de huit jours on pouvait constater l’existence d’un souffle continu dans les vaisseaux du cou; en même temps le chiffre de l’hémoglobine diminuait dans de notables proportions.
L’hémoglobine descend fréquemment à 78 gr. 12 dans l’espace de 8 à 15 jours; mais il n’est pas rare de rencontrer un
BLENNORRHAGIE
chiffre inférieur, par exemple 72 gr. 91 ; nous ne l’avons jamais noté au-dessous de 62 gr. 50.
Aussitôt après la guérison de l’écoulement, l’hémoglobine augmente rapidement, de telle sorte que sa néo-formation se fait aussi vite que sa destruction.
C’est là un fait qui caractérise un certain groupe d’affections, en particulier les maladies franchement aiguës, à manifestations locales. Il n’en est pas de même dans la chlorose ni dans les anémies d’origine puerpérale.
Le pouvoir absorbant, dans les 15 premiers jours et dans les cas de moyenne intensité, est de 150 à 140 cent, cubes; dans les cas plus graves il peut descendre à 120.
Après la cessation de la blennorrhagie, ce pouvoir augmente assez vite pour pouvoir atteindre 160 cent, cubes dans l’espace de 12 à 15 jours.
Les matériaux solides du sérum diminuent parfois dans de notables proportions; il n’est pas rare de les voir descendre à 82 grammes, 80 gr. 70, et même 76 et 75 grammes. Ce dernier chiffre n’est guère dépassé.
Dans certains cas, il pourrait rester quelques doutes dans l’esprit du clinicien, pour savoir s’il y a une chlorose accompagnant une blennorrhagie, ou bien simplement une anémie blennorrhagique"; la lésion hématique lèvera les doutes.
Dans la blennorrhagie, le chiffre de l’hémoglobine ne descend pas au-dessous de 62 grammes, et même ne l’atteint pas ordinairement.
Dans la chlorose confirmée, l’hémoglobine descend à 50 grammes ou au-dessous.
Autre cas : S’il y a chez une chlorotique un écoulement leucorrhéique avec urines chargées de sel, qui causent des douleurs uréthrales, on pourrait hésiter un instant. Encore ici
l’examen du sang sera décisif. Si les matériaux solides du sérum sont au-dessus de 90 grammes, ou à ce chiffre, concluez à l’existence de la chlorose. Si au contraire ils se rapprochent de 80 grammes concluez à la blennorrhagie.
D’ailleurs l’hémoglobine descend à 50 grammes dans la chlorose, tandis que ce chiffre n’est jamais atteint dans la blennorrhagie.
R. — Diagnostic entre V entérite simple et l'entérite tuberculeuse.
Dans cette dernière, la substance oxydable du sang reste à 88, 84 grammes; dans la première, elle est au-dessus de 94 grammes.
Dans l’entérite simple, le pouvoir oxydant est à 180 centimètres cubes.
Dans l’entérite tuberculeuse, il arrive à 170 centimètres cubes et au-dessous.
Les matériaux solides du sang de l’entérite tuberculeuse arrivent à 84 grammes, tandis que dans l’entérite simple ils restent à un taux un peu plus élevé.
S. — Néphrite m ixte interstitielle et parenchymateuse.
A la période d'état, la maladie complexe est caractérisée par les lésions suivantes : l’hémoglobine descend à 70 grammes, le pouvoir oxydant à 134 cent, cubes, les matériaux solides à 59 gr. 5.
Les altérations du sérum caractérisent la néphrite parenchymateuse, et lorsqu’en clinique on trouve les symptômes de la néphrite interstitielle coïncidant avec les matières du sérum à
NÉPHRITE MIXTE INTERSTITIELLE ET PARENCHYMATEUSE. 29:
59 gr. 5, on peut affirmer l’existence d’une affection complexe de l’organe rénal.
T. — La néphrite interstitielle et la néphrite parenchymateuse.
Dans la première, le chiffre de l’hémoglobine peut arriver à 70 grammes.
Dans la seconde, il descend souvent à 60 grammes. Dans la première, le pouvoir oxydant esta 134 cent, cubes; dans la seconde, ce même pouvoir est à 115 cent, cubes.
Les matériaux solides de l’interstitielle n’arrivent guère audessous de 74 grammes ; dans la parenchymateuse, et c’est là la caractéristique, ils descendent au-dessous de 62 grammes.
LES DIAGNOSTICS DIFFICILES ÉCLAIRÉS TAR LA CHIMIE IIÉMATOLOGIQUE
Note présentée à la Société médicale des Hôpitaux le 13 juin 1879, par le Dr Quinquaud, médecin des Hôpitaux.
Depuis longtemps déjà nous étudions les lésions des solides et des liquides au point de vue chimique; nous en exposons les résultats dans un travail en voie de publication. Aujourd’hui nous voulons restreindre notre sujet et essayer de montrer, par quelques exemples pris au hasard, de quelle importance peuvent être les analyses chimiques pour éclairer le diagnostic des maladies.
Il faut cependant être prévenu des difficultés sans nombre qui surgissent; il est indispensable d’abord de prendre des affections types simples, non compliquées; caron sait combien il est fréquent de voir des éléments divers entrer en jeu pour altérer le sang dans une même maladie; c’est à l’aide de recherches nombreuses, à l’aide d’une analyse clinique rigoureuse, que l’on parvient à étudier un malade ; en un mot il faut une association intime entre l’observation hippocratique et l’analyse chimique . l’une sans l’autre ne donne que des résultats incomplets.
Rappelons, avantd’entrer enmatière, qu’à V état physiologique
LES DIAGNOSTICS DIFFICILES ÉCLAIRÉS PAR LA CHIMIE. 295
le chiffre de l’hémoglobine est de 125 grammes chez l’homme, de 120 grammes chez la femme, pour 1000 grammes de sang; que le pouvoir oxydant est à 246 cent, cubes d’oxygène chez l’homme, à “132 cent, cubes chez la femme; que les substances solides du sérum sont au-dessus de 90 grammes pour 1000 grammes de sérum. (Quinquaud, Académie des Sciences, juin 1873.)
Diagnostic entre la chlorose et une anémie de cause organique ou par vice d' alimentation, d'aération, etc.
Dans la chlorose, l’hémoglobine arrive à 52, à 48 grammes pour 1000 grammes de sang ; le pouvoir oxydant esta 100 cent, cubes d’oxygène; les matériaux solides du sérum du sang ne subissent pas d’altération.
Au contraire, dans les autres anémies, l’hémoglobine reste à un taux plus élevé, excepté dans le cancer à la phase ultime, arrivant ainsi en moyenne à 80 grammes ; le pouvoir oxydant reste aux environs de 154 cent, cubes; les matières solides du sérum sont au-dessous de 90 grammes.
Diagnostic entre la chlorose et la tuberculose vulgaire au début.
Dans la tuberculose à cette période de la maladie, la substance active des globules rouges ne descend pas au-dessous de 100 grammes; le pouvoir oxydant arrive au minimum à 192 cent, cubes; les matériaux solides sont à 88, 86 grammes; en un mot ils sont au-dessous du taux physiologique.
La lésion hématique dans la chlorose est toute différente : l’hémoglobine atteint souvent les chiffres de 55 à 50 grammes;
le pouvoir oxydant 106 et 96 cent, cubes, les matériaux solides sont au-dessus de 90 grammes.
Entre l'anémie palustre et la chlorose.
J’établis ici ce diagnostic parce que dans les pays à fièvres on peut avoir l’anémie sans accès aigus, et même avec une rate, un foie peu volumineux.
Si les matériaux solides présentent leur taux physiologique, concluez à l’existence d’une chlorose.
Si au contraire ces mêmes substances décroissent pour arriver à 78 grammes pour 1000 grammes de sérum, ou bien audessous de 85 grammes, inclinez vers l’intoxication paludéenne.
De plus, dans la chlorose, le chiffre de l’hémoglobine descend ordinairement au-dessous de 52 grammes.
Dans l’anémie impaludique, le chiffre n'est guère inférieur à 60 grammes.
Parallèle entre la chlorose et l' anémie gravidique.
Le sang de la femme enceinte subit des lésions par le fait du développement d’un parasite, le fœtus; aussi le taux de l’hémoglobine est souvent à 83 gr. 54, parfois un peu au-dessous ; le pouvoir oxydant, à 160 cent, cubes; les matières solides descendent cà 85, 82 grammes.
Le sang de la chlorotique donne 50 grammes d’hémoglobine, 96 cent, cubes comme pouvoir oxydant, quantité normale de matériaux solides. Donc l’anémie de la femme enceinte n’est pas une chlorose.
LES DIAGNOSTICS DIFFICILES ÉCLAIRÉS PAR LA CHIMIE
Diagnostic entre la chlorose et V anémie grave puerpérale dite progressive.
Dans ce dernier cas, la destruction de l’hémoglobine est moins intense, puisqu’elle n’arrive guère qu’à GO grammes, le pouvoir oxydant à 115 cent, cubes, les substances solides à 60 grammes.
Opposons la lésion de la chlorose: état normal du sérum, hémoglobine à 50 grammes.
Entre le purpura simplex elle scorbut .
Dans le purpura, la substance cristallisable des globules rouges ne descend pas au-dessous de 64 grammes; ce chiffre est un minimum peu fréquent.
Au contraire, dans le scorbut elle atteint rapidement 57 grammes, et ordinairement elle est inférieure à ce nombre.
Le pouvoir oxydant, dans le premier cas, est de 123 cent, cubes d’oxygène pour 1000 de sérum.
Ce même pouvoir est de 110 et même souvent inférieur dans l’affection scorbutique.
Les matériaux solides du sérum restent à 85 grammes dans le purpura simple ou dans le purpura exanthématique, tandis que dans le scorbut même sporadique ces substances arrivent vite à 78 grammes.
Entre la phthisie aiguë et la fièvre typhoïde au début.
Dans la tuberculose aiguë, l’hémoglobine peut arriver à 93 gr. 70, le pouvoir oxydant à 180 cent, cubes, les matériaux solides à 90 grammes et au-dessus.
Dans la fièvre typhoïde l’hémoglobine est peu détruite, elle
esl au-dessus de 100 grammes, le pouvoir oxydant à 192 cent, cubes, les matériaux solides à 88 grammes et au-dessous.
Diagnost ic entre la tuberculose au début et l'hystérie avec toux.
Dans ce dernier cas, l’hémoglobine ne descend pas au-dessous de 105 grammes, le pouvoir oxydant à 202 cent, cubes, les matériaux solides sont normaux.
Dans la tuberculose, l’hémoglobine arrive à 100 grammes, le pouvoir oxydant à 192 cent, cubes, les matériaux solides sont au-dessous de 90 grammes.
Diagnostic entre la néphrite interstitielle et la néphrite parenchymateuse.
Dans la première, le chiffre de l’hémoglobine peut arriver à 70 grammes.
Dans la seconde, il descend souvent à 60 grammes.
Dans la première, le pouvoir oxydant est à 134 cent, cubes. Dans la seconde, ce même pouvoir est à 115 cent, cubes.
Les matériaux solides de l’interstitielle n’arrivent guère audessous de 74 grammes ; dans la parenchymateuse, et c’est là la caractéristique, ils descendent au-dessous de 62 grammes.
Entre la cirrhose atrophique du foie et la péritonite tuberculeuse à forme ascitique, à la période d'état.
Dans la première, l’hémoglobine atteint 63 gr. 50, le pouvoir oxydant 122 cent, cubes, les matériaux solides au-dessous de 75 grammes.
Dans la seconde, l’hémoglobine reste au-dessus de 70 grammes, le pouvoir oxydant au-dessus de 134 cent, cubes, les matériaux solides au-dessus de 75 grammes.
LES DIAGNOSTICS DIFFICILES ÉCLAIRÉS PAR LA CHIMIE
Entre le carcinome du foie et le foie palustre.
Dans ce dernier cas, l’hémoglobine descend à 57 et même à 52 grammes, le pouvoir oxydant à 110 et à 100 cent, cubes, les substances solides du sérum à 79 grammes.
Dans le premier cas, l’hémoglobine reste au-dessus de 78 gr. 12, le pouvoir oxydant au-dessus de 150 cent, cubes, les matériaux solides au-dessus de 86 grammes à la période d’état.
Entre la dilatation simple de V estomac et la dilatation avec carcinome.
Dans cette dernière maladie, l’hémoglobine descend à 52 gr. 08, parfois même le chiffre est inférieur.
Dans la première, la matière cristallisable reste au-dessus de 88 grammes.
Le pouvoir oxydant du sang dans le carcinome atteint 100 cent, cubes, parfois même 80 et même 70.
Lepouvoir absorbant dans la dilatation simple reste à 1 7-4 cent, cubes, souvent ce chiffre est plus élevé.
Quant aux substances solides, elles ne peuvent servir à établir un diagnostic différentiel ; dans l’un et l’autre cas, elles sont aux environs de 80 grammes.
Entre l’entérite simple et l’entérite tuberculeuse.
Dans celte dernière, la substance oxydable du sang reste à 88, 84 grammes ; dans la première, elle est au-dessus de 94 gr.
Dans l’entérite simple, le pouvoir oxydant est à 180 c. cubes.
Dans l’entérite tuberculeuse, il arrive à 170 cent, cubes et même au-dessous.
Les matériaux solides du sang de la tuberculose arrivent à 84 grammes, tandis que dans l’entérite simple ils restent un peu plus élevés.
NÉPHRITE MIXTE INTERSTITIELLE ET PARENCHYMATEUSE.
A la période d’état, la maladie complexe est caractérisée par les lésions suivantes : l’hémoglobine descend à 70 grammes, le pouvoir oxydant à 134 cent, cubes, les matériaux solides à 59 gr. 5. Les altérations du sérum caractérisent la néphrite parenchymateuse, et lorsqu’en clinique on trouve quelques symptômes de la néphrite interstitielle coïncidant avec des matières du sérum à 59 gr. 5, on peut affirmer l’existence d’une affection complexe de l’organe rénal.