‹ Chimie pathologiqueChapitre 21 sur 166 · ANALYSE VOLUMÉTRIQUE DU FER CONTENU DANS LE SANG. SD · texte numérisé non relu

ANALYSE VOLUMÉTRIQUE DU FER CONTENU DANS LE SANG. SD

Nous donnons ici la note de M. Pelouze pour montrer les variations du fer dans le sang que nous avons dosé nous-même par la même méthode dans le laboratoire de notre maître P. Schützenberger :

H. — SUR L’ANALYSE VOLUMETRIQUE DU FER CONTENU DANS LE SANG, PAR M. J. PELOUZE

Le moyen que je propose pour doser le fer contenu dans le sang est basé sur l’emploi des liqueurs titrées.

Il est d’une exécution simple et rapide; sa précision ne le cède pas aux méthodes ordinaires, qui consistent en général à recueillir le fer à l’état de sesquioxyde.

Sans attacher plus d’importance qu’il ne faut à ce nouveau' mode d’analyse, j’espère cependant qu’il mérite l’attention des physiologistes ; il leur fera pressentir les services que les essais volumétriques sont appelés à leur rendre un jour.

Voici en quoi consiste le procédé dont il est question: Je pèse une quantité de sang comprise entre 100 et 130 grammes; je l’introduis dans une capsule de platine d’un quart de litre' à peu près de capacité, que je place au-dessus d’un bec de gaz; je maintiens d’abord cette capsule à une très douce température de manière à éviter toute projection de matière ; puis, quand le sang a été ainsi desséché, je le porte peu à peu à une température d’un rouge sombre, pendant environ deux heures.

La plus grande parLie du sang disparait, mais les cendres enfondant recouvrent une petite quantité de charbon qu’ellespréserveraient longtemps de la combustion, si on ne les enlevait; à ceteffet, j’emploie l’acidehydrochlorique; j’en mêle 10 gramme avec leur poids d’eau ; je prends une partie de ce liquide et le verse dans la capsule de platine que j’entretiens chaude.

J’y ajoute ensuite 30 à 40 grammes d’eau distillée, et quand la liqueur surnageant le charbon a cessé d’être trouble, je la transporte, au moyen d’une pipette, sur un très petit filtre en papier Berzélius, placé au-dessus d’un matras d’un litre de capacité.

Je chauffe au rouge sombre le charbon dépouillé de la plus grande partie de ses cendres; au bout de quelquesminutes, je le lave comme la première fois avec de l’eau acide et de l’eau pure. Je brûle de nouveau le charbon, je lave encore à l’eau acide, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ilaitdisparu entièrement. Il ne reste plus à brûler que le filtre lui-même qui a retenu quelques flocons de charbon; on le chauffe au rouge dans la même capsule, sa cendre est traitée par l’eau acide, et la liqueur claire qui en résulte est jointe directement à celles qui proviennent des opérations précédentes.

Après avoir ainsi opéré, j’ai dans 100 à 150 gr. d’eau acidulée par 10 gr. d’acide chlorhydrique tout le fer du sang à l’état de perchlorure ; la dissolution est jaune et d’une limpidité parfaite. Je l’étends d’eau de manière qu’elle représente à peu près le demi-litre, et j’y verse 10 centimètres cubes d’une solution contenant 1 gr. de sulfite de soude; je la porte peu à peu à l’ébullition et l’y maintiens pendant 3 à 4 minutes.

Tout l’excès de sulfite disparaît, et le fer est ramené entièrement à l’état de protochlorure ; j’ajoute encore à la liqueur refroidie environ un demi-litre d’eau distillée. J’ai donc ainsifinalement, sous le volume d’à peu près un litre, tout le fer contenu dans la quantité connue de sang sur laquellej’ai opéré.

Toute matière organique ayant disparu, le fer peut être dosé par les moyens divers que tout le monde connaît. J’emploie de préférence celui que M. Margueritte a fait connaître en 1846. 'On sait qu’il consiste àperoxyder le fer au moyen d’une disso-

ANALYSE VOLUMÉTRIQUE DU FEU CONTENU DANS LE SANG, lution titrée de permanganate de potasse, et que le terme de l’opération est manifesté par une teinte rose très légère que prend le liquide.

Je prépare une liqueur normale en dissolvant dans l’eau des cristaux de permanganate de potasse, de manière que 150 cà 200 centimètres cubes de cette dissolution représentent I gramme de fer.

Supposons une liqueur titrée de façon qu’il en faille exactement 15 centimètres cubes pour représenter 1 décigramme de fer; si, pour faire passer du minimum au maximum le fer contenu dans 100 gr. de sang, on a dû employer 8 centimètres cubes de cette liqueur titrée, cela voudra dire qu’il y avait dans le sang soumis à l’analyse 0sr,0533 de fer qui correspond à 0gr,076 de sesquioxyde; ce chiffre est le 4e terme de la proportion

ML = — , x = 0,0533 de fer.

Je choisis, pour titrer mes liqueurs, du fil de clavecin ; j’opère suri décigr. ou sur 50 milligrammes pesés à la balance d’essai; je le dissous dans 10 centimètres cubes d’eau; j’ajoute à la dissolution un demi-litre d’eau et 10 centigr. cubes d’une liqueur de sulfite de soude contenant 1 gr. de ce sel.

Je fais bouillir, j’étends d’eau de manière à avoir 1 litre à peu près de dissolution.

Après le refroidissement, je note combien il me faut de solution de permanganate de potasse pour suroxyder le fer.

Il est inutile d’insister sur l’importance qu’il y a de rendre, autant que possible, semblables les conditions dans lesquelles s’effectuent le titrage des dissolutions normales de permanganate et le dosage du fer.

Ce que je dis s’applique à la capsule de platine, à l’eau, à l’acide, à la burette, au caméléon, à la température même.

Ici encore, comme lorsqu’il s’agit de titrages alcalimétriques, chloromélriques, d’essais d’argent, de cuivre, il est important d’opérer sur des quantités à peu près semblables de matières.

Avec du soin et un peu d’expérience , on arrive facilement à une exactitude telle, que deux essais effectués sur une centaine de grammes de sang de la même saignée n’accusent pas une différence de plus de — de centimètre cube, soit 2 ou 3 gouttes au plus, dans la quantité de liqueur normale employée.

Le sang soumis à l’analyse était reçu directement de la veine dans de petits flacons à large col, de capacités sensiblement égales. Ces flacons étaient numérotés et tarés d’avance; on les pesait de nouveau au laboratoire.

En opérant sur la totalité du sang contenu dans chaque flacon, on n’avait pas à craindre sa séparation en sérum et en caillot, et on pouvait au besoinen retarder de quelques jours l’examen. Autant que possible le même animal me donnait deux ou trois flacons de sang et, dans ce cas, les quantités de fer trouvées ne présentaient pas un écart de plus de 2 milligrammes.

Au contraire, une analyse du sang des animaux d’une même espèce attestait quelquefois des différences assez notables dans la proportion du fer: ainsi 1Ü0 grammes de sang de bœuf m’ont fourni comme minimum 0sr,0 48 et comme maximum 0Br,054 de fer; celui de porc, 0S 051 6 et 0sr,0595.

L’expérience dira s’il est possible de saisir des différences d’un ordre encore plus élevé, soit chez l’homme, soit chez les animaux, à l’état de santé ou de maladie.

ANALYSE VOLUMÉTRIQUE DU FER CONTENU DANS LE SANG. 43 Le tableau suivant fera connaître les résultats auxquels je suis arrivé.

Parmi les chimistes qui se sont occupés de déterminer les proportions de fer contenues soit dans les globules du sang, soit dans le sang même, je citerai particulièrement MM. Poggiale, Schmidt et Nasse.

Toutefois il n’entre pas dans le cadre restreint de cette note de présenter l’analyse des travaux de ces savants; je me bornerai à dire que, d’accord avec MM. Poggiale et Schmidt, et contrairement aux données de M. Nasse, je trouve bien plus de fer dans le sang des mammifères que dans celui des oiseaux; mais je dois ajouter que mes expériences signalent dans le sang de ces deux classes d’animaux une quantité absolue de fer de beaucoup inférieure à celle qu’indique M. Poggiale. Cet habile chimiste n’avait pas d’ailleurs, comme moi, pour but exclusif de ses recherches, le dosage du fer dans le sang.

En résumé, si je ne me trompe, il y a dans 1000 parties du sang des oiseaux 3 à 4 parties de fer, et dans celui des mammifères 5 à 6 parties.

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