CHLOROSE
Dans la chlorose vraie il y a:
1° Destruction de la matière albuminoïde soufrée et ferrugineuse; destruction de l’hémoglobine cristallisable, qui descend à 30 grammes pour 1 000 grammes de sang, en oscillant à la période d’état entre 70 et 30 grammes.
Des femmes chlorotiques n’acquièrent jamais un taux très élevé d’hémoglobine, et alors même qu’elles n’éprouvent plus aucun trouble fonctionnel, le chiffre de l’hématocristalline ne dépasse pas 90 grammes pour 1 000 grammes ; il semble que la source même de la matière essentielle des globules ait été lésée si profondément que dans la suite il leur soit impossible de revenir au maximum primitif d’activité. Ces femmes restent donc chlorotiques pendant toute la vie, subissant facilement, sous l’influence de causes débilitantes variées, l’action anémiante d’une foule de maladies : ce sont elles surtout qui offrent des exemples des anémies dites pernicieuses.
2° Le sang chlorotique présente un maximum d’absorption qui varie depuis 199 cent. c. pour 1000 grammes de sang jusqu’à 150 centimètres cubes, soit en moyenne 104cc,9 si l’on s’arrête à ces deux extrêmes; en réalité, quand on opère sur dix chlorotiques, on trouve une moyenne de 80 cent, cubes (le maximum d’absorption physiologique étant de 240 pour 1000).
3° Le sérum du sang, dans les chloroses simples non compliquées, renferme la même quantité de matériaux solides qu’à l’état physiologique: ainsi j’ai trouvé les chiffres suivants, après dessiccation à 100° dans l’étuve. 90 gr. pour 1 000 grammes de sérum; 88, 92, 94 grammes de matières solide (à l’état normal on trouve 92 à 94 gr. de matières solides pour 1 000 gr. de sérum). Il est très intéressant de voir que la lésion ne porte pas sur le sérum, mais bien sur l’hémoglobine même, qui est détruite, ce qui explique la pâleur des tissus.
Voici des observations qui démontrent la réalité des chiffres indiqués ci-dessus :
Jeune fdle de 20 ans, domestique, entrée le 10 mars 1879 à la salle Ste-Marie (Hôtel-Dieu) et couchée au n° 31 ; pas d’antécédents héréditaires connus.
Étant enfant: gourmes dans la tête; — pas d’autres manifestations; — à 5 ans rougeole. — Bien portante jusqu’à 17 ans, où elle fu réglée. Les règles sont très irrégulières, peu abondantes, à peine colorées. Perles blanches depuis 8 jours. — A 17 ans : céphalalgie fréquente, siégeant à la région frontale, principalement du côté gauche; palpitations et oppressions survenant sans causes. Cet état dure i mois: elle prend du fer et du quinquina. — Les forces ne sont jamais revenues complètement.
Depuis le mois de décembre les palpitations se produisent fréquentes, ainsi que les maux de tête et l’oppression. A ce moment elle s’était un peu fatiguée, avait une bonne nourriture, mais occupait un logement humide. Il y a un an elle a éprouvé quelques douleurs articulaires aux genoux et aux coudes, sans gonflement ni rougeur. Ces douleurs ont persisté 7 mois.
Aujourd’hui, un peu d’œdème douloureux vers le tiers inférieur des jambes. Sauf dans les trois derniers mois l’appétit était bon, mais elle a toujours eu un goût prononcé pour les aliments vinaigrés. — Aujourd’hui encore profond dégoût pour la viande. — Jamais de vomissements, mais digestions lentes et difficiles; — garde-robes normales; — pas de constipation ni de diarrhée.
Le sommeil est conservé, mais avec rêves et cauchemars ; il lui semble qu’elle tombe souvent dans des précipices ou se trouve écrasée par des chevaux. Le caractère s’est aussi altéré. — Autrefois elle était d’humeur calme et facile. — Aujourd’hui elle s’emporte volontiers à la moindre contrariété; — elle pleure rarement.
La vue est conservée. — Elle distingue toutes les couleurs. L’ouïe, le goût et l’odorat sont intacts.
Perte des forces; — pas de traces d’amaigrissement; — visage d’un blanc mat; — décoloration complète des muqueuses, des lèvres, des gencives et des conjonclives.